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lundi 27 janvier 2025

Monument à Victor Gélu (Stanislas Clastrier sculpteur)

Six ans après la mort du poète populaire Victor Gélu (1805-1885), les félibres parisiens lui élèvent un monument dans sa ville natale. Pour ce faire, ils s’adressent à l’architecte aixois Joseph Huot (1840-1898) et au sculpteur Stanislas Clastrier (1857-1925). Les deux artistes qui collaborent alors à la poste Colbert appartiennent au mouvement félibréen : le premier est majoral du Félibrige et syndic de la Maintenance de Provence ; le second est membre de l’Escolo de la Mar. Averti du projet, le Conseil municipal délibère le 26 mai 1891 d’agrandir la fontaine de la place Neuve – quartier du poète (1er arrondissement) – pour y insérer le haut-relief commandé.

Joseph Huot, Fontaine Gélu, projet dessiné, 20 juin 1891
Archives municipales de Marseille, 1128 W 45

Les événements se précipitent tant et si bien que l’on décide d’inaugurer le monument le 12 août 1891, avant même l’achèvement du bronze ; le modèle en plâtre remplace l’absent pour l’occasion.

Gustave Ouvière (1862-1943), Stanislas Clastrier modelant le haut-relief de Victor Gélu, photographie, 1891
Archives municipales de Marseille, 1 Fi 3

L’œuvre tire tout le parti possible de son cadre imposé, la stèle de la fontaine. Victor Gélu déclame l’une de ses chansons, à mi-corps derrière une table qui lui sert de tribune, le bras droit tendu. Malgré de fortes contraintes, le portrait sculpté paraît extrêmement vivant et correspond bien au caractère populaire du quartier. D’ailleurs, Marcel Pagnol (1895-1974) le cite dans sa célébrissime partie de cartes (Marius, 1929, acte III, scène 1) au cours de laquelle César déclare à Panisse : « Tu es beau. Tu ressembles à la statue de Victor Gélu. »

Marseille. La fontaine Gélu, carte postale, s.d.
Archives municipales de Marseille, 88 Fi 218

Dès le 4 septembre 1891, le Conseil municipal rebaptise la place Neuve du nom de Victor Gélu. Toutefois, le monument n’échappe pas aux vicissitudes de l’Histoire : le bronze est fondu en 1942, répondant à la loi de récupération des métaux non ferreux.

mercredi 28 août 2024

Joseph Luc

Voici une nouvelle notice enrichie du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

Luc Joseph Félix Marguerite (Martigues, 14 janvier 1870 - ?), sculpteur
Élève d’Émile Aldebert (1827-1924) et de Stanislas Clastrier (1857-1925), il exhibe ses œuvres – principalement des portraits – aux expositions de l’Association des artistes marseillais de 1890 à 1895 : Portrait d’homme (n°358), Portrait de femme (359) et Guerrier (statuette) en 1890 ; Buste marbre (n°484), Buste plâtre (n°485) et Médaillon (n°486) en 1891 ; Mon Portrait, buste plâtre (n°459), Portrait de M. A… (n°460) et Portrait de Mlle B… (n°461) en 1892 ; Portrait de Mlle M.-L. G…, buste plâtre (n°309), et Portrait de M. et Mme S…, médaillon (n°309bis).

Joseph Luc, Pierre-Antoine Verpillat, buste, pierre, circa 1890
Tombe de la famille Verpillat, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Joseph Luc est l’auteur d’un buste au cimetière Saint-Pierre. Il s’agit très vraisemblablement du portrait du papetier lyonnais Pierre-Antoine Verpillat (1846-1887) qui décède à Marseille le 6 janvier 1887. Les attributs sous le buste – presse, journal Le Petit Marseillais, plume – le laisse penser.
Après ses études artistiques à Marseille, il poursuit son cursus à Paris. Il entre le 9 avril 1897 dans l’atelier d’Ernest Barrias (1841-1905) à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il semble s’établir définitivement dans la capitale où il épouse une certaine Blanche Baptistine Bouvier. Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé le 2 août 1914 mais est réformé le 26 avril 1915 à cause d’un emphysème pulmonaire et de surdité. Au passage, son dossier militaire révèle qu’il mesure 1,60 m.

mercredi 7 juin 2023

La fontaine Estrangin (André Allar sculpteur)

Au mois de juillet prochain, les Monuments historiques vont classer plusieurs fontaines emblématiques de Marseille dont la fontaine Estrangin. C’est l’occasion de publier la notice que je lui ai consacrée dans la revue Marseille (n°220, mars 2008, p.110-111) en la complétant.

Anonyme, Hôtel particulier et fontaine Estrangin, photographie, vers 1891-1902
© Archives de la Caisse d’épargne Provence Alpes Corse

À la fin de l’année 1887, le négociant Henri Estrangin (1823-1902) exprime la volonté d’offrir une fontaine pour orner la place Paradis sur laquelle donnent son hôtel particulier et ses bureaux [1]. Il souhaite célébrer un demi-siècle d’activités commerciales et proclamer son attachement à sa ville natale. Plus officieusement, il s’agit d’ennoblir le lieu et de réduire le chahut quotidien des véhicules, chevaux et hommes qui stationnent sous ses fenêtres. La municipalité accueille le projet avec bienveillance, d’autant plus qu’il s’inscrit dans le plan plus large du réaménagement du quartier, notamment avec la construction de la Banque de France sur la parcelle voisine.

Joseph Letz, Fontaine Estrangin, projet, dessin, novembre 1887
© Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 7 O 19/2

Le commanditaire confie son projet à l’architecte du département Joseph Letz (1838-1890) – auteur de ladite banque – et au statuaire André Allar (1845-1926). Le dessin que Letz propose en novembre 1887 donne les lignes générales du monument avec quelques détails curieux qui ne seront pas conservés comme les globes lumineux sur les têtes de proue. L’iconographie évolue et le sculpteur expose le modèle en plâtre du groupe central, au demi d’exécution, au Salon marseillais de mai 1889 : l’allégorie de Marseille, assise sur un trône, s’appuie sur son blason et sur le génie du Commerce tandis que La Méditerranée lui apporte l’abondance.

André Allar, Fontaine Estrangin, maquette, plâtre, 1888-1889
Ensemble et détail
Académie de Marseille © Olivier Liardet

La fontaine ressemble à un surtout de table, à une véritable pièce d’orfèvrerie au vu de sa maquette. Surtout avec le dessin de sa vasque et de son bassin inférieur ! Autour de la vasque, les bustes du Rhône et de la Durance, de l’Europe, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique, tels des figures de proue, terminent six étraves de part et d’autre desquelles des dauphins stylisés crachent l’eau dans le bassin secondaire. Enfin, une guirlande de fruits relie le tout. Le mécène montre ainsi l’étendue de ses affaires de part le monde sans se mettre en avant : son portrait en médaillon qui apparaît sur la maquette n’est pas reprise dans la réalisation finale.
Pour l’aider, Allar engage comme praticiens son ancien élève Stanislas Clastrier (1857-1925) ainsi que l’ornemaniste et professeur à l’École des Beaux-Arts de Marseille Pierre Rey (1839-1923). Cependant, il faut attendre 18 mois avant que la carrière Brun, à Fons dans le Gard, puisse fournir deux blocs de pierre blanche de Lens de dimensions suffisantes pour confectionner la vasque. Quant au bassin circulaire, il est en granit rose d’Écosse fourni par le marbrier Jules Cantini (1826-1916). La mort brutale de Joseph Letz, le 10 janvier 1890, perturbe encore le bon déroulé des travaux. Il est remplacé au pied levé par Gaudensi Allar (1841-1904), frère du sculpteur. En définitive, le chantier ne commence qu’au mois de mars.
Finalement, le 30 novembre 1890, la fontaine est inaugurée en grande pompe en présence du maire Félix Baret et du député Jules Charles-Roux. Quant à la place Paradis, elle prend le nom d’Estrangin-Pastré – la mère d’Henri Estrangin étant Amélie Pastré, sœur du président de la Chambre de commerce Jean-Baptiste Pastré – dès le 2 décembre suivant.

André Allar, Fontaine Estrangin, 1890
Place Estrangin-Pastré, 6e arrondissement
Cartes postales 

Menacée de déménagement pour laisser passer le futur tram qui remontera le cours Pierre Puget, la fontaine semblerait y échapper au vu du dernier tracé en date ! Ouf !

Projet de déplacement de la fontaine Estrangin, 2011

Tracé du tram, 2020


[1] En 1902, l’Hôtel Estrangin est acquis, puis rasé, par la Caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône qui fait construire son nouveau siège sur le terrain libéré.

vendredi 18 février 2022

L’enseignement de la sculpture à Marseille au XIXe siècle – 4

La politique d’attribution des bourses municipales

Avant 1876, l’obtention d’une pension s’effectue au cas par cas. Le directeur de l’école adresse, au nom du demandeur, une requête au conseil municipal qui décide de la réponse à délivrer. Sous le Second Empire, six élèves sollicitent une aide : l’architecte Ernest Paugoy et cinq statuaires. Seule la demande de Pierre Barbaroux (1848-1903) est rejetée, non parce qu’elle émane d’un sculpteur de plus, mais à cause de dissensions sur la façon d’attribuer les pensions[1]. Plusieurs faits se conjuguent pour expliquer la surreprésentation des sculpteurs. D’une part, la cité phocéenne est un énorme chantier ayant besoin d’artistes compétents. D’autre part, le diplôme d’architecte n’est institué à Paris qu’en 1867 sans pour autant être obligatoire[2]. Quant à la création tardive de la classe de peinture en 1878, elle ne favorise guère les jeunes peintres limités jusque-là à l’apprentissage du dessin. Cela dit, aucune homogénéisation du montant des bourses n’existe. Ainsi, les trois pensionnaires sculpteurs de 1867 perçoivent-ils chacun une somme différente. Allar reçoit 600 francs, soit cinq fois moins que l’allocation attribuée à Salomon Laugier (1835-1890)[3]. Quant à Hugues, il obtient 1 000 francs. Jules Cavelier (1814-1894), le professeur d’Allar à Paris, réclame l’augmentation de la pension de son élève arguant que « le but ne saurait être atteint tant que le chiffre de l’allocation restera assez restreint pour retirer le droit d’exiger d’un titulaire de se livrer aux études, exclusivement et sans préoccupation de travaux lucratifs[4] ». Finalement, en 1874, les édiles uniformisent les pensions à 1 400 francs. Quant à leur renouvellement, il dépend des résultats et du comportement des bénéficiaires. Aucune limite temporelle autre que celle inhérente au concours de Rome − avoir moins de 30 ans révolus − n’existe. Hugues est le plus favorisé ; il perçoit des subsides huit années durant, soit un total de 10 000 francs. Parallèlement, la désignation des boursiers par le biais d’un concours finit par s’imposer. L’arrêt du 15 mai 1875 l’entérine ; il fixe, en outre, à quatre ans la longueur d’un pensionnat[5]. Consulté sur ce point par le directeur de l’école, Jean Turcan (1846-1895) s’inquiète : « Il sera assez difficile de fixer la durée d’une pension à un temps limité surtout en considérant […] le peu de savoir que nous avions quand nous sommes arrivés et le temps qu’il a fallu pour nous dégrossir[6] ». 

Henri Lombard, Tobie rendant la vue à son père, plâtre, concours triennal de 1876
© Archives municipales de Marseille, 61 Fi 80. Photographie : Marcel de Renzis.

Les événements se précipitent à l’été 1875 avec le triomphe d’Hugues. Sa bourse, désormais vacante, est mise au concours en 1876. On ouvre la compétition à la statuaire, seule section à pouvoir présenter un nombre satisfaisant de candidats[7]. Dans la foulée, s’instaure la volonté d’une compétition triennale : chaque année, les représentants d’un des trois arts entreront en concurrence pour l’obtention du titre de pensionnaire de la Ville. La municipalité désire ainsi rééquilibrer les chances entre les différentes classes. L’examen doit se dérouler en deux temps : tous les candidats potentiels subissent une épreuve préliminaire (une esquisse sur un sujet historique), éliminatoire, afin de sélectionner les élèves admissibles au concours proprement dit. Ceux-ci, dans la seconde phase, reçoivent la lecture du sujet à traiter et entrent aussitôt en loge. La première journée est consacrée à une esquisse, laquelle est remise à l’administration et signée par le président du jury. Puis, le travail en loge dure soixante séances de douze heures environ. Pendant ce laps de temps, aucun contact autre que les modèles vivants masculins nécessaires ne peut se faire à l’intérieur du local assigné. Le jury se réunit le 1er février 1876 pour choisir le sujet de l’épreuve éliminatoire. Dès le lendemain, de 8 heures à 20 heures, les huit compétiteurs illustrent un passage de l’histoire romaine : Cornélie, mère des Gracques, présentant ses enfants à une dame de Campanie qui lui montrait ses bijoux. Le 3 février, les jurés examinent les mérites de chaque œuvre et retiennent quatre finalistes. Le concours définitif débute en mars. Cette fois, le sujet retenu est biblique : Tobie rendant la vue à son père. Une indemnité de 60 francs est accordée à chacun des logistes afin de payer les frais de modèles. Les épreuves finies, les bas-reliefs en compétition sont présentés au public durant une semaine à l’issue de laquelle le jury rend son verdict. Le 19 juin, le résultat est proclamé. L’œuvre de Lombard remporte les suffrages du jury à l’unanimité ; une gratification de 300 francs est allouée à Stanislas Clastrier (1857-1925), classé second.

Constant Roux, La Belle Chryséis rendue à son père, plâtre, concours triennal de 1890
© Archives municipales de Marseille, 61 Fi 83. Photographie : Marcel de Renzis

Un concours pour une section n’ayant lieu que tous les trois ans, il arrive que des jeunes gens, déjà élèves aux Beaux-Arts de Paris, participent à la compétition. Coup sur coup, Constant Roux (1865-1942) et Auguste Carli se retrouvent dans cette position. Une disposition qui se voulait transitoire en 1875 devient bientôt providentielle pour briguer la précieuse pension municipale : « deux années de fréquentation à l’école de dessin de Marseille suffiront, quelle que soit d’ailleurs l’époque de fréquentation[8] ». Grâce à cette clause, Roux devient pensionnaire en 1890, battant de peu son camarade avec un haut-relief, La Belle Chryséis rendue à son père. Trois ans plus tard, Carli concourt, termine premier après l’esquisse des éliminatoires (Numa apprenant à Tatia la mort de son père), puis l’emporte devant Gabriel Joucla (1869-1915) avec Alexandre et son médecin. En échange de sa libéralité, la municipalité exige un certificat trimestriel signé par le directeur de l’École des beaux-arts de Paris attestant une bonne conduite et une assiduité constante ainsi que l’envoi de travaux prouvant les progrès de ses pensionnaires.


[1] AMM, 1 D 100, délibération du conseil municipal du 6 novembre 1868, p. 220-222 : refus de bourse à Barbaroux sans une mise au concours.
[2] Le diplôme devient obligatoire à Paris en 1881 ; à Marseille, il faut attendre 1905 pour la création d’un diplôme d’architecture.
[3] AMM 1 D 96, délibération du conseil municipal du 3 août 1866, p. 473 : subvention à Laugier. La bourse de 1 600 francs allouée à Laugier pour 1867 est transformée en allocation de 3 000 francs pour aller à Rome.
[4] AMM, 31 R 67, sous-dossier André Allar : lettre double d’André Allar et de Jules Cavelier au maire de Marseille en date du 18 août 1869. Le jugement du prix de Rome, rendu ultérieurement, annule la demande en raison du succès d’Allar.
[5] En 1886, la durée du pensionnat est réduite à trois ans.
[6] AMM, 31 R 68, dossier Jean Turcan : lettre de Jean Turcan à Antoine-Dominique Magaud du 2 mai 1875.
[7] La sculpture en présente huit, l’architecture trois et la peinture aucun (la classe n’étant pas encore créée).
[8] AMM, 3 D 30, arrêté relatif aux pensionnaires de la Ville à l’École des beaux-arts de Paris du 15 mai 1875, p. 560-561, article 12.

mardi 13 juillet 2021

Pierre Rey

Il y a quelques jours, j’ai découvert les dates de naissance et de mort du sculpteur ornemaniste Pierre Rey. C’est l’occasion de mettre à jour la petite notice biographique que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

Rey Pierre (Lyon, 10 avril 1839 – Marseille, 25 février 1923), sculpteur ornemaniste

Il est nommé professeur adjoint chargé de l’ornement, le 10 février 1885, à l’école des beaux-arts de Marseille… poste qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1917. À ce titre, il est choisi par la Caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône, en septembre 1903, pour la réalisation de l’entièreté du décor ornemental de son nouveau siège, moyennant 7 100 francs.

Marché de gré à gré entre Pierre Rey et la Caisse d’épargne
Archives de la Caisse d’épargne Provence Alpes Corse, Aa 03, boite 79, dossier Rey

Pierre Rey, chutes & mascaron, pierre, 1904
Caisse d’épargne, passage groupe Provence, 6e arrondissement

Pierre Rey, cartouche & mascarons, pierre, 1904
Caisse d’épargne, place Estrangin, 6e arrondissement


Pierre Rey, frise d’abeilles / mascaron / console / fronton cintré, pierre, 1904
Caisse d’épargne, cours Puget, 6e arrondissement 

Il est par ailleurs le praticien d’André Allar (1845-1926) pour la Fontaine Estrangin (1890), tout comme son collègue Stanislas Clastrier (1857-1925).

Enfin, il est probablement le père de Philippe Rey qui expose deux fois au Salon marseillais : un modèle d’une pendule à exécuter en faïence décorée (1893) et un portrait en médaillon (1895).

lundi 8 février 2021

Stanislas Clastrier

Voici une nouvelle biographie enrichie tirée du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur : 

Clastrier Stanislas Gabriel Eugène, parfois dit Stanil (Montagnac, Hérault, 5 mai 1857 – Marseille, 13 août 1925), sculpteur
Il fait son apprentissage artistique à Marseille, puis à l’École nationale des beaux-arts de Paris où il est, de 1875 à 1881, l’élève de François Jouffroy (1806-1882) et d’André Allar (1845-1926). Il expose au Salon des artistes français : Monsieur B. W… (médaillon plâtre, n°4132) et Ma sœur (buste plâtre, n°4133) en 1878 ; Bonheur de vivre (buste plâtre, n°4899) en 1879 ; Mme E. C… (buste plâtre, n°6203) en 1880 ; Camille Pelletan (buste plâtre, n°3742) ; La Tête du rebelle (médaillon plâtre, n°4226) et Le Nervi (buste plâtre, n°4227) en 1882 ; La Tête de rebelle (bronze sur fond de marbre, n°3472) et Monsieur Lieutaud (buste marbre) en 1883 ; Monsieur V… (médaillon terre cuite, n°3495) en 1885 ; Mousquetaire (statuette bronze, n°4187) en 1889 ; Feu le professeur A.-F. Marion (médaillon plâtre, n°2364) en 1902. Il fréquente également les expositions marseillaises de façon épisodique : Tête de Rebelle (Cercle artistique, 1882) ; Projet de monument à Garibaldi, buste de Gambetta et médaillons divers (n°498 à 500, Concours régional de Marseille, 1886) ; buste plâtre de Monsieur C…, Cigalier et une esquisse en terre cuite de Poissonnière (n°4666 à 468, Association des artistes marseillais, 1891) ; buste en terre cuite d’Enfant et un Portrait en plâtre (n°334 et 335, Association des artistes marseillais, 1908) ; deux masques décoratifs figurant La Flamme et L’Eau ainsi qu’un cachet en vieil argent intitulé Le Secret de la momie (n°390 à 392, Association des artistes marseillais, 1914).
Clastrier s’établit à Marseille en 1883. Là, il collabore avec André Allar en tant que praticien à la Fontaine Estrangin (1890). Comme sculpteur, son talent de portraitiste est apprécié : Hippolyte Pépin (Chambre de commerce de Saint-Étienne, 1893), Érasme Guichet (Châteauneuf-les-Martigues, 1910), Augustin Fabre (Archives municipales de Marseille, 1917). D’ailleurs, les architectes phocéens exploitent cette veine dans leurs monuments publics : médaillons du Théâtre des Variétés (1887, cf. notice du 27 septembre 2019), pittoresque haut-relief du Monument à Victor Gélu (1891, détruit), médaillons de la Poste Colbert (1891), statue de Charles Barbaroux pour la Préfecture des Bouches-du-Rhône (1895, cf. notice du 27 février 2020).

Stanislas Clastrier, Monument à Victor Gélu, bronze, 1891
Fondu pendant l’Occupation 

Ancienne poste Colbert
Place de l’hôtel des postes, 1er arrondissement 

Stanislas Clastrier, Volta, Ampère, Faraday et Coulomb, médaillons, 1891
Ancienne poste Colbert, Place de l’hôtel des postes, 1er arrondissement

Il est également l’auteur, à Marseille, du fronton de l’asile d’aliénés (1895), du fronton de la compagnie de navigation Fraissinet et Cie (1906), des clés des arcs – La Flamme et L’Eau – de la caserne des sapeurs-pompiers (1914) et de plusieurs monuments aux morts (La Pitié suprême au cimetière Saint-Pierre ; Monuments de Saint-Antoine et de Saint-André). Il en réalise d’autres pour diverses communes du département : Les Pennes Mirabeau, Peypin, Rognac, Roquevaire, Saint-Zacharie, Vitrolles…

Stanislas Clastrier, fronton de l’asile d’aliéné, 1895
Hôpital de la Timone, 5e arrondissement 

Stanislas Clastrier, Mercure, 1906 
Fronton de la compagnie de navigation Fraissinet et Cie
Place Charles de Gaulle, 1er arrondissement

Caserne des sapeurs-pompiers
Stanislas Clastrier, La Flamme et L’eau, 1914
Clés des arcs de la caserne des sapeurs-pompiers
9 boulevard de Strasbourg, 3e arrondissement

Stanislas Clastrier, La Pitié suprême, 1917
Il s’agit du 1er monument commémoratif érigé à Marseille en plein conflit
Anciennement au cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement (détruit ?) 

Stanislas Clastrier, Monument aux morts de Saint-Antoine, 1920
Cimetière de Saint-Antoine, 28 Chemin de Mimet, 15e arrondissement

Professeur à l’école des beaux-arts de Marseille de 1904 à 1925, il effectue à ce titre divers travaux : restauration des sculptures de la façade de l’hôtel de ville et facsimilé du médaillon des armes de la Ville de Pierre Puget (1620-1694) en 1913 ; transfert du plafond stuqué de l’ancienne bibliothèque du couvent des Prêcheurs (1674-1675) au palais de l’Art Provençal du parc Chanot vers 1918-1922.

Il s’adonne enfin à l’archéologie, notamment sur plusieurs sites préhistoriques des Pennes Mirabeau, et publie le résultat de ses fouilles. Sur ce point précis, je renvoie à l’article de Loup Bernard : « Stanislas Clastrier (1857-1925), hagiographie contrastée d’un acteur de l’archéologie protohistorique marseillaise », Documents d’archéologie méridionale, t.33, 2010, p.243-252.

jeudi 27 février 2020

Les dégâts de la Commune à la Préfecture des Bouches-du-Rhône

La Préfecture des Bouches-du-Rhône, photos, vers 1870
Collection particulière

Dès le mois d’août 1870, peu après le déclenchement de la guerre franco-prussienne, la cité phocéenne est secouée par des troubles insurrectionnels sporadiques. Dans l’après-midi du dimanche 4 septembre, jour de proclamation de la IIIe République, le peuple se précipite dans la rue Saint-Ferréol en direction de la Préfecture. Sur son passage, il enlève les aigles qui surmontent les hampes des drapeaux. Il investit le bâtiment et s’en prend au symbole du régime déchu : la statue équestre de Napoléon III, sculptée par Eugène Guillaume (1822-1905), chute dans le vide… l’effigie en pied de l’ex-empereur du palais de la Bourse, par Auguste Ottin (1811-1880) ayant été préalablement étêtée.

Bombardement de la Préfecture depuis Notre-Dame de la Garde
le 4 avril 1871, gravure publiée dans L’Illustration

Toutefois, les troubles atteignent leur paroxysme lors de la Commune de Marseille, du 23 mars au 4 avril 1871. En cela, elle suit l’exemple de Paris qui s’insurge, à partir du 18 mars, contre les conditions de l’armistice de janvier 1871 et la nouvelle Assemblée nationale à dominante royaliste et pacifiste. Le 23 mars, un défilé de gardes nationaux dégénère en manifestation ; la foule envahit à nouveau la Préfecture des Bouches-du-Rhône sans effusion de sang et y demeure. Le préfet Paul Crosnier est retenu prisonnier dans ses appartements tandis que le drapeau rouge de la République sociale flotte désormais au balcon d’honneur. Le 28 mars, le général Espivent de la Villeboisnet, chef militaire du département déclare les Bouches-du-Rhône en état de guerre : le 3 avril, il fait marcher ses troupes contre Marseille. La lutte s’engage le lendemain matin. Bientôt, il parvient aux barricades entourant la Préfecture où se sont réfugiés les défenseurs de l’insurrection. Vers midi, il fait bombarder le quartier depuis les hauteurs de Notre-Dame de la Garde ; la Préfecture tombe à l’aube du 5 avril.
Outre les vies humaines perdues, les dégâts matériels sont nombreux. Plus de 280 boulets se sont abattus sur le bâtiment. Les toitures, les façades sont criblées d’impacts ; la statue de Saint Trophime, sculptée par Charles Gumery (1827-1871) pour la façade de la rue Montaux (aujourd’hui Edmond Rostand) se retrouve décapitée.

La Préfecture des Bouches-du-Rhône, photo, vers 1871-1877
(après la destruction de la statue de Napoléon III et avant le percement de la fenêtre)
Collection particulière

Pavillon central de la Préfecture des Bouches-du-Rhône
Boulevard Paul Peytral, 6e arrondissement

Très vite, l’architecte du département Joseph Letz (1837-1890) rédige des rapports sur les dégâts subis. Mais il faut attendre plusieurs années avant que des restaurations soient engagées. Ainsi, Le Sémaphore de Marseille annonce-t-il seulement le 18 septembre 1877 que l’on va percer une fenêtre à l’emplacement de la statue équestre et que son ornementation est confiée à Auguste Royan (1837-1908). Quant au chantier des façades, il échoie à l’entreprise en sculpture, décoration et plâtrerie de Marius Garaudy ; les travaux sont effectués courant 1878.

Affiche du concours pour remplacer la statue de Saint Trophime

Stanislas Clastrier, Charles Barbaroux, pierre, 1895
Préfecture des Bouches-du-Rhône, rue Edmond Rostand, 6e arrondissement

Il faut encore attendre le 27 décembre 1893 avant que l’on se décide à remplacer la statue de Gumery. Cependant, on écarte l’idée de remettre en place une effigie du premier évêque d’Arles. Le choix du révolutionnaire marseillais Charles Barbaroux (1767-1794) apparaît comme un moyen détourné d’évoquer les troubles de la Commune. À l’issue du concours, quatre maquettes sont soumises à l’examen du jury, lequel désigne Stanislas Clastrier (1857-1925) lauréat. L’artiste achève son œuvre en 1895, moyennant 5000 francs.