lundi 8 juin 2026

Bacchus enfant (Ary Bitter sculpteur)

Le 11 juin prochain, la maison de ventes parisienne Rossini mettra aux enchères un petit bronze à patine verte nuancée – 14 x 25 x 13,5 cm – du sculpteur Ary Bitter (1883-1973), figurant Bacchus enfant (lot 90). Ce charmant sujet a été fondu à la cire perdue par Susse Frères Éditeurs Paris vers 1925. Il est estimé entre 800 et 1 200 €.

Ary Bitter, Bacchus enfant, statuette bronze, vers 1925
Vente Rossini, 11 juin 2026, lot 90

Ce motif paraît au Salon de la Société des artistes français de 1924, dans l’exposition de la décoration : n°52- À l’enfant Bacchus, pierre. Créateur du modèle : M. Ary Bitter. Il figure un garçonnet aux cheveux longs, assis frontalement et le sexe apparent, tenant son thyrse de la main gauche. Cette sculpture en pierre est entrée dans les collections du Musée Cantini (n° inv. 1373) en 1937, mais est aujourd’hui non localisée.
La vente prochaine est donc l’occasion de mettre un visuel sur une œuvre seulement connue par une fiche papier (ou numérique) !

dimanche 31 mai 2026

Ève après le péché (Ferdinand Faivre sculpteur)

Le 9 juin prochain, l’étude Tajan vendra aux enchères, à Paris, une belle statue en marbre blanc de Ferdinand Faivre (1860-1937). Elle représente Ève après le péché. Elle est signée F. Faivre et mesure 57 x 39 x 32 cm. Elle est estimée entre 2 000 et 3 000 francs.


Ferdinand Faivre, Ève après le péché

Il s’agit très probablement de la statuette en marbre intitulée Ève, exposée au Salon de la Société des artistes français de 1901 (n°3170). Ce sujet existe également en terre cuite ; un exemplaire est exposé au Salon d’hiver de 1920 (n°1131- Ève après le péché).

vendredi 22 mai 2026

Monument aux Héros de la Police (Raymond Servian sculpteur)

Lors des prochaines Journées Européennes du Patrimoines, le public aura l’occasion de visiter partiellement l’Évêché et de découvrir, dans la cour du bâtiment construit par l’architecte mars1eillais René Egger (1915-2016), le Monument aux Héros de la Police sculpté par Raymond Servian (1903-1953).

Raymond Servian sculptant l’allégorie du Droit, vers 1950
Photographie extraite de Paul Sentenac, Raymond Servian, 1954

Au début des années 1950, Raymond Servian réalise deux Monuments aux Héros de la Police, le premier pour Neuilly-sur-Seine et le second pour Marseille. Le monument francilien, conçu en collaboration avec le peintre bordelais Louis Jean Lefort (1875-1954) pour la partie architecturale, se décompose en deux fontaines faisant pendant. Au milieu d’un bassin, chacune accueille au large pilier sur lequel s’adosse une allégorie : le Droit pour l’une et l’Immortalité pour l’autre. L’iconographie est complétée par une série de bas-reliefs, trois pour chaque fontaine figurant les actes héroïques et les martyres des policiers, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale.

Raymond Servian et Louis Jean Lefort, Monument aux Héros de la Police, fontaines, pierre ou béton, vers 1950, place Winston-Churchill, Neuilly-sur-Seine

Raymond Servian et Louis Jean Lefort, Le Droit

Raymond Servian et Louis Jean Lefort, L’Immortalité

Dans le même temps, Servian réalise donc un Monument à la Police de France et d’Outre-Mer pour Marseille pour lequel il reprend la figure du Droit et ré-agence les six bas-reliefs sur une tourelle.

Raymond Servian, Le Droit, haut-relief, pierre ou béton, vers 1950, Évêché, 2e arrondissement

Le sculpteur représente son allégorie sous les traits d’un soldat romain, la Rome antique étant en effet l’un des berceaux de la science juridique. Il porte une tunique et un manteau, une frange typique du bas empire. Ses mains reposent sur le pommeau de sa longue épée, plantée au sol entre ses deux jambes viriles. Cette attitude rappelle que la force doit demeurer au service de la Justice.

Raymond Servian, Dévouement / Déportés / Combats, bas-reliefs, pierre, vers 1950, 
Évêché, 2e arrondissement

Raymond Servian, Victimes du devoir / Internés / Prisonniers, bas-reliefs, pierre, vers 1950, 
Évêché, 2e arrondissement

Les six bas-reliefs, superposés trois par trois sur les faces latérales du monument, évoquent les actes héroïques (Dévouement / Victimes du devoir / Combats) et les souffrances (Prisonniers / Internés / Déportés) des policiers pendant la guerre et dans la Résistance.

dimanche 10 mai 2026

Hélène de Troie (Henri Lombard sculpteur)

Pour l’Exposition universelle de 1889, Jules Cantini souhaite concevoir une imposante statue polychrome, sans recours à la peinture ou au bronze. Dans cette optique, il s’adresse, en 1886, au jeune sculpteur marseillais Henri Lombard, pensionnaire de l’Académie de France à Villa Médicis depuis son obtention du grand prix de Rome en 1883. « Mon but en faisant exécuter cette œuvre, est d’essayer de remettre en honneur ces belles productions de l’antiquité, dont les plus beaux spécimens ont malheureusement disparus, et de faire ressortir tout le riche parti qu’on peut tirer de ces beaux marbres traités en polychromie. »[1]
L’artiste soumet à son commanditaire un sujet mythologique – Hélène, reine de Sparte, dévoilant sa beauté légendaire aux Troyens – qui répond parfaitement à son attente. Il lui envoie, par ailleurs, la photographie d’une esquisse afin qu’il s’en fasse une idée plus précise : « Votre projet de statue Hélène est, quant à la pensée première, absolument dans le sens que je la désire. C’est à dire une grande figure majestueuse avec tout le beau caractère de l’antique. D’une simplicité presque rigide dans la composition, dans les draperies, dans l’ensemble en un mot. »[2] Bien sûr, Cantini suggère quelques modifications pour gagner en majesté et pour des aspects techniques : « Nous sommes d’accord pour le bras droit et pour le voile qui aura moins l’air d’un carré d’étoffe ; pour le bras gauche, je crois en effet que le mouvement peut devenir très correct est gracieux, mais ici se place une difficulté d’exécution relative au tenon. […] Les deux bras étant isolés, les extrémités à une certaine distance du buste, je me demande où pourraient être placés ces tenons dont vous me parlez. Comment procéder à l’ajustage d’une pièce aussi fragile, qu’on n’oserait plus toucher, même pour l’emballer, une fois finie ? […] Les questions de coloration me semblent bien plus faciles à résoudre et je suis convaincu qu’à ce point de vue nous tiendrons toujours notre but. »[3]
Il souhaite que Lombard achève son modèle et l’envoie à Marseille au plus tard le 30 novembre 1887. « Quant à l’exécution, je la ferai faire dans mon atelier. Les ajustages seront faits d’après ce que nous aurons convenu. Je ferai faire aussi la mise aux points et la pratique des nus, mais vous devrez finir les nus et donner les dernières indications utiles pour le fini des draperies. »[4] Les ultimes retouches doivent intervenir avant la fin de l’année 1888 ; finalement, le statuaire signe et date son œuvre sur la plinthe : « H. LOMBARD 1889 ».
Placée au centre du stand Cantini à l’Exposition universelle de 1889, devant deux colonnes monumentales supportant un entablement qui lui servent d’écrin, Hélène capte tous les regards à l’instar de l’héroïne qu’elle incarne. « Cette figure dans le goût antique a fort grand air, est savamment traitée et produit, par la combinaison du granit gris, de l’onyx et des marbres blancs et colorés, un effet des plus saisissants en même temps que très harmonieux. »[5]

Anonyme
, Exposition universelle de Paris – Grande galerie des industries diverses 
(détail du stand Jules Cantini), photographie, 1889

Après l’Exposition, l’œuvre demeure dans l’atelier de l’industriel, pour son seul plaisir : « Je n’ai pris aucun engagement, ni fait aucune promesse d’exposer de nouveau cette figure. »[6] Enfin, à une date indéterminée postérieure à 1908, il modifie l’apparence d’Hélène : il transforme sa couronne bandeau en un diadème de marbre rouge et malachite qui rappelle sa ceinture et accentue son caractère altier.

Imprimerie marseillaise, Statue en onyx et marbres de diverses couleurs par Cantini
photographie, 1908, Bibliothèque municipale de Marseille, 2-53B1462

Henri Lombard,
Hélène de Troie, statue, marbres et onyx, 1889,
Musée des Beaux-Arts de Marseille, C 924.

Elle entre dans les collections publiques en 1917, avec l’ensemble du legs Cantini, quoiqu’elle soit aussitôt reléguée aux réserves. Elle en sort brièvement à l’occasion de l’exposition Marseille au XIXe. Rêves et triomphes (1991). Restaurée en 2018, elle devient la tête d’affiche de l’exposition En couleurs. La sculpture polychrome en France, 1850-1910 au Musée d’Orsay, preuve de la permanence de son pouvoir de séduction. Depuis, elle accueille les visiteurs à l’entrée du Musée des Beaux-Arts de Marseille.

En couleurs, affiche, 2018


[1] Archives municipales de Marseille (AMM), 5 M 30, copies de lettres, p.269 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 février 1887.
[2] Idem, p.268.
[3] AMM, 5 M 30, copies de lettres, p.275 à 277 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 mars 1887.
[4] AMM, 5 M 30, copies de lettres, p.272 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 février 1887.
[5] Un Marseillais à Paris, « Chronique parisienne. L’art industriel au Camp-de-Mars. Le bronze, le fer, le marbre. », Le Sémaphore de Marseille, 31 août 1889.
[6] AMM, 5 M 31, copies de lettres, p.10 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 9 novembre 1892.

jeudi 30 avril 2026

César Baldiccini avant César

Il y a quelques jours, j’ai dépouillé des dessins de l’École des Beaux-Arts de Marseille et je suis tombé sur un dessin réalisé par César Baldiccini (Marseille, 1921 – Paris, 1998) lorsqu’il faisait ses études artistiques à Marseille. Il s’agit d’une Tête d’empereur au fusain ayant reçu un 1er prix dans un concours de la classe de dessin d’après l’antique en 1937.

César Baldiccini, Tête d’empereur, fusain, 1937, Archives municipales de Marseille, 26 Fi 1937

mercredi 15 avril 2026

Mgr Balakian et le Chevalier Khorassandjian (Toros sculpteur)

Depuis sa consécration le 25 octobre 1931, la cathédrale apostolique arménienne des Saints Traducteurs dresse son élégante silhouette au n°339 de l’avenue du Prado. Elle est l’œuvre de l’architecte Aram Tahtadjian.

Aram Tahtadjian, Cathédrale apostolique arménienne des Saints Traducteurs, carte postale, vers 1932

Son enceinte accueille plusieurs monuments commémoratifs, notamment les bustes en bronze de Mgr Krikoris Balakian, prélat des Arméniens du diocèse du Midi de la France de 1927 à 1934, et Vahan Khorassandjian, négociant bruxellois anobli par le roi des Belges Albert Ier. Le richissime homme d’affaires finance l’essentiel des travaux, choisissant des artistes décorateurs belges pour ce chantier.
En 1991, à l’occasion des 60 ans de la consécration du bâtiment, la décision est prise d’ériger un double monument à la mémoire de l’évêque et du mécène à l’origine de sa construction. La commande est passée à Toros Rasguélénian dit Toros (Alep, Syrie, 1934 – Romans-sur-Isère, 2020) et dont la signature est R. Toros. Le sculpteur s’installe en France en 1967 où il fait l’essentiel de sa carrière. Il est l’auteur de plusieurs monuments à la mémoire des victimes du génocide arménien : Marseille (1972), Vienne (1981), Aix-en-Provence (1883), Valence (1985) et Saint-Étienne (1888).
Il représente Mgr Krikoris Balakian dans son costume de prélat, lui donnant une posture hiératique par la géométrisation des volumes. Ce buste contraste avec celui du Chevalier Khorassandjian vêtu d’un costume-cravate, arborant une mine bonhomme et une moustache fournie.

Toros, Mgr Krikoris Balakian, bronze, 1991
339 avenue du Prado, 8e arrondissement

Toros, Chevalier Vahan Khorassandjian, bronze, 1991
339 avenue du Prado, 8e arrondissement

Impliqué auprès de la communauté arménienne, le sculpteur a également créé le Trophée Toros qui récompense annuellement les auteurs de littérature franco-arménienne.

samedi 4 avril 2026

La salle d’exposition du Cercle artistique de Marseille (1869-1876, Joseph Letz architecte)

En 1867, le Cercle artistique de Marseille est fondé à l’initiative de l’industriel Jules Charles-Roux (1841-1918) soutenu par une centaine de souscripteurs principalement issus du négoce. Le but est de proposer des expositions, des concerts et des conférences. À partir de 1869, la nouvelle société culturelle loue un local au 42, rue Saint-Ferréol. Elle sollicite alors l’architecte Joseph Letz (1837-1890) pour son aménagement. La salle rectangulaire est scandée par des pilastres sur lesquels les portraits d’artistes marseillais (peintres, sculpteurs, architectes, écrivains, musiciens) apparaissent dans des médaillons. Philippe Poitevin (1831-1907) sculpte ainsi les effigies de Frédéric Mistral (1830-1914) et d’Émile Loubon (1809-1863) ; Émile Aldebert (1827-1924) fige les traits de Pascal Coste (1787-1879) et de Joseph Méry (1797-1866) ; Lucien Chauvet (1833-1902) portraiture Félicien David (1810-1876) et Jean-Joseph Espercieux (1757-1840)… Une gravure de presse d’après un dessin Auguste Deroy (1823-1906) montre également les médaillons de Joseph Vernet (1714-1789) et de Dominique Papety (1815-1849).

Salle d’exposition du Cercle artistique de Marseille, gravure, Le Monde illustré, 23 janvier 1869

Les activités culturelles du Cercle artistique connaissent le succès et drainent un large public. En 1876, la société déménage dans l’ancienne préfecture des Bouches-du-Rhône, l’hôtel Roux de Corse qui a été récupéré par la mairie. Elle y fait de nouveaux aménagements somptueux, notamment une entrée monumentale sur la rue Armény, toujours sous la houlette de Letz. Toutefois, cette occupation est elle aussi éphémère car, en 1890, le maire Félix Baret (1845-1922) récupère les locaux pour y installer le premier lycée de jeunes filles de Marseille.