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samedi 4 avril 2026

La salle d’exposition du Cercle artistique de Marseille (1869-1876, Joseph Letz architecte)

En 1867, le Cercle artistique de Marseille est fondé à l’initiative de l’industriel Jules Charles-Roux (1841-1918) soutenu par une centaine de souscripteurs principalement issus du négoce. Le but est de proposer des expositions, des concerts et des conférences. À partir de 1869, la nouvelle société culturelle loue un local au 42, rue Saint-Ferréol. Elle sollicite alors l’architecte Joseph Letz (1837-1890) pour son aménagement. La salle rectangulaire est scandée par des pilastres sur lesquels les portraits d’artistes marseillais (peintres, sculpteurs, architectes, écrivains, musiciens) apparaissent dans des médaillons. Philippe Poitevin (1831-1907) sculpte ainsi les effigies de Frédéric Mistral (1830-1914) et d’Émile Loubon (1809-1863) ; Émile Aldebert (1827-1924) fige les traits de Pascal Coste (1787-1879) et de Joseph Méry (1797-1866) ; Lucien Chauvet (1833-1902) portraiture Félicien David (1810-1876) et Jean-Joseph Espercieux (1757-1840)… Une gravure de presse d’après un dessin Auguste Deroy (1823-1906) montre également les médaillons de Joseph Vernet (1714-1789) et de Dominique Papety (1815-1849).

Salle d’exposition du Cercle artistique de Marseille, gravure, Le Monde illustré, 23 janvier 1869

Les activités culturelles du Cercle artistique connaissent le succès et drainent un large public. En 1876, la société déménage dans l’ancienne préfecture des Bouches-du-Rhône, l’hôtel Roux de Corse qui a été récupéré par la mairie. Elle y fait de nouveaux aménagements somptueux, notamment une entrée monumentale sur la rue Armény, toujours sous la houlette de Letz. Toutefois, cette occupation est elle aussi éphémère car, en 1890, le maire Félix Baret (1845-1922) récupère les locaux pour y installer le premier lycée de jeunes filles de Marseille.

dimanche 25 janvier 2026

La vente après décès d’Ève Botinelly 2

Le vendredi 30 janvier 2026, l’étude Audap & associés effectuera, à l’Hôtel Drouot, la vente après décès d’Ève Botinelly (1933-2025), fille du sculpteur Louis Botinelly (1883-1962). Voici aujourd’hui un échantillon des pièces intéressantes de cette vente en lien avec Marseille :

Louis Botinelly, Gaby Deslys, médaillon, plâtre, Ø 55 cm, vers 1920
Lot 14 – estimation 300 / 500 € – vendu 700 €

À la mort de Gabrielle Caire dite Gaby Deslys (1881-1920), la famille sollicite Auguste Carli (1868-1930) pour décorer la tombe de la célèbre artiste de music-hall mais, trouvant le devis trop élevé, se tourne alors vers Botinelly. Celui-ci réalise un magnifique médaillon en marbre dont nous avons là le modèle.

Louis Botinelly, L’Asie, tête, plâtre, 55 x 35 x 44 cm, vers 1925-1927
Lot 36 – estimation 500 / 800 € – vendu 900 €

Cette tête est une étude pour l’allégorie principale des Colonies d’Asie, situées au pied de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles en vis-à-vis des Colonies d’Afrique. Ces décors sont inaugurés par le président de la République Gaston Doumergue le 24 avril 1927.

Louis Botinelly, Les Activités de l’Afrique occidentale et Les Possessions indochinoises, médaillons, plâtre, 24 x 50 cm, vers 1930
Lot 7 – estimation 200 / 300 € – vendu 2 100 €

Ces épreuves sont la réduction des reliefs réalisés pour l’ornementation du pavillon de la Chambre de commerce de Marseille à l’Exposition coloniale de 1931, à Paris, et qui sont conservés au palais de la Bourse.

Louis Botinelly, La Loi et la Justice protégeant le Droit, groupe, terre cuite, 65 x 60 x 20 cm, vers 1933
Lot 18 – estimation 800 / 1 000 € – vendu 2 200 €

Cette œuvre est l’esquisse du groupe commandé par le département des Bouches-du-Rhône pour le salon d’honneur du tribunal de commerce de Marseille construit par Gaston Castel (1886-1971) et inauguré le 16 juillet 1933.

Louis Botinelly, Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus, maquette, plâtre, 53 x 37 x 18 cm, vers 1933
Lot 11 – estimation 300 / 500 € – vendu 200 €

Botinelly réalise plusieurs statues de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Celle-ci est l’une de ses préférées car elle a été conçue pour sa paroisse des Chutes-Lavies en 1933. Ici, la jeune carmélite ouvre les bras en croix et tient une rose dans chacune de ses mains.

Louis Botinelly, Saint Mathieu, statue, plâtre, 89 x 27 x 26 cm, vers 1937
Lot 34 – estimation 200 / 300 € – négocié hors vente par la DRAC PACA pour La Major

Cette œuvre est la maquette de l’un des quatre évangélistes commandés par Mgr Maurice Dubourg pour orner la croisée du transept de la cathédrale de La Major.

Louis Botinelly, Marie-Madeleine, statue, plâtre patiné, 103 x 30 x 26 cm, vers 1955
Lot 38 – estimation 500 / 800 € – vendu 400 €

Cette œuvre est le modèle au demi d’exécution de la statue en pierre conçue pour la basilique Sainte-Marie-Madeleine des Chartreux.

Louis Botinelly, La Victoire, bas-relief, plâtre patiné, 40 x 50 cm, vers 1955-1957
Lot 13 – estimation 300 / 500 € – vendu 600 €

En 11 juillet 1939, Botinelly remporte un concours pour l’érection d’un monument à la gloire du XVe corps d’armée qui, compte tenu du contexte historique, est enterré. Après-guerre, le sculpteur essaie de raviver la commande. Il y réussit enfin avec un autre projet beaucoup plus simple : une stèle avec une Victoire qui est inaugurée le 15 décembre 1957 dans la caserne du Muy (aujourd’hui déplacée à la caserne Audéoud).

Louis Botinelly, L’Étude, bas-relief, plâtre, 30 x 30 cm, vers 1959
Lot 10 – estimation 50 / 100 € – vendu 120 €

Ce relief s’inscrit dans la réalisation d’une série de douze bas-reliefs destinés à orner le pourtour de l’entrée de l’Immobilière des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, aujourd’hui Cité des association (93, La Canebière). Il s’agit du premier des panneaux sur le thème des métiers de l’architecture.

lundi 12 janvier 2026

La Visitation de la Vierge Marie (sculpteur anonyme)

Anonyme,
La Visitation de la Vierge Marie, bas-relief, lavé émaillée, 1898
Église Notre-Dame du Mont, rue Fontange, 6e arrondissement © Robert Valette

L’église Notre-Dame du Mont possède en façade l’un des décors sculptés les plus intéressants de Marseille mais sur lequel on ne sait quasiment rien : La Visitation de la Vierge Marie ou Rencontre de la Vierge Marie avec sa cousine Élisabeth. Cet épisode biblique commémore la future naissance du Christ et de Jean le Baptiste.
Le sanctuaire néoclassique, consacré le 29 février 1824, successivement agrandi en 1855 et en 1886, ne reçoit que très tardivement – en 1898 – un décor sculpté sur sa façade principale. De fait, on peut se demander s’il ne s’agit pas du don d’un généreux paroissien.
L’auteur du bas-relief reste, pour l’heure, anonyme. Toutefois, on sait que le modèle a été reproduit sur plaques de lave – du Vésuve, précise Adrien Blès dans son précieux Dictionnaire des rues de Marseille – et émaillées dans un atelier toulousain. La polychromie de la frise permettant sa parfaite lisibilité est totalement inédite dans l’art religieux phocéen. Espérons que le prochain classement des Monuments historiques permettra d’en apprendre davantage !

mardi 30 septembre 2025

La Mise au tombeau (Andrea Della Robbia sculpteur)

Andrea Della Robbia, La Mise au tombeau, haut-relief, terre cuite glaçurée, vers 1522/1525
Vieille Major, avenue Robert Schuman, 2e arrondissement

La ville de Marseille possède l’un des derniers ouvrages du sculpteur-céramiste florentin Andrea Della Robbia (1435-1525) et, assurément, l’un de ses chefs-d’œuvre : La Mise au tombeau. Sur ce haut-relief monumental installé dans un enfeu de l’ancienne cathédrale, figurent de gauche à droite, autour de la dépouille du Christ, l’apôtre Jean, la Vierge, Marie Jacobé et Marie Salomé ainsi que Marthe et Marie-Madeleine agenouillée aux pieds du défunt. Au-dessus des saints personnages, quatre anges en vol et en oraison complètent cette scène solennelle.
Un élément a aujourd’hui disparu au XIXe siècle : les deux blasons peints sur cuivre des donateurs. L’un était celui de Dominique Séguier, capitaine du roi de Naples Charles III d’Anjou, puis lieutenant des galères et maître d’hôtel des rois de France Charles VIII et Louis XII ; l’autre était celui de son épouse Jeanne Napolon. Néanmoins, François Michel de Léon (1727-1800) en a donné un dessin dans son Voyage pittoresque de Marseille (planche 7).

François Michel de Léon, Le Voyage pittoresque de Marseille, vers 1778, planche 7

Le haut-relief se compose de 33 morceaux modelés ou moulés, découpés en suivant le profil des personnages ou des éléments architecturaux (croix, sarcophage). Chaque pièce a été cuite puis émaillée avec des oxydes métalliques d’étain (blanc) et de cobalt (bleu) ou encore pour le sarcophage de cuivre (vert) et de manganèse (violet). Pour l’assemblage, les fragments les plus épais se situent à la base ; les plus légers s’imbriquent au-dessus, les uns dans les autres, afin de former une structure autobloquante.
Ces dernières années, l’œuvre d’Andrea Della Robbia a subi une importante restauration, permettant une étude approfondie du haut-relief à laquelle a participé l’académicienne marseillaise Élisabeth Mognetti. Nul doute qu’elle y reviendra demain lors de sa conférence donnée à l’Institut culturel italien (6 rue Fernand Pauriol, 5e arrondissement).

Conférence Élisabeth Mognetti sur
Les Della Robbia de Marseille

lundi 8 septembre 2025

Projet de monument à Gyptis et Protis (Raymond Servian sculpteur)

En février 1943, le gouvernement de Vichy entreprend le dynamitage des quartiers de la rive nord du Vieux-Port à la demande expresse des Allemands. De 1947 à 1955, la ville se reconstruit et prend un nouveau départ. Pour le signifier, plusieurs sculptures décoratives évoquent le voyage des Phocéens partis fonder une colonie sur les rivages de la Gaule.

Raymond Servian (1903-1954), Amphitrite – Et sur les flots d’azur Phocée jeta à nouveau ses nefs,
haut-relief, pierre, vers 1955
Angle de la rue Tasso et de l’avenue Saint-Jean, 2e arrondissement

Oscar Eichacker (1881-1961), La Méditerranée, bas-relief, béton ou ciment, vers 1947-1952
5 rue de la Prison, 2e arrondissement

Anonyme, Amphitrite – Phocée renaissante à Amphitrite éternelle confiera son destin,
bas-relief, pierre, vers 1955
Angle de la rue Caisserie et de l’avenue Saint-Jean, 2e arrondissement

Élie-Jean Vézien (1890-1982), Neptune – En ce lieu Neptune calma les flots et créa cette merveille le Lacydon, bas-relief, pierre, vers 1955
Angle des rues Caisserie et Henri Tasso, 2e arrondissement

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les noces de Gyptis et Protis, mythe fondateur de l’antique Massalia soit convoqué : la Reconstruction apparaît comme la refondation de Marseille après la Seconde Guerre mondiale. Un comité pour l’érection d’un Monument à Gyptis et Protis se forme en 1949. Très vite, le projet est confié au sculpteur Raymond Servian et à Jean Crozet (1909-1981), l’un des architectes marseillais participant aux chantiers la Reconstruction. Ensemble, ils conçoivent un imposant relief en marbre, haut de 4 mètres, posé sur un socle en pierre de la Couronne et implanté dans l’escalier reliant le Vieux-Port à la place de Lenche, entre la rue de la Loge et l’avenue Saint-Jean (ex-montée de la rue Caisserie).

Jean Crozet, Monument à Gyptis et Protis, plans et élévations, vers 1950 (ensemble et détails)
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 197 W 168

L’architecte chiffre sa réalisation à 14 000 000 d’anciens francs, réunis par souscription et par subvention ; quant au marbre pentélique de la sculpture, il s’agira d’un don du gouvernement grec. Un avis favorable est émis par l’inspecteur départemental de l’Urbanisme et de l’Habitation le 24 juin 1950. Néanmoins, le monument se situant dans un espace non encore reconstruit, le ministère de l’Éducation national dont dépend alors la Direction de l’Architecture, sursoit à l’érection pendant plusieurs années et encore en avril 1953.

Chantier de la Reconstruction de la rive nord du Vieux-Port, photographie vers 1950-1953
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 197 W 168

Au demeurant, les autorités souhaitent ardemment une maquette pour se faire une meilleure idée du projet. Raymond Servian s’exécute : « Devant une sorte de paroi, Gyptis, la fille du roi des Ségobriges, se profilant debout dans la jeunesse de sa nudité ferme et svelte, présente, en le choisissant pour époux, la coupe nuptiale à Protis, le Phocéen également nu, la chevelure ceinte d’une bandelette et tenant son manteau sur l’épaule, de même d’un pécheur son filet. »[1] La nudité des personnages contraste avec les esquisses habillées de Crozet dans ses plans.

Raymond Servian, Gyptis et Protis, maquette, plâtre, vers 1950-1953
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 197 W 168

Toutefois, ce n’est pas cela qui empêche la réalisation du projet mais la mort du sculpteur en février 1954 !

[1] Paul Sentenac, Raymond Servian, Marseille, 1954, p.75.

dimanche 31 août 2025

Émile Aldebert

Paul Azzopardi et le buste acquis sur le plateau d’Affaire conclue

Cette semaine, l’antiquaire Paul Azzopardi a acquis sur l’émission Affaire conclue (France2) un superbe buste en marbre d’homme présumé être un banquier marseillais, signé d’Émile Aldebert et daté de 1904. Cela a drainé une centaine de spectateurs vers mon blog. Du coup, je me suis rendu compte que je n’ai pas encore donné sa notice biographique issue de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

Portrait photographique d’Émile Aldebert, 1902
Collection personnelle

Émile Aldebert (Millau, Aveyron, 28 août 1827 – Marseille, 7 mars 1924), sculpteur

Il s’installe à Marseille à l’âge de 9 ans et, à l’adolescence, fait ses études artistiques à l’école municipale de dessin. Dès 1851, il participe aux expositions de la Société artistique des Bouches-du-Rhône fondée par Émile Loubon (1809-1863), puis à celles du Cercle artistique et de l’Association des artistes marseillais : Spartacus blessé et Un génie éteint (1851, n°1 et 2), L’Amour tirant ses flèches (1855, bas-relief bois, n°5), Ariane à Naxos (1863, statue plâtre, n°312 & 1866, statue marbre, n°335), La Curieuse (1869, statuette terre cuite, n°378), Projet de fontaine à Méry, Papety, Ricard et Gozlan (1891, maquette plâtre, n°461), La Reine Jeanne (1897, médaillon plâtre, n°294), Naufragés (1908, groupe plâtre, n°328), Mes petits-enfants (1912, bas-relief bronze, n°321)…

Émile Aldebert, Ariane à Naxos, marbre, 1866
Photo trouvée sur Internet

Jean Bérengier,
Vivandière (Sambre-et-Meuse), plâtre, 1910 & Émile Aldebert, En détresse (Naufragés), plâtre, 1908, musée des Beaux-Arts de Marseille
Archives municipales de Marseille, 33 Fi 1506

À partir de 1868, il expose aussi au Salon parisien qui devient en 1881 le Salon des artistes français. Il y reçoit d’ailleurs une mention honorable en 1883 (Bateleur, statue plâtre, n°3271 – musée des Beaux-Arts de Marseille) et en 1886 (Enfant jouant avec une chèvre, groupe plâtre, n°3426 – musée des Beaux-Arts de Marseille).

Émile Aldebert, Bateleur, gravure d’après le dessin du sculpteur, 1883

Émile Aldebert, Deux amis (Enfant jouant avec une chèvre), plâtre, 1886, musée des Beaux-Arts de Marseille
Archives municipales de Marseille, 33 Fi 1505

En outre, les grands chantiers marseillais du Second Empire (palais de justice, préfecture des Bouches-du-Rhône, bibliothèque-école des Beaux-Arts) lui permettent de se construire une solide réputation d’ornemaniste. Puis, peu à peu, il gagne ses galons de sculpteur statuaire. Il exécute alors de nombreux édicules publics dont une paire de fontaines dédiées à l’Agriculture et à la Marine pour Sanary-sur-Mer (1867) et divers monuments commémoratifs : Augustin Fabre (hôpital de Sainte-Marguerite, anciennement à l’Hôtel-Dieu, 1893) et Antoine-Dominique Magaud (ancienne école des Beaux-Arts, 1910) à Marseille, Casimir Monier à Eyguières (1896), le Docteur Louis Barthélemy à Aubagne (1897), le Général Gaffori à Corte (1900)…

Émile Aldebert, Constantin, buste, pierre de Calissanne, 1870
Façade de la bibliothèque-école des Beaux-Arts, place Carli, 1er arrondissement

Émile Aldebert, L’Agriculture et La Marine, fontaines, Sanary-sur-Mer, 1867
Cartes postales

Émile Aldebert, Antoine-Dominique Magaud, buste marbre, 1910
Conservatoire national à rayonnement régional Pierre Barbizet, 2 place Carli, 1er arrondissement

Émile Aldebert, Monument au Général Gaffori, Corte, 1900
Carte postale

Parallèlement, il enseigne le modelage (1874), puis la sculpture (1884) à l’école des Beaux-Arts de Marseille. Il occupe ce poste jusqu’à la Première Guerre mondiale. Enfin, le 24 février 1884, il est reçu membre de l’Académie de Marseille. Son hôtel particulier (cf. notice du 30 juin 2020), sis au 11 de la rue de l’Obélisque (rue Louis Maurel), décoré par ses soins, vante aujourd’hui encore, telle une façade publicitaire, toute l’étendue du talent de cet artiste prolifique d’une exceptionnelle longévité. Après son décès, une vente publique disperse son fonds d’atelier les 2 et 3 avril 1924.

Catalogue de la vente du fonds d’atelier d’Émile Aldebert, 1924
Collection personnelle

jeudi 10 juillet 2025

Le rocailleur Stanislas Cailhol

Le 10 mai dernier, j’ai donné une notice consacrée au sculpteur François-Marius Cailhol (1810-1853). Toutefois, son frère Stanislas Cailhol (1814-1891?) est une personnalité tout aussi intéressante.
Plâtrier, cimentier et rocailleur, il apparaît tardivement dans l’Indicateur marseillais – en 1867, l’année même où la rubrique professionnelle des rocailleurs apparaît dans cet annuaire – et y figure jusqu’en 1891. Toutefois, à 50 ans passé, Stanislas Cailhol possède une longue expérience dans le décor architectural en ciment comme il l’explique lui-même dans un courrier au maire de Marseille justement en 1867 (archives municipales de Marseille 10M19). Il y énumère de nombreux travaux dans les propriétés phocéennes parmi lesquelles l’oratoire de M. Falque au Aygalades, les ruines de M. Berteaut à la Blancarde, la volière du presbytère de Sainte-Marguerite, la façade gothique sur jardin de M. Honnorat à la rue Sylvabelle… Toutefois, le premier chantier qu’il cite est celui du temple de l’entrepreneur Désiré Michel à l’Estaque.

Stanislas Cailhol, Temple, façade en ciment, 1864
Bastide Désiré Michel, 15 impasse du Bon Coin, 16e arrondissement

En 1859, Désiré Michel acquiert une bastide à l’Estaque qu’il entreprend d’agrandir. Dans ce cadre, le rocailleur Cailhol crée la façade du temple, la signe et la date de 1864.
Désiré Michel fonde en 1839 la Société Michel, Armand et Cie – qui devient par la suite Société des ciments de la Méditerranée Désiré Michel – pour promouvoir le ciment dans l’ornementation de l’architecture. En 1858, il annonce la construction du siège de son entreprise, sis traverse du Chapitre (auj. rue Frédéric Chevillon, 1er arrondissement), en trois mois seulement (juillet/septembre 1858) pour montrer les propriété plastique du ciment. Il est donc probable que Stanislas Cailhol ait – au moins pour un temps – travaillé dans la société de Désiré Michel comme sculpteur rocailleur avant de prendre son indépendance. Cela expliquerait son apparition tardive dans l’Indicateur marseillais.
En 1861, il obtient une médaille de bronze lors de l’exposition du Concours régional de Marseille. En 1867, il expose à la Société artistique des Bouches-du-Rhône une fontaine gothique en ciment (n°381). Par chance, à l’automne 1867, il en demande un emplacement au maire pour l’installer dans l’espace public en joignant un croquis à son courrier

Stanislas Cailhol, Fontaine gothique en ciment, aquarelle, 1867
Archives municipales de Marseille 10M19

Il réclame deux espaces sur la place Royale (place Charles de Gaulle, 1er arrondissement) : « Mon intention serait de creuser, au milieu du premier massif-gazon, un bassin de 2m00 de diamètre et d’y élever une Fontaine gothique, de 6m00 de hauteur, à jeux d’eaux intérieurs, le tout fouillé à jour et ciselé, comme peut vous en donner une faible idée l’aquarelle bien imparfaite que je joins à ma demande ; plus, sur le bord de l’allée, d’ornementer un kiosque pour la vente de journaux, dont on pourrait tirer parti pour la location. […] Enfant de Marseille, j’ai à cœur, depuis que mon talent s’est muri, de créer sur une de nos places un spécimen de mon travail, qui, d’après l’opinion du public artiste, n’est pas dépourvu d’originalité. / La Ville me fournira les matériaux, voilà tout et je serai trop heureux de pouvoir trouver ma récompense dans votre approbation et dans les félicitations de mes compatriotes. » Hélas, sa requête reste lettre morte ! 
L’œuvre de Stanislas Cailhol reste très largement à redécouvrir…

lundi 7 avril 2025

Le Génie de la mer (Carlo Sarrabezolles sculpteur)

En 1934, la Compagnie Générale Transatlantique et l’architecte arcachonnais Roger-Henri Expert (1882-1955) aménage le pont-promenade du paquebot Normandie. Ils commandent au sculpteur toulousain Carlo Sarrabezoles (1888-1971) une statue monumentale en bronze – Le Génie de la mer – pour décorer la plage arrière du liner. L’artiste réalise de nombreux croquis et maquettes pour ce projet [1].

Carlo Sarrabezolles, Trois études pour Le Génie de la mer
Stylo à bille à encre bleue sur papier, 21 cm x 13,5 cm, collection particulière

Carlo Sarrabezolles, Le Génie de la mer
Plâtre patiné bronze, 55 cm x 15 cm x 35 cm, collection particulière

Carlo Sarrabezolles, Le Génie de la mer
Plâtre, 47 cm x 13 cm x 27 cm, collection particulière

Carlo Sarrabezolles, Le Génie de la mer
Plâtre, 57 cm x 15 cm x 57 cm, collection particulière

L’œuvre est achevée en 1935. Toutefois, son poids considérable et les vibrations des hélices empêchent sa mise en place sur le navire. Elle est alors exposée à Paris, en 1937, à l’occasion de l’Exposition internationale : rebaptisée L’Océan, elle trône devant le pavillon de la Marine Marchande aux abords du pont Alexandre III.

Carlo Sarrabezolles, Le Génie de la mer à l’Exposition internationale de Paris, 1937
Couverture du catalogue Carlo Sarrabezolles 1888-1971. De l’esquisse au monumental

Par la suite, la statue colossale, haute de 715 cm, est prêtée par la Compagnie Générale Transatlantique au Musée de la Marine de 1943 à 1948. En 1952, elle est érigée sur l’esplanade de la gare maritime du Havre. Elle connaît encore plusieurs déménagements au Havre – entrée du siège de la Compagnie Générale Maritime, héritière de la Compagnie Générale Transatlantique, puis port autonome du Havre devant la gare transmanche – avant son transfert à Marseille en 2002. Depuis 2010, elle s’élève sur le parvis la tour de la CMA-CGM (Compagnie Maritime d’Affrêtement / Compagnie Générale Maritime).

Carlo Sarrabezolles, Le Génie de la mer (ensemble et signature), bronze, 1935
4 quai d’Arenc, 2e arrondissement 


[1] Les photos des dessins et maquettes sont extraites du catalogue d’exposition Carlo Sarrabezolles 1888-1971. De l’esquisse au monumental, Gourcuff Gradenigo, 2008