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lundi 20 novembre 2023

De Toulon à La Londe les Maures

Une fois n’est pas coutume, je quitte Marseille pour Toulon afin d’évoquer une exposition dont je suis le commissaire scientifique et qui ouvre ses portes au public la semaine prochaine.

De Toulon à La Londe les Maures
André et Gaudensi Allar
1850-1900 

Le Musée d’Art de Toulon et le château des Bormettes à La Londe les Maures recourent, dans de la seconde moitié du XIXe siècle, à la même équipe d’architectes et de décorateurs : le théoricien de la polychromie monumentale Paul Sédille (1836-1900), le céramiste Jules Loebnitz (1836-1895) et surtout les frères André et Gaudensi Allar (1845-1926 / 1841-1904). Ces derniers, l’un sculpteur l’autre architecte, s’associent dans les mêmes temps afin d’offrir à leur ville natale et à ses environs quelques-uns de leurs plus remarquables monuments.

André Allar, Gaudensi Allar, 1905
Buste, marbre, Musée d’Art de Toulon, 2009.0.2

André Allar Jules Loebnitz, circa 1895 ?
Buste, bronze sur un socle de marbre vert-de-mer, Musée d’Art de Toulon, 2023.1.1

L’exposition du MAT, en partenariat avec la Mairie et l’Office de tourisme intercommunal de La Londe les Maures, propose une balade d’un territoire à l’autre.

La première étape s’effectue au château des Bormettes, petit joyau d’éclectisme voulu par ses propriétaires successifs. Alors que le peintre Horace Vernet (1889-1963) conçoit avec l’architecte hyérois Victor Trotobas (1807-1884) une demeure de type maison-forte médiévale à la fin des années 1850, l’industriel Victor Roux (1819-1893) remanie et agrandit le château en une agréable villégiature entre 1874 et 1890. Ses maîtres d’œuvre, Paul Sédille et Gaudensi Allar, ajoutent de multiples références Renaissance et orientalistes, notamment par l’adjonction de décors en terre cuite émaillée provenant de la manufacture Loebnitz.


André Allar et Ferdinand Gaidan (1824-1900), L’Agriculture, Le Travail et La Famille, 1890
Bas-reliefs, terre cuite émaillée, Château des Bormettes, La Londe les Maures
Seuls décors en terre cuite émaillée non réalisés par Jules Loebnitz, ces bas-reliefs sont réalisés à Marseille dans l’atelier du céramiste et chimiste Ferdinand Gaidan. Ils sont aujourd’hui en mauvais état.

Le château des Bormettes met en lumière l’entreprise de faïences décoratives de Jules Loebnitz dont on découvre aujourd’hui l’importance et l’influence en Provence. Le prêt de céramiques, de photographies, de peintures et de magnifiques planches de catalogues par le MUDO – Musée de l’Oise montre cette interaction artistique et industrielle entre Paris et la province. Ainsi, grâce à la collaboration de ses amis Paul Sédille et André Allar, le céramiste triomphe-t-il lors des Expositions universelles de 1878 et 1889.

André Allar L’Étude, 1884
Bas-relief, plâtre polychrome, collection personnelle
Ce projet de céramique n’aboutit pas ; il est finalement traduit en bronze et inséré dans le manteau de cheminée de l’hôtel Arbaud, à Aix-en-Provence

André Allar (attribués à) et Jules Loebnitz, La Rose et Le Lys, circa 1884
Médaillons, terre cuite émaillée, Musée d’Histoire de Toulon et de sa région 
Ces deux médaillons sont exposés dans le stand Loebnitz lors de l’exposition de l’Union des arts décoratifs de 1884, à Paris.

Le parcours s’achève avec les frères Allar, gloires toulonnaises de la fin du XIXe siècle, notamment André qui reste l’unique grand prix de Rome de sculpture varois. Durant la décennie 1880-1890, ils œuvrent de concert à l’École Rouvière, à la Fontaine de la Fédération et au Musée-Bibliothèque, leur chef-d’œuvre. Là, le statuaire conçoit quatre cariatides en pierre pour les loggias mais également des petits panneaux en terre cuite émaillés par Loebnitz.

Victorien Bastet (1852-1905) et Jules Loebnitz, Mirabeau et Massillon, 1887
André Allar et Jules Loebnitz, Putti, 1887
Médaillons et bas-reliefs, terre cuite émaillée, façade du Musée d’Art de Toulon
© Xavier de Jauréguiberry

L’exposition, qui se tient dans le cabinet d’arts graphiques, présente une soixantaine de documents variés : peintures, sculptures, gravures, photographies, céramiques… Elle apporte un éclairage nouveau sur des personnalités aujourd’hui méconnues, sur des patrimoines à redécouvrir et à protéger.

mercredi 7 juin 2023

La fontaine Estrangin (André Allar sculpteur)

Au mois de juillet prochain, les Monuments historiques vont classer plusieurs fontaines emblématiques de Marseille dont la fontaine Estrangin. C’est l’occasion de publier la notice que je lui ai consacrée dans la revue Marseille (n°220, mars 2008, p.110-111) en la complétant.

Anonyme, Hôtel particulier et fontaine Estrangin, photographie, vers 1891-1902
© Archives de la Caisse d’épargne Provence Alpes Corse

À la fin de l’année 1887, le négociant Henri Estrangin (1823-1902) exprime la volonté d’offrir une fontaine pour orner la place Paradis sur laquelle donnent son hôtel particulier et ses bureaux [1]. Il souhaite célébrer un demi-siècle d’activités commerciales et proclamer son attachement à sa ville natale. Plus officieusement, il s’agit d’ennoblir le lieu et de réduire le chahut quotidien des véhicules, chevaux et hommes qui stationnent sous ses fenêtres. La municipalité accueille le projet avec bienveillance, d’autant plus qu’il s’inscrit dans le plan plus large du réaménagement du quartier, notamment avec la construction de la Banque de France sur la parcelle voisine.

Joseph Letz, Fontaine Estrangin, projet, dessin, novembre 1887
© Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 7 O 19/2

Le commanditaire confie son projet à l’architecte du département Joseph Letz (1838-1890) – auteur de ladite banque – et au statuaire André Allar (1845-1926). Le dessin que Letz propose en novembre 1887 donne les lignes générales du monument avec quelques détails curieux qui ne seront pas conservés comme les globes lumineux sur les têtes de proue. L’iconographie évolue et le sculpteur expose le modèle en plâtre du groupe central, au demi d’exécution, au Salon marseillais de mai 1889 : l’allégorie de Marseille, assise sur un trône, s’appuie sur son blason et sur le génie du Commerce tandis que La Méditerranée lui apporte l’abondance.

André Allar, Fontaine Estrangin, maquette, plâtre, 1888-1889
Ensemble et détail
Académie de Marseille © Olivier Liardet

La fontaine ressemble à un surtout de table, à une véritable pièce d’orfèvrerie au vu de sa maquette. Surtout avec le dessin de sa vasque et de son bassin inférieur ! Autour de la vasque, les bustes du Rhône et de la Durance, de l’Europe, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique, tels des figures de proue, terminent six étraves de part et d’autre desquelles des dauphins stylisés crachent l’eau dans le bassin secondaire. Enfin, une guirlande de fruits relie le tout. Le mécène montre ainsi l’étendue de ses affaires de part le monde sans se mettre en avant : son portrait en médaillon qui apparaît sur la maquette n’est pas reprise dans la réalisation finale.
Pour l’aider, Allar engage comme praticiens son ancien élève Stanislas Clastrier (1857-1925) ainsi que l’ornemaniste et professeur à l’École des Beaux-Arts de Marseille Pierre Rey (1839-1923). Cependant, il faut attendre 18 mois avant que la carrière Brun, à Fons dans le Gard, puisse fournir deux blocs de pierre blanche de Lens de dimensions suffisantes pour confectionner la vasque. Quant au bassin circulaire, il est en granit rose d’Écosse fourni par le marbrier Jules Cantini (1826-1916). La mort brutale de Joseph Letz, le 10 janvier 1890, perturbe encore le bon déroulé des travaux. Il est remplacé au pied levé par Gaudensi Allar (1841-1904), frère du sculpteur. En définitive, le chantier ne commence qu’au mois de mars.
Finalement, le 30 novembre 1890, la fontaine est inaugurée en grande pompe en présence du maire Félix Baret et du député Jules Charles-Roux. Quant à la place Paradis, elle prend le nom d’Estrangin-Pastré – la mère d’Henri Estrangin étant Amélie Pastré, sœur du président de la Chambre de commerce Jean-Baptiste Pastré – dès le 2 décembre suivant.

André Allar, Fontaine Estrangin, 1890
Place Estrangin-Pastré, 6e arrondissement
Cartes postales 

Menacée de déménagement pour laisser passer le futur tram qui remontera le cours Pierre Puget, la fontaine semblerait y échapper au vu du dernier tracé en date ! Ouf !

Projet de déplacement de la fontaine Estrangin, 2011

Tracé du tram, 2020


[1] En 1902, l’Hôtel Estrangin est acquis, puis rasé, par la Caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône qui fait construire son nouveau siège sur le terrain libéré.

vendredi 7 avril 2023

Artémis et Apollon massaliotes (Henri Chapu sculpteur)

En 1873-1874, l’architecte parisien Paul Sédille (1836-1900) construit une bastide dans le quartier de Montredon : la villa Beau-Pin. De façon erronée, nombre d’érudits font de la famille Jullien les commanditaires de cette demeure. Ainsi, Adrien Blès, dans son précieux Dictionnaire historique des rues de Marseille, déclare-t-il que le domaine est la « propriété de Jérôme Jullien, bourgeois domicilié place Marone en 1791, transmise à François Raphaël Jullien en 1843 [et qu’elle est] toujours dans la même famille en 1883. »

Paul Sédille, Villa Beau-Pin, 1874
37 avenue Beau-Pin, 8e arrondissement

C’est sans doute vrai pour le début du XIXe siècle mais il est certain que la campagne a été morcelée à un moment donné. En effet, il ne fait aujourd’hui aucun doute que la bastide a été érigée pour le compte de l’industriel marseillais Victor Roux (1819-1893). Dominique Ghesquière, conservatrice du musée Chapu au Mée-sur-Seine, a pu consulter dans les années 1980, chez la petite-fille de Sédille, un cahier des œuvres, réalisations, dates et collaborateurs tenu par l'architecte ; il y désigne clairement Roux comme le commanditaire de la Villa Beau-Pin. 

Paul Sédille, Immeuble de rapport, 1873-1874
21 rue Sylvabelle, 6e arrondissement

Paul Sédille et Gaudensi Allar (1841-1904), Château des Bormettes, 1875 / 1890
La Londe-les-Maures, Var

Au demeurant, c’est plutôt logique puisqu’au même moment Victor Roux demande à Paul Sédille de lui construire un immeuble de rapport au 21 rue Sylvabelle (6e arrondissement) et de remanier la façade du château des Bormettes à La Londe-les-Maures (Var). Gabrielle de Jessé-Charleval, veuve de Victor Roux, conserve Beau-Pin où elle donne une réception pour le mariage de sa fille Madeleine avec le comte Pierre de Demandolx-Dedons en juillet 1894. À sa mort, l’année suivante, c’est son fils Léon de Jessé-Roux qui en hérite. La bastide ne change donc pas de famille avant le XXe siècle !

La Vedette, 14 juillet 1894, p.423

Paul Sédille puise son inspiration dans la Renaissance italienne pour l’aspect général de la Villa Beau-Pin et dans la Grèce antique pour le décor de terre cuite émaillée de la façade (frise de dauphins, médaillons). C’est pour lui l’une des premières occasions d’expérimenter la polychromie architecturale qu’il découvre lors d’un voyage en Espagne en 1871 ; il en devient l’un des promoteurs et des théoriciens. Sa rencontre avec le faïencier Jules Loebnitz (1836-1895) lui permet concrétiser ses idées.

Henri Chapu, Artémis et Apollon massaliotes, médaillons, terre cuite émaillée, 1874
Villa Beau-Bin, 37 avenue Beau-Pin, 8e arrondissement

Ici, pour rappeler Massalia, colonie phocéenne fondée au VIe siècle avant Jésus Christ, Sédille fait appel au talent du grand prix de Rome francilien Henri Chapu (1833-1891). Celui-ci réalise deux médaillons d’environ 110 cm de diamètre figurant les jumeaux Artémis et Apollon, deux des divinités tutélaires de l’antique Marseille. Le fond des médaillons est ensuite émaillé d’un bleu profond par Jules Loebnitz.

Jules Loebnitz, Motifs décoratifs en terre cuite et terre cuite émaillée, catalogue Loebnitz

Quelques années plus tard, pour montrer le savoir-faire de sa manufacture, Loebnitz réunit sur une même planche (pl.40) les médaillons d’Artémis et Apollon massaliotes de Chapu, quatre grands bas-reliefs d’André Allar (1845-1926 – La Musique, La Peinture, L’Automne, Le Printemps) et différents décors conçus pour le Musée-bibliothèque de Toulon érigé en 1888 par Gaudensi Allar (1841-1904).

mardi 22 octobre 2019

André Allar à Marseille 3

André Allar, La Science et l’Industrie, pierre, 1890
148 rue Paradis, 6e arrondissement

André et Gaudensi Allar, Tombe de Lazare Bonnet, marbre, 1891
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

La collaboration d’André Allar (1845-1926) avec Gaudensi Allar (1841-1904) est alors à son apogée. En 1890, le sculpteur réalise La Science et l’Industrie, le dessus-de-porte de la nouvelle école supérieure de commerce que l’architecte élève au 148 rue Paradis. L’année suivante, il taille la partie sculptée du tombeau de Lazare Bonnet – L’Âme à Dieu et le portrait en médaillon du défunt – sur les plans de son frère.
Dans le même temps, André Allar expose assidument au Salon marseillais. En 1890, il présente une statue en bronze figurant Hébé (n°346) ; en 1891, il exhibe trois œuvres : deux bas-reliefs allégoriques en plâtre (La Fortune verse ses trésors sur le Travail, la Jeunesse suit la Chimère, n°462, et La Pensée et la Force réalisent le Travail, n°463) et le modèle de la médaille commémorative du temple protestant de la rue Bel Air (n°464) ; en 1892, il montre le modèle d’une Douleur (n°454), traduite dans le marbre pour orner la tombe Fleurojoan-Dussein au cimetière Saint-Pierre.

André Allar, Douleur, marbre, 1892
Tombe Fleurojoan-Dussein, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

André Allar, Le Réveil, marbre, 1899
Tombe Emmanuel Jouffrey, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Durant la dernière décennie du XIXe siècle, le statuaire est sollicité à de multiples reprises pour décorer des sépultures. Outre les tombes de Lazare Bonnet et de la famille Fleurojoan-Dussein, il réalise en 1893 un médaillon en bronze de l’armateur royaliste André Lieutaud-Toppia (1838-1893) : avant de le sceller sur une stèle[1], l’œuvre est exposée au mois de novembre dans les vitrines du galeriste Oudin. À l’automne 1899, il couronne le caveau d’Emmanuel Jouffrey d’un groupe en marbre – Le Réveil – qu’il a exhibé au printemps précédent au Salon de la Société des artistes français (n°3148) : le groupe représente une âme défunte réveillée au paradis par un ange musicien.

André Allar, La Sagesse protégeant l’Épargne, marbre, 1904
Caisse d’épargne, place Estrangin-Pastré, 6e arrondissement

En novembre 1902, Eugène Rostand (1843-1915), président de la Caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône, l’appelle au décor du nouveau siège. André Allar reçoit la commande d’une statue destinée à l’ornementation de l’escalier d’honneur moyennant 8000 francs. L’œuvre est installée peu avant l’inauguration du bâtiment, le 20 juillet 1904.

André Allar, Gaudensi Allar, terre cuite, 1904
Académie de Marseille, 40 rue Thiers, 1er arrondissement

Cette année 1904 correspond également à l’ultime collaboration des frères Allar. André réalise alors pour un salaire de 2000 francs un modeste décor – Les Armes de Marseille – pour le fronton de l’école pratique d’industrie de garçons de Saint-Victor ; le bâtiment est construit par Gaudensi. Malheureusement, le 22 août, l’architecte décède. Le sculpteur exécute son masque funéraire dont il se sert ensuite pour la réalisation de bustes posthumes dont un en terre cuite pour l'Académie de Marseille qui venait de l'élire membre.

André Allar, Fontaine Cantini, marbre, 1911
Place Castellane, 6e arrondissement
Carte postale de l’inauguration

Le 2 octobre 1908, la ville de Marseille accepte un projet de fontaine municipal offerte par le marbrier et mécène Jules Cantini (1826-1916). Il réalise lui-même la maquette et confie l’exécution à son ami André Allar. Les modèles du sculpteur sont taillés dans le marbre à Carrare puis rapatriés à Marseille par bateau. L’œuvre est ensuite assemblée sur place pour une inauguration solennelle le 12 novembre 1911. La veille, l’Académie de Marseille l’élit membre correspondant.
Enfin, ce début de XXe siècle, le sculpteur ne participe plus guère aux manifestations artistiques phocéennes. Il n’apparaît que par procuration à l’Exposition coloniale de 1906 avec le portrait de Mlle Long (médaille argent, n°995) prêté par le modèle et le cabinet Renaissance (n°1154) d’Achille Blanchi (1826- ?). Il figure au Salon marseillais de 1914 avec un buste d’Égyptienne en marbre (n°387). En 1917, il devient sociétaire du musée du Vieux-Marseille. Finalement, il est membre du comité de patronage de l’Exposition coloniale de 1922 où il présente deux statuettes : Victoire (bronze, n°193) et La Jeunesse (marbre, n°194).


[1] Volé au début de l’année 1999, le médaillon est retrouvé en février chez un marchand. Saisi par la police, il n’a pas été remis en place et est conservé dans les locaux de la direction des cimetières communaux.

lundi 14 octobre 2019

André Allar à Marseille 2

Le séjour romain d’André Allar (1845-1926) s’achève par un drame : la mort de sa compagne. Françoise Hanot (vers 1843-1874) et ses enfants ont rejoint le sculpteur à Rome. En 1874, le couple contracte une phtisie pulmonaire ; la jeune femme, épuisée par ses couches successive, se meurt. Le 28 juillet, André et Françoise se marient à Rome pour légitimer leurs cinq enfants survivants. Sitôt après, ils rentrent à Marseille où l’infortunée épouse décède le 12 août. Le veuf et sa progéniture y demeurent une année pour se soigner en profitant du doux climat méditerranéen.

André Allar, L’Enfant des Abruzzes, bronze, 1873
Musée d’Orsay, Paris

Achille Blanqui et Gaudensi Allar, Armoire à deux corps néo-Renaissance, 1875
André Allar, Les Quatre éléments (panneaux) et Jupiter entre Junon et Vénus (statuettes)
Ancienne collection Antony Roux

L’artiste en profite pour retisser des liens avec la bourgeoisie phocéenne. En mars-avril 1875, il expose à la Société des amis des arts : y figurent deux de ses envois de la Villa Médicis (L’Enfant des Abruzzes, statue bronze, et Sainte Cécile après le martyre, buste marbre), deux portraits en buste (Mlle V. R… et M. E. Chailan), un portrait en pied du fils d’Armand de Saint-Alary (Un chasseur de papillon, statue plâtre) et six panneaux de bois pour le décor de deux meubles néo-Renaissance commandés par Antony Roux à l’ébéniste Achille Blanqui (1826- ?) et dessinés par Gaudensi Allar (1841-1904).

André Allar, Sainte Marie-Madeleine, statue en pierre, 1876
Galerie des saints, cathédrale de la Major, 2e arrondissement

Le 20 juin 1875, il soumissionne afin d’obtenir une commande pour l’ornementation de la nouvelle cathédrale de Marseille. Il obtient la réalisation de la statue en pierre de Calissane de Marie-Madeleine, haute de 2,90 mètres, moyennant 5000 francs. Un peu plus tard, au mois d’août, il offre une statue de Femme ailée à la loterie du Cercle artistique en faveur des Provençaux victimes des inondations de l’été et dont le tirage a lieu le 16 novembre.

André Allar, Société de Géographie de Marseille, médaille, 1880
Exemplaire vu sur Ebay

En 1878, la Société de Géographie de Marseille, fondée deux années plus tôt, demande au sculpteur de lui modeler une médaille. Le 1er octobre, Alfred Rabaud, président de ladite société, offre le modèle en galvanoplastie au Cabinet des médailles de la ville ; le 14 janvier 1880, il lui offre cette fois la médaille gravée par Paulin Tasset (1839-1921). Celle-ci est présentée au public marseillais en avril (exposition de la Société des amis des arts) et en mai à Paris (Salon de la Société des artistes français, n°6770).

André Allar, Heury Espérandieu, buste marbre, 1879
Cour du conservatoire de musique, place Carli, 1er arrondissement

En novembre 1879, le sculpteur achève le buste en marbre de l’architecte Henry Espérandieu (1829-1874) destiné à couronner le monument édifié par Joseph Letz (1837-1890). Le monument est inauguré dans la cour de l’école des beaux-arts (aujourd’hui conservatoire de musique) le 22 février 1882.
En avril 1880, Allar soumet deux maquettes au comité marseillais organisateur d’un concours pour l’érection d’un monument à la mémoire d’Adolphe Thiers (1797-1877). Le concours, néanmoins, n’aboutit pas car la veuve de Thiers impose son choix : le sculpteur Auguste Clesinger (1814-1883).

Paul Sédille, Achille Blanqui et André Allar, Cabinet Renaissance, 1886
Château Borély, 8e arrondissement

En 1886, lors de l’exposition locale des beaux-arts, Allar reçoit un diplôme d’honneur pour récompenser ses travaux exécutés à Marseille. Cette même année, il collabore à nouveau avec l’ébéniste Achille Blanqui  sur un cabinet Renaissance dessiné par l’architecte Paul Sédille (1836-1900). Le meuble, présenté à l’Exposition universelle de 1889 rapporte une médaille d’or à l’artisan marseillais.

André Allar, André Chave aîné, buste, marbre, 1889
Angle du boulevard Chave et de la place Jean Jaurès, 5e arrondissement

En 1889, Gaudensi Allar achève un bel immeuble à l’angle du boulevard Chave et de la Plaine pour Nicolas-Henri Chave, fils d’André Chave aîné (1799-1868), promoteur du quartier éponyme. L’architecte aménage une niche sur le pan coupé de l’immeuble afin d’y placer un buste commémoratif commandé à André Allar. Le buste est mis en place au mois de juillet 1889.

André Allar, Fontaine Estrangin, pierre de Lens, 1890
Place Estrangin-Pastré, 6e arrondissement

À la fin de l’année 1887, le négociant Henri Estrangin (1823-1902) exprime la volonté d’offrir une fontaine à la cité phocéenne. Il s’adresse à André Allar et Joseph Letz, remplacé par Gaudensi Allar à la mort de son confrère. Le statuaire achève sa maquette en 1889 et l’expose au Salon marseillais. La fontaine elle-même est achevée l’année suivante et inaugurée le 30 novembre 1890.

jeudi 3 octobre 2019

André Allar à Marseille 1

Je vous communique aujourd’hui la compilation d’une annexe de ma thèse, intitulée « André Allar à Marseille », et d’une chronologie succincte tirée de ma monographie Vie et œuvre du sculpteur André Allar (Toulon 1845 – Toulon, 1926) :

En 1859, le jeune André quitte sa ville natale pour Marseille. Il y rejoint son frère Gaudensi Allar (1841-1904) qui se forme à l’architecture. Les deux garçons vivent alors chez leur oncle maternel François Tallon (1814-1876), architecte diocésain et inspecteur sur le chantier de la cathédrale de la Major. L’adolescent entre à l’école des beaux-arts et suit notamment les cours de sculpture d’Antoine Bontoux (1805-1892).

André Allar, Composition florale avec un angelot, dessin, 1860
Archives municipales de Marseille, 26 Fi 1860 (n°1334)

Entre 1859 et 1863, il obtient plusieurs prix dans diverses classes, dont un 3e prix en 1860 pour un ornement d’après la gravure (Composition florale avec un angelot) dans la classe d’architecture. Parallèlement, il gagne sa vie chez différents marbriers : il est tour à tour modeleur, metteur au point et praticien chez les frères Galinier ou chez Jules Cantini (1826-1916).

André Allar, Le duc d’Aumale, médaillon, marbres, 1860
Vendu aux enchères à Versailles le 26 février 2017
La signature A. Allard correspond à la graphie d’origine ;
le sculpteur abandonne le D final quelques années plus tard.

Il participe également à la vie culturelle phocéenne en exposant régulièrement au Salon marseillais entre 1860 et 1868. Il y fait ses débuts à 15 ans avec un Portrait (médaillon marbre) ; il s’agit peut-être du Duc d’Aumale. Il figure ensuite aux expositions de 1861 (M. P. C… ; M. F. C… et Mme F. C…), 1865 (Bacchus ; M. C… ; M. X… et Mme V…), 1866 (Ulysse lançant sa flèche et M. M…), 1867 (La Dispute d’Achille et d’Agamemnon) et 1868 (Thésée sortant du Labyrinthe rend grâce aux dieux de sa délivrance).

André Allar, Périclès et Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, 1868
Palais des Arts, place Carli, 1er arrondissement

Ce talent précoce est rapidement repéré par la municipalité. Le 6 septembre 1867, la Ville de Marseille lui octroie une subvention de 600 francs pour ses études artistiques à l’école des beaux-arts de Paris. Quelques semaines plus tard, le 18 octobre, elle lui commande un buste en pierre de Calissanne (Périclès) et deux médaillons en plâtre (Jean-Baptiste Massillon et Nicolas-Claude Fabri de Peiresc) pour le décor de la nouvelle Bibliothèque (aujourd’hui, conservatoire de musique) ; une somme de 2500 francs lui est allouée pour ces ouvrages.

Gaudensi Allar, lettre du 12 août 1869, collection particulière

En août 1869, André Allar remporte le grand prix de Rome de sculpture. En route pour Rome et la Villa Médicis, il s’arrête à Marseille avec Françoise Hanot (vers 1843-1874), sa compagne enceinte, et ses trois enfants. Alors qu’il poursuit son voyage, sa famille demeure à Marseille. Françoise y accouche de jumelles le 15 mars 1870. Hélas, la naissance des fillettes est immédiatement suivie par la mort de leur frère Ernest, âgé de trois ans, le 4 mai.

André Allar, Franz Mayor de Montricher, marbre, 1871
Nymphée du Palais Longchamp, 4e arrondissement

Parallèlement, la municipalité lui renouvelle sa confiance en lui commandant, le 9 mars 1870, le buste de l’ingénieur Franz Mayor de Montricher pour lequel il avait soumissionné le 1er décembre 1869 ; une somme de 2500 francs est allouée à cette œuvre destinée au nymphée du Palais Longchamp.

André Allar, Hécube retrouvant le corps de Polydore, bronze, 1873
Réserves du musée des Beaux-Arts de Marseille, 4e arrondissement

À Rome, André Allar est terrassé par le décès d’Ernest. Le travail devient un exutoire : il mêle sa souffrance et un épisode mythologique des Métamorphoses d’Ovide pour composer son envoi de première année : Hécube retrouvant le corps de Polydore. Le bas-relief en plâtre est acquis le 7 janvier 1873 par la cité phocéenne moyennant 3000 francs, somme qui comprend également le coulage d’un bronze galvanoplastique.