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lundi 26 mai 2025

Jean Bouin, le retour en grâce

En 2020, je m’étais ému de la disparition de la statue de Jean Bouin, œuvre du grand prix de Rome phocéen Constant Roux (1865-1942), auprès du journaliste de La Marseillaise David Coquille. Son enquête avait permis de retrouver la sculpture en piteux état ! (Cf. notice du 27 octobre 2020).

Statue de Jean Bouin dans un hangar municipal en juin 1923

L’émotion suscitée incita la Ville à lancer la restauration du monument à la fin de l’année 2023. Après une longue période d’étude et un appel d’offre infructueux, il a été décidé d’une restauration partielle du bronze avant une restauration définitive prévue pour 2026. La sculpture a été confiée à l’entreprise arlésienne A-Corros, spécialisée dans la corrosion et la conservation des métaux auprès de l’industrie et des Monuments historiques. Les manques ont alors été restitués avec de la résine patinée ; cette opération de modélisation fut possible grâce à la conservation du modèle original en plâtre dans les réserves du musée des Beaux-Arts de Marseille. Un budget de 70 000 € a été alloué à cette restauration.

La statue de Jean Bouin dans les ateliers d’A-Corros au printemps 2025
© Nicolas Vallauri / La Provence (article du 16 mai 2025)

La sculpture ayant retrouvé son intégrité, elle a été – enfin – replacée dans l’espace public et solennellement inaugurée le 16 mai dernier, sur le parvis du Stade Vélodrome rebaptisé parvis Bernard Tapie, en même temps que le groupe de Joël Vergne (né en 1953) À jamais les premiers.

Installation du Monument à Jean Bouin sur le parvis du Stade Vélodrome, 14 mai 2025
© Nicolas Vallauri / La Provence (article du 16 mai 2025)

Inauguration du Monument à Jean Bouin le 16 mai 2025

Reste à espérer que la restauration ira à son terme ! Souhaitons que le prochain appel d’offre à des fondeurs permettent dans les plus brefs délais la substitution des « rustines » en résine par du bronze afin d’assurer la pérennité de la restauration 

mardi 25 février 2025

François Mourgues

Le 7 mars prochain, la salle des ventes de Bourges met aux enchères un buste d’homme en terre cuite signé d’un sculpteur marseillais rare sur le marché public : François Mourgues. 

François Mourgues, Portrait masculin, terre cuite, H. 44 cm, 1948
Hôtel des ventes de Bourges, estimation 80 €/100 € - adjugé 80 €

C’est enfin l’occasion pour moi de donner la notice enrichie que je lui avais consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

François Mathieu Mourgues (Marseille, 21 septembre 1884 – Paris, 17 août 1954), sculpteur

Boursier de la ville de Marseille en 1905, il entre dans l’atelier de Jules Coutan (1848-1939) à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Dès lors, il s’installe définitivement dans la capitale où il épouse Victorine Marie Bargès le 15 octobre 1923.
En 1907, il participe au concours du Monument à Louis Salvator, remporté par Constant Roux (1864-1942). Par ailleurs, il expose régulièrement au Salon de la Société des artistes français dont il est sociétaire depuis 1913. Il y obtient plusieurs récompenses : mention honorable en 1914 (Improvisateur, groupe plâtre), médaille de bronze en 1920 (le dramaturge marseillais Charles Méré [1883-1970] auteur de La Captive, buste plâtre, et 11 novembre 1918, fin d’Empire, statue plâtre) et médaille d’argent en 1926 (Sur les ruines, statue pierre de Lens).

François Mourgues, 11 novembre 1918, fin d’Empire, statue plâtre, 1920, carte postale
L’œuvre évoque la chute des empires allemand et austro-hongrois après l’armistice.

François Mourgues est l’auteur de plusieurs monuments aux morts dont les maquettes ou des fragments sont parfois exposés au Salon : Crouy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne, 1922), Vertus (Marne, 1923), Fismes (Marne, 1924), Lourdes (Hautes-Pyrénées, 1924), Romilly-sur-Seine (Aube, 1927), Monument aux morts de l’industrie chevaline (Paris, 106 rue Brancion, 1930). Il est également l’auteur de sculptures funéraires comme la tombe C. Ruffier des Aimes (1927) au cimetière Saint-Pierre de Marseille.

François Mourgues, Monument aux morts de Crouy-sur-Ourcq, pierre, 1922, cartes postales

François Mourgues, Monument aux morts de Vertus, pierre, 1924, cartes postales

François Mourgues, Monument aux morts de Fismes, pierre d’Euville, 1924, carte postale

François Mourgues, Monument aux morts de Lourdes, maquette, catalogue du Salon de 1924
Mourgues expose deux maquettes en 1924 ; la légende inverse l’identification des monuments

François Mourgues, Monument aux morts de Lourdes, bronze, après 1924
Cette sculpture est parfois attribuée de façon erronée à Louis Grimal (1872-1944).

François Mourgues, Monument aux morts de Romilly-sur-Seine, pierre, 1927, carte postale

François Mourgues, Monument aux morts de l’industrie chevaline, pierre, 1930
106 rue Brancion, 75015 Paris
Ce monument est situé sur l’ancien abattoir hippophagique de Vaugirard.

Outre des monuments commémoratifs, François Mourgues expose de nombreux portraits : le dramaturge Victorien Sardou (1831-1908) en 1922, le chirurgien-chef de Boucicaut Charles Dujarier (1870-1931) en 1928, l’architecte arménien naturalisé français Léon Nafylian (1877-1937) en 1933, l’aviateur Jean Mermoz (1901-1936) en 1938… Il présente également une sculpture animalière en 1927 : Deux frères, chats en bronze.

François Mourgues, Deux frères, groupe bronze, 1927
Vendu aux enchères le 19 mai 2017 à l’Hôtel Drouot (L’huillier & associés, lot 242)

Il est encore l’auteur d’une superbe statue orientaliste, exposée en 1929 et intitulée Tanit-Zerga. Il s’agit un personnage de L’Atlantide publié par Pierre Benoît (1886-1962), grand prix du roman de l’Académie française en 1919. Cette adolescente est une princesse africaine de l’ethnie Sonrhaï, enlevée par des Touaregs et esclave de la reine Antinéa dans le Hoggar.

François Mourgues, Tanit-Zerga, statue, plâtre polychromé, H. 200 cm, 1929
Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris, inv. 75.15509.1
© musée du quai Branly – Jacques Chirac, Dist. GrandPalaisRmn / Léo Delafontaine

Outre Tanit-Zerga, le musée du quai Branly – Jacques Chirac possède deux autres sculptures de François Mourgues, don de sa veuve à l’État français : une statuette du maréchal Joseph Joffre (1852-1931) et un buste du général Philippe Leclerc de Hauteclocque (1902-1947).



François Mourgues, Le maréchal Joffre, statuette plâtre, H. 46,5 cm, 1916
Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris, inv. 75.15509.3
© musée du quai Branly – Jacques Chirac, Dist. GrandPalaisRmn / Léo Delafontaine


François Mourgues, Le général Leclerc, buste plâtre, H. 63,5 cm, 1947
Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris, inv. 75.15509.2
© musée du quai Branly – Jacques Chirac, Dist. GrandPalaisRmn / Léo Delafontaine

dimanche 23 juin 2024

La Toilette de bébé (Raymonde Martin et Constant Roux sculpteurs)

Jeudi dernier, j’ai acheté à l’hôtel Drouot un petit groupe (H. 17 cm) en terre cuite de la sculptrice marseillaise Raymonde Martin (1887-1977). Provenant de la collection de Jacques et Michèle Ginepro, grands amateurs de sculptures, il était intitulé dans le catalogue de vente La Toilette de bébé (lot 255, Audap & associés, 20 juin 2024). 

Raymonde Martin, La Toilette de bébé, terre cuite, 1921-1922
Collection personnelle

L’artiste en a tiré un bronze don un exemplaire était vendu dans la même vente (lot 256, Audap & associés, 20 juin 2024).

Raymonde Martin, La Toilette de bébé, bronze, 1921-1922
Collection Gaston Marie Martin

L’œuvre représente une mère en train de laver les fesses de son enfant. La pose du bébé, les pieds en l’air et la tête renversée, est originale et amusante. Les boulettes d’argile écrasées de la chevelure ou de la robe désignent une étude prise sur le vif. En effet, il s’agit d’une esquisse pour l’envoi de Raymonde Martin au Salon de 1922 : n°3514- Mère et enfant, groupe plâtre. Sur l’œuvre finale, on note quelques différences, notamment au niveau de la coiffure.

Raymonde Martin, Mère et Enfant, plâtre, 1922
Photographie, collection Gaston Marie Martin

Si j’ai acquis cette sculpture – outre le fait que Raymonde Martin est une artiste rare sur le marché de l’art – c’est qu’elle fait écho à une autre terre cuite de ma collection… Quelque vingt-cinq années plus tôt, Constant Roux (1865-1942) a abordé le même sujet.

Constant Roux, La Toilette de bébé, terre cuite, circa 1895
Collection personnelle

Constant Roux et sa compagne Joséphine Signoret (1869- ?) sont les jeunes parents du petit Paul, dit Paolo, Roux (1894-1902) au moment où le sculpteur part pour la Villa Médicis. Le sujet de la maternité est donc autobiographique et lui inspire le groupe Maternité, son envoi de Rome de première année (1896). La petite terre cuite (H. 20 cm) n’en est sans doute pas une esquisse. En revanche, le motif pittoresque d’une mère ou d’une nourrice torchant un bébé correspond certainement à une scène domestique vécue.
Constant Roux a tiré un plâtre de cette œuvre amusante et l’a éditée en bronze.

Constant Roux, La Toilette de bébé, plâtre patiné, vers 1895
Collection particulière

Constant Roux, La Toilette de bébé, bronze, vers 1895
Exemplaire vendu à Saint-Raphaël (Var Enchères, lot 45) le 15 décembre 2022

dimanche 25 juin 2023

Le cimetière du mobilier urbain marseillais

En tant qu’expert de la sculpture marseillaise, j’ai eu accès cette semaine à un entrepôt municipal situé dans le 15e arrondissement. On y trouve du mobilier urbain en fonte : lampadaires, fontaines, grilles… On y trouve également des monuments publics retirés de la voie publique sous la municipalité Gaudin.
Je peux – avec un gros effort – comprendre la nécessité de déplacer un monument. Par contre, je crois que le remiser dans un local perdu dans les quartiers Nord, loin des yeux des élus, c’est le condamner à mort ! Surtout lorsque les statues sont stockées couchées ! Pourquoi dans cette position aberrante qui ne peut provoquer que des dégradations à long terme ? Pourquoi pas debout, ce qui – en plus – prend moins de place ? 

Constant Roux, Jean Bouin, statue, bronze, 1922
Entrepôt municipal, 15e arrondissement

J’y ai retrouvé le Jean Bouin de Constant Roux (1865-1942). Pauvre statue ! Certes, depuis l’enquête de David Coquille, elle ne rouille plus à l’extérieur ! Mais, entretemps, elle a perdu sa terrasse et son pied d’appui ! Malheureux champion paralympique de course à pied ! Au demeurant, la corrosion a attaqué l’un de ses avant-bras. Par chance, on a prévu des palettes pour le soutenir ; dommage qu’il repose par terre, à côté ! J’espérais que le déroulement de plusieurs épreuves des jeux olympiques à Marseille en 2024 serait une motivation pour remettre dans l’espace urbain la figure de ce grand champion, mort pour la France. Je crains que son état ne nécessite aujourd’hui une restauration coûteuse que personne ne voudra financer !

Élie-Jean Vézien, Monument à Gustave Ganay, statue bronze et bas-relief pierre, 1938
Entrepôt municipal, 15e arrondissement

Le cas du Monument à Gustave Ganay d’Élie-Jean Vézien (1890-1982) me paraît moins désespéré. Le mur de cyclistes pourrait être remonté. Au pire, on pourrait se contenter simplement de replacer la statue du sportif sur son piédestal. Je ne comprends pas qu’aucun élu n’ait l’idée de procéder à une réinstallation de l’œuvre sur une place ou un parc pour l’inaugurer et vanter à moindre coût son action culturelle. Mais, par pitié, ne laissez pas cette statue couchée : elle va s’abîmer inexorablement !

Bruno Catalano, Monument à Yves Montand, buste, bronze, 2003
Entrepôt municipal, 15e arrondissement

Le Monument à Yves Montand de Bruno Catalano (né en 1960) fait également pitié, couvert de tags. Était-ce une raison suffisante pour ne pas le replacer en ville après le réaménagement de la place Jean Jaurès ? Dans sa position actuelle, il a toutes les chances de se dégrader : le buste, sans soutien, va finir par se désolidariser de son socle et chuter lourdement au sol.
Quand les élus comprendront-ils que déposer du mobilier urbain dans un hangar revient – au final – plus cher que de l’exposer dans la rue ?