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samedi 4 avril 2026

La salle d’exposition du Cercle artistique de Marseille (1869-1876, Joseph Letz architecte)

En 1867, le Cercle artistique de Marseille est fondé à l’initiative de l’industriel Jules Charles-Roux (1841-1918) soutenu par une centaine de souscripteurs principalement issus du négoce. Le but est de proposer des expositions, des concerts et des conférences. À partir de 1869, la nouvelle société culturelle loue un local au 42, rue Saint-Ferréol. Elle sollicite alors l’architecte Joseph Letz (1837-1890) pour son aménagement. La salle rectangulaire est scandée par des pilastres sur lesquels les portraits d’artistes marseillais (peintres, sculpteurs, architectes, écrivains, musiciens) apparaissent dans des médaillons. Philippe Poitevin (1831-1907) sculpte ainsi les effigies de Frédéric Mistral (1830-1914) et d’Émile Loubon (1809-1863) ; Émile Aldebert (1827-1924) fige les traits de Pascal Coste (1787-1879) et de Joseph Méry (1797-1866) ; Lucien Chauvet (1833-1902) portraiture Félicien David (1810-1876) et Jean-Joseph Espercieux (1757-1840)… Une gravure de presse d’après un dessin Auguste Deroy (1823-1906) montre également les médaillons de Joseph Vernet (1714-1789) et de Dominique Papety (1815-1849).

Salle d’exposition du Cercle artistique de Marseille, gravure, Le Monde illustré, 23 janvier 1869

Les activités culturelles du Cercle artistique connaissent le succès et drainent un large public. En 1876, la société déménage dans l’ancienne préfecture des Bouches-du-Rhône, l’hôtel Roux de Corse qui a été récupéré par la mairie. Elle y fait de nouveaux aménagements somptueux, notamment une entrée monumentale sur la rue Armény, toujours sous la houlette de Letz. Toutefois, cette occupation est elle aussi éphémère car, en 1890, le maire Félix Baret (1845-1922) récupère les locaux pour y installer le premier lycée de jeunes filles de Marseille.

jeudi 5 décembre 2019

Philippe Poitevin

Voici une nouvelle notice actualisée tirée du Dictionnaire des peintres et sculpteur de Provence Alpes Côte-d’Azur :

Poitevin Philippe (Saint-Maximin, Var, 21 janvier 1831 – Marseille, 15 septembre 1907), sculpteur

Stanislas Torrents (1839-1916), Philippe Poitevin
Musée des beaux-arts de Marseille

Élève d’Armand Toussaint (1806-1862) et de Marius Ramus (1805-1888), il fait ses débuts à l’exposition artistique marseillaise de 1851 : Briséis quittant la tente d’Achille (statuette) ; Une main (marbre) ; M. R. B… (buste). Il figure à l’exposition universelle de 1855 avec un Joueur de billes, statue marbre qui reparaît en bronze au Salon de 1859. Il expose à Paris jusqu’en 1872 et fréquente dans le même temps les expositions à Marseille (1858, 1859, 1860, 1861, 1864, 1886). Il y présente beaucoup de portraits mais aussi des projets de monuments publics : Monument à Charles II d’Anjou, comte de Provence pour Saint-Maximin (1858) ; Monument à Franz Mayor de Montricher pour Marseille (1886)

Philippe Poitevin, Monument à Franz Mayor de Montricher, terre cuite, 1882
Collection personnelle

Dans la cité phocéenne, il décore le Palais Longchamp (Aristote d’Argyre, Georges Cuvier, Pierre Puget et Nicolas Poussin – médaillons bronze, 1865-1866 ; Le Génie d’André Bardon et de Finsonius – groupes pierre, 1867) moyennant 6000 francs. En 1870, il obtient la commande du buste du maire Maximin Consolat (1785-1858) pour compléter l’ornementation du nymphée pour un salaire de 2500 francs ; l’œuvre fait pendant du buste de l’ingénieur du canal de Marseille Franz Mayor de Monricher (1810-1858) par André Allar (1845-1926).

Philippe Poitevin, Aristote d’Argyre et Georges Cuvier, médaillons bronze
Palais Longchamp, muséum d’histoire naturelle, 4e arrondissement

Philippe Poitevin, Pierre Puget et Nicolas poussin, médaillons bronze
Palais Longchamp, musée des beaux-arts, 4e arrondissement

Philippe Poitevin, Maximin Consolat, buste marbre
Palais Longchamp, nymphée, 4e arrondissement

Il participe également à la décoration de la façade de l’école des beaux-arts – bibliothèque en 1869, avec la réalisation de deux bustes en marbre moyennant 3000 francs : Sésostris et Léon X.

Philippe Poitevin, Sésostris et Léon X, bustes marbre
Palais des arts, place Carli, 1er arrondissement

Le musée des beaux-arts conserve, entre autres, une Jeune fille à l’aiguille (statue marbre), un Portrait de la femme de l’artiste (buste marbre), Daphnis et Chloé (groupe marbre). Une version plus grande de cette dernière œuvre a été proposée aux enchères à Marseille en 2013.

Philippe Poitevin, Daphnis et Chloé, groupe marbre, 1875
Vente Leclère, 8 juin 2013 – estimé 20 000 / 25 000 € (invendu)

jeudi 23 mai 2019

Esquisses, maquettes, modèles et autres réductions 1

Voici un article que j’ai publié dans la revue Marseille (avril 2017, n°254, p.86-93) : Esquisses, maquettes, modèles et autres réductions. Sculpter en miniature pour rêver Marseille en monumental

Sous le Second Empire et la Troisième République, l’urbanisme phocéen se métamorphose : de nouveaux quartiers sont créés, des places aménagées et, un peu partout, des rues percées. Les édiles, les notables et les artistes eux-mêmes voient là l’opportunité d’embellir la ville de statues décoratives, de monuments commémoratifs ou de fontaines grandioses. Hélas, la sculpture est un art onéreux et une commande s’avère parfois moins ferme que prévue. Aussi le recours à un format réduit de l’œuvre envisagée permet-il de limiter les risques financiers… voire esthétiques !
La langue française dispose de nombreux termes pour désigner ces petits formats, incluant de subtiles nuances : esquisse, ébauche, étude, projet, maquette, modèle (au tiers ou au demi d’exécution), réduction… Tous ne recouvrent pas la même réalité, tous n’ont pas le même but. Par exemple, à partir de 1901, Jean Hugues (1849-1930) songe à l’élaboration d’une fontaine sur le mythe des Danaïdes. Après quelques crayonnés, il passe au modelage et réalise une esquisse du groupe principal qui fixe la composition générale ; les visages, eux, demeurent inexpressifs. Cependant, il saute l’étape de la maquette bien qu’il ne dispose d’aucun commanditaire, choisissant d’exposer un plâtre grandeur nature au Salon des artistes français de 1903 (n°2862). Hugues sollicite ensuite l’État qui consent à un achat à compte à demi avec une municipalité, en l’occurrence Marseille, moyennant 40 000 francs. Et, depuis 1907, la Fontaine des Danaïdes se dresse sur le cours du Chapitre (auj. square Stalingrad).

Jean Hugues, Les Danaïdes, esquisse en terre cuite, 1901
Musée d’Art et d’Histoire de Belfort, C.46.2.6

Cette fois, l’audace paie ! Mais nombre de statuaires ne peuvent s’investir autant sans la certitude d’une acquisition. De fait, ce sont essentiellement des maquettes que les artistes exhibent dans l’espoir d’une commande. Philippe Poitevin (1831-1907) en présente trois sous un même intitulé – Ville de Marseille couronnant M. de Mont-Richer [sic] – au Concours régional de Marseille en 1886 (n°514 à 516). Ces projets de monument à la gloire de l’ingénieur du canal de Marseille Franz Mayor de Montricher (1810-1858), conçus entre 1882 et 1886, restent toutefois sans suite.

Philippe Poitevin, La Ville de Marseille recevant les eaux de la Durance et couronnant Mr Montricher
Maquette en terre cuite, 1882, collection personnelle

Le Salon marseillais de 1860 propose, pour sa part, deux maquettes de fontaine qui ne connaissent pas meilleure fortune. La première – un Saint Michel terrassant le démon dont seule une ébauche énergique nous est parvenue – est l’œuvre d’Auguste Bartholdi (1834-1904) qui la destine au décor d’un bassin sis place Saint-Michel (auj. Jean-Jaurès).

Auguste Bartholdi, Fontaine Saint Michel, ébauche en terre cuite, 1860
Musée Bartholdi (Colmar), SB 18

La seconde, de Joseph Félon (1818-1897), constitue un projet colossal – La Navigation apporte à toutes les parties du monde les lumières de la civilisation – que son concepteur estime à 209 050 francs dans un devis de novembre 1859.

Joseph Félon, Fontaine de la Navigation, dessin sur calque, 1859
Archives municipales de Marseille, 32 M 28

 
Joseph Félon, La Navigation, gravure du modèle plâtre présenté au Salon des Champs-Élysées de 1861 (n°3340)