Le
8 décembre 1854, le pape Pie IX (1792-1878) proclame le dogme de l’Immaculée
Conception, par la constitution apostolique Ineffabilis
Deus. Mgr Eugène de Mazenod (1782-1861), évêque de Marseille et fondateur
de la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée en 1816, décide d’ériger un
monument commémoratif en l’honneur du nouveau dogme, comme le font à la même
époque Rome ainsi que plusieurs cités de la péninsule italique et des états
germaniques catholiques.
Le
21 novembre 1855, le prélat adresse une lettre au maire de Marseille pour lui
faire part de son intention. Le projet retenu, celui d’Henry Espérandieu
(1829-1874), consiste en une colonne de marbre blanc surmontée d’une Vierge en
plomb doré, fondue par Durand Frères d’après le modèle du grand prix de Rome
Eugène Guillaume (1822-1905). L’iconographie emprunte à deux sources. La Vierge
dorée évoque l’Apocalypse : elle piétine le serpent, symbole du péché
originel qui règne sur le monde (globe), tandis que le croissant lunaire et la
fleur de lys rappelle sa chasteté et sa pureté. Quant à la colonne constellée d’étoiles
et de M mariaux, elle évoque les Litanies de la Sainte Vierge : dix d’entre
elles sont gravées dans des cartouches polylobés.
Henri Espérandieu, Colonne de l’Immaculée Conception, marbre et plomb doré, 1857
Angle des boulevards Voltaire et de la Liberté, 1er arrondissement © Olivier Liardet

Éric Buyron (1837-1920), Monument de l’Immaculée Conception d’après Espérandieu, gravure, Revue générale de l’architecture et des travaux publics, 1879, vol.6, pl.16
Pour
la marbrerie, l’architecte s’adresse à Jules Cantini (1826-1916), son
collaborateur sur les chantiers de la cathédrale et de Notre-Dame de la Garde.
La colonne, taillée en trois tronçons (base, fût et chapiteau) dans les
carrières de Carrare, mesure environ 5 m de hauteur pour un diamètre maximal de
1,25 m. Arrivée d’Italie depuis plusieurs jours, elle est débarquée au bassin
de carénage le 4 novembre 1857. Puis dans les ateliers du marbrier, l’ornemaniste
Ferdinand Michel s’attelle à la sculpture décorative : le chapiteau de
style roman avec ses quatre anges brandissant des couronnes de laurier et le
fût de style byzantin avec ses gravures rehaussées d’or. Du 3 au 5 décembre, la
colonne est amenée sur site, à l’extrémité du boulevard du Nord (auj. bd d’Athènes)
et placée sur son socle en pierre de Crussol (Ardèche).

Éric Buyron, Monument de l’Immaculée Conception d’après Espérandieu, détail de la colonne, gravure, Revue générale de l’architecture et des travaux publics, 1879, vol.6, pl.17
Néanmoins,
le court délai avant l’inauguration solennelle du 8 décembre 1857 empêche son
achèvement total ; le décor ainsi que la dédicace du piédestal ne seront
terminés qu’ultérieurement. Ce fait résulte de deux contraintes contradictoires,
l’échéance de la consécration d’une part et la difficulté à réunir les fonds
nécessaires à l’érection d’autre part. En effet, selon la Revue générale de l’architecture et des travaux publics, le budget
total du monument commémoratif se chiffre à 45 745,80 francs. La statue (4 000
francs) ne représente qu’un neuvième du coût final alors que la marbrerie (8 000
francs) et la sculpture ornementale (8 100 francs) en constituent un
tiers. Au début de 1859, l’évêque en appelle encore à la générosité des fidèles
afin de solder la facture.
Louis-Amable Crapelet (1822-1867), Inauguration du monument élevé en l’honneur de l’Immaculée Conception, gravure, L’Illustration, 12 décembre 1857
En
1922, la colonne de l’Immaculée Conception doit céder son emplacement au futur
escalier monumental de la gare Saint-Charles. Elle est alors transférée à l’angle
des boulevards de la Gare (auj. bd Voltaire) et de la Liberté où elle fait
toujours l’objet de dévotions le 15 août (Assomption) et le 8 décembre
(Immaculée Conception).

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