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lundi 6 juillet 2026

Une œuvre de jeunesse d’Henri Lombard

Vendredi prochain, 10 juillet, l’hôtel des ventes de Riom vendra une œuvre de jeunesse du sculpteur marseillais Henri Lombard (1855-1929). Il s’agit d’un buste d’homme portant des favoris et vêtu d’un veston boutonné sur la poitrine. Le portrait en plâtre patiné repose sur piédouche teinté en noir pour une hauteur totale de 70 cm. Il est signé et daté sur la tranche, du côté gauche : Lombard Hri 1873. Les nombreux éclats et le caractère anonyme du modèle justifie une estimation basse de 150 à 200 €.

Henri Lombard, Homme aux favoris, buste, plâtre patiné, 1873
Hôtel des ventes de Riom, lot 76

En 1873, millésime du buste, Henri Lombard a tout juste 18 ans et fréquente l’école des Beaux-Arts de Marseille. Il suit notamment les cours de sculpture d’Antoine Bontoux (1805-1892). Cette année-là, il obtient un 2e 2nd prix pour une académie d’après la bosse, le Faune au chevreau.

Henri Lombard, Le Faune au chevreau, dessin, 1873
Archives municipales de Marseille, 26 Fi 1873

Vu son âge, le buste représente probablement un proche. Est-ce l’effigie du père de l’artiste, le capitaine au long cours Jacques Lombard (1808-1889) à 65 ans ? Est-ce le portrait de son oncle maternel, le propriétaire Jules Desbief (1821-1893) à 52 ans ? Le second profil semble le candidat le plus crédible.

mardi 23 juin 2026

Jacques Daviel (Alphonse Guilloux sculpteur)

Le 10 août 1887, un comité pour l’érection d’un monument à la mémoire de Jacques Daviel (1693-1762) – héros de la peste de 1720, chirurgien-major des galères et auteur d’une méthode d’extraction du cristallin dans l’opération de la cataracte – sollicite l’appui financier de la cité phocéenne. Il s’agit du projet de la Société libre de l’Eure qui lance une souscription en 1887 pour ériger à Bernay une statue en bronze de Daviel commandée au sculpteur rouennais Alphonse Guilloux (1852-1839). Le conseil municipal de Marseille délibère de participer à hauteur de 100 francs et de donner le nom du médecin à l’une de ses rues (place Daviel).

Alphonse Guilloux, Jacques Daviel, statue, bronze, 1890 – carte postale
Réalisée par le fondeur Thiébaud frères, elle est érigée en 1891 sur la place de l’Hôtel de Ville de Bernay en 1891 ; elle est fondue en 1942 sous le régime de Vichy.

Quelques années plus tard, le 8 septembre 1891, Siméon Flaissières (1851-1931) réclame au conseil municipal de Marseille une subvention de 300 francs pour un buste de Daviel. La décision est repoussée à la séance du 10 novembre 1891 : la demande émane de la Société médico-chirurgicale des Hôpitaux de Marseille qui souhaite honorer le célèbre oculiste dans l’une des salles de l’Hôtel-Dieu. Le conseil municipal alloue les subsides demandés. Le commanditaire s’adresse au sculpteur Guilloux qui isole le buste de la statue de Bernay. Enfin, le buste est érigé devant l’Hôtel-Dieu plutôt que caché dans une salle obscure.

Alphonse Guilloux, Jacques Daviel, buste, bronze, 1892
Présentation devant l’Hôtel-Dieu, 2e arrondissement

Après sa fermeture en 2006, l’hôpital est transformé en hôtel de luxe l’Inter Continental Marseille, établissement 5 étoiles. Toutes les œuvres d’art qui s’y trouvaient déménagent alors dans les locaux des Amis du Patrimoine Médical de Marseille dans l’enceinte de l’hôpital Sainte-Marguerite. C’est dans ce lieu trop méconnu du grand public que le buste vit un exil immérité.

Alphonse Guilloux, Jacques Daviel, buste, bronze, 1892
Association des Amis du Patrimoine Médical de Marseille,
Hôpital Sainte-Marguerite, 9e arrondissement

mercredi 15 avril 2026

Mgr Balakian et le Chevalier Khorassandjian (Toros sculpteur)

Depuis sa consécration le 25 octobre 1931, la cathédrale apostolique arménienne des Saints Traducteurs dresse son élégante silhouette au n°339 de l’avenue du Prado. Elle est l’œuvre de l’architecte Aram Tahtadjian.

Aram Tahtadjian, Cathédrale apostolique arménienne des Saints Traducteurs, carte postale, vers 1932

Son enceinte accueille plusieurs monuments commémoratifs, notamment les bustes en bronze de Mgr Krikoris Balakian, prélat des Arméniens du diocèse du Midi de la France de 1927 à 1934, et Vahan Khorassandjian, négociant bruxellois anobli par le roi des Belges Albert Ier. Le richissime homme d’affaires finance l’essentiel des travaux, choisissant des artistes décorateurs belges pour ce chantier.
En 1991, à l’occasion des 60 ans de la consécration du bâtiment, la décision est prise d’ériger un double monument à la mémoire de l’évêque et du mécène à l’origine de sa construction. La commande est passée à Toros Rasguélénian dit Toros (Alep, Syrie, 1934 – Romans-sur-Isère, 2020) et dont la signature est R. Toros. Le sculpteur s’installe en France en 1967 où il fait l’essentiel de sa carrière. Il est l’auteur de plusieurs monuments à la mémoire des victimes du génocide arménien : Marseille (1972), Vienne (1981), Aix-en-Provence (1883), Valence (1985) et Saint-Étienne (1888).
Il représente Mgr Krikoris Balakian dans son costume de prélat, lui donnant une posture hiératique par la géométrisation des volumes. Ce buste contraste avec celui du Chevalier Khorassandjian vêtu d’un costume-cravate, arborant une mine bonhomme et une moustache fournie.

Toros, Mgr Krikoris Balakian, bronze, 1991
339 avenue du Prado, 8e arrondissement

Toros, Chevalier Vahan Khorassandjian, bronze, 1991
339 avenue du Prado, 8e arrondissement

Impliqué auprès de la communauté arménienne, le sculpteur a également créé le Trophée Toros qui récompense annuellement les auteurs de littérature franco-arménienne.

samedi 4 avril 2026

La salle d’exposition du Cercle artistique de Marseille (1869-1876, Joseph Letz architecte)

En 1867, le Cercle artistique de Marseille est fondé à l’initiative de l’industriel Jules Charles-Roux (1841-1918) soutenu par une centaine de souscripteurs principalement issus du négoce. Le but est de proposer des expositions, des concerts et des conférences. À partir de 1869, la nouvelle société culturelle loue un local au 42, rue Saint-Ferréol. Elle sollicite alors l’architecte Joseph Letz (1837-1890) pour son aménagement. La salle rectangulaire est scandée par des pilastres sur lesquels les portraits d’artistes marseillais (peintres, sculpteurs, architectes, écrivains, musiciens) apparaissent dans des médaillons. Philippe Poitevin (1831-1907) sculpte ainsi les effigies de Frédéric Mistral (1830-1914) et d’Émile Loubon (1809-1863) ; Émile Aldebert (1827-1924) fige les traits de Pascal Coste (1787-1879) et de Joseph Méry (1797-1866) ; Lucien Chauvet (1833-1902) portraiture Félicien David (1810-1876) et Jean-Joseph Espercieux (1757-1840)… Une gravure de presse d’après un dessin Auguste Deroy (1823-1906) montre également les médaillons de Joseph Vernet (1714-1789) et de Dominique Papety (1815-1849).

Salle d’exposition du Cercle artistique de Marseille, gravure, Le Monde illustré, 23 janvier 1869

Les activités culturelles du Cercle artistique connaissent le succès et drainent un large public. En 1876, la société déménage dans l’ancienne préfecture des Bouches-du-Rhône, l’hôtel Roux de Corse qui a été récupéré par la mairie. Elle y fait de nouveaux aménagements somptueux, notamment une entrée monumentale sur la rue Armény, toujours sous la houlette de Letz. Toutefois, cette occupation est elle aussi éphémère car, en 1890, le maire Félix Baret (1845-1922) récupère les locaux pour y installer le premier lycée de jeunes filles de Marseille.

lundi 16 mars 2026

Monument funéraire de Louis Rouffe (Émile Aldebert et Jules Cantini sculpteurs)

Le mime Louis Rouffe (1849-1885) connaît le succès, à l’Alcazar, en juin 1874, dans le rôle de Pierrot auquel il donne dimension tragique. Il devient dès lors un maître de la pantomime, adulé du public marseillais. Malheureusement atteint de tuberculose pulmonaire, il s’éteint prématurément, à l’âge de 36 ans, le 21 décembre 1885, après un dernier triomphe au Palais de Cristal.
Aussitôt, le président du syndicat de la presse marseillaise Horace Bertin (1842-1917) convainc l’ensemble des journaux locaux (Le Sémaphore de Marseille, Le Petit Marseillais, Le Petit Provençal, Le Bavard, Le Journal de Marseille, Le Soleil du Midi, Le Radical de Marseille, Le Mondain, La Méditerranée, L’Oursin, L’Étincelle, Le Masque, La Cannebière et La Petite Revue de Marseille) de doter le défunt d’un tombeau célébrant son souvenir et son talent par le biais d’une souscription. Les collègues de Rouffe s’associent au projet en offrant la recette d’une représentation exceptionnelle donnée en février 1886 au Palais de Cristal.
Au mois de mars, le comité organisateur adopte à l’unanimité le projet « d’une architecture aussi originale que gracieuse [constituant] un monument du plus heureux effet dans sa simplicité » (Le Petit Provençal, 25 mars 1886), soumis par Joseph Letz (1838-1890), Pour sa réalisation, l’architecte sollicite le sculpteur Émile Aldebert (1828-1924 – médaillon) et le marbrier Jules Cantini (1826-1916 – monument). L’édicule prend la forme d’un grand terme. Sur une gaine à section carrée, le profil de Louis Rouffe est encadré d’une palme et d’un rameau de laurier ; au-dessus, le buste de Pierrot aux yeux clos s’inscrit dans une mandorle en forme de pique portant la devise des mimes : « Dire tout sans paroles ». Finalement, l’inauguration du monument funéraire a lieu le 22 décembre 1886 au cimetière Saint-Pierre.

Émile Aldebert & Jules Cantini, Monument funéraire de Louis Rouffe, marbre, 1886
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

dimanche 22 février 2026

Auguste-Acanthe Boudouresque (Mathurin Moreau sculpteur)

Auguste-Acanthe Boudouresque (1835-1905) naît dans l’Ariège mais s’installe, dès son plus jeune âge, à Marseille. Après le lycée, il travaille dans une compagnie de chemin de fer à Béziers où il est chargé du nivellement du tracé. En 1855, il effectue son service militaire à Valence puis revient à Marseille pour occuper un poste d’inspecteur municipal de l’éclairage. En 1862, il fonde sa société d’éclairage au gaz de schiste qui lui apporte la prospérité. Parallèlement, à partir de 1859, il entame des études au conservatoire de musique de Marseille où il remporte un premier prix de chant. La carrière de chanteur d’opéra – il possède une tessiture de basse – s’impose à lui tardivement, en 1874, à presque 40 ans. Il débute au théâtre Valette à Marseille dans Ernani de Verdi. L’année suivante, il est engagé par l’Opéra de Paris et, plus tard, mène une carrière internationale à Milan, Naples, Buenos Aires, La Plata, Bruxelles… Touche-à-tout, il publie également de la poésie et expose des peintures au Salon des artistes français, à Paris, en 1884 (n°319- Côte de Provence – lever de soleil derrière un morne) et 1885 (n°351- Coup de mistral – Golfe du Lion).

Victor Faure, Monument funéraire d’Auguste-Acanthe Boudouresque, 1906
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Lorsqu’il décède à Marseille le 21 janvier 1905, un comité composé de ses élèves et amis se crée afin d’élever une stèle sur sa tombe. Le dessin en est confié à l’architecte marseillais Victor Faure qui conçoit un édicule en pierre de Brouzet, un calcaire des Cévennes, taillé dans les ateliers du marbrier Jules Cantini (1826-1916). Le monument s’orne d’une lyre et d’une palme ; aujourd’hui néanmoins, il se trouve dans un triste état, rongée par les éléments.

Mathurin Moreau, Auguste-Acanthe Boudouresque, buste, bronze, 1905
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Un buste en bronze surmonte la stèle. Il s’agit d’une réplique réalisée – sans doute par surmoulage – par Édouard Oudin, marchand de bronzes d’art rue de la Darse (auj. rue Francis Davso) et bronzier lui-même, d’après l’original du sculpteur dijonnais Mathurin Moreau (1822-1912) et exposé au Salon parisien de 1882 (n°4683- Portrait de M. Boudouresque, de l’Opéra, buste, bronze).
La remise du monument funéraire à la famille s’effectue le jour anniversaire de la mort du chanteur, le 21 janvier 1906.

lundi 9 février 2026

Pierre Pasquier (Paul Ducuing sculpteur)

Il y a quelques jours, je suis tombé sur la tombe de Pierre Pasquier (1877-1934) en sillonnant le cimetière Saint-Pierre pour tout autre chose. Né à Marseille, ce fils de négociant fait ses études au lycée Thiers puis à l’École coloniale. Il embrasse ensuite une carrière administrative qu’il effectue essentiellement en Asie où il est administrateur des Services civils de l’Indochine. En 1921, il est nommé Résident supérieur du Protectorat français d’Annam et, en 1928, il devient Gouverneur général de l’Indochine française. Il décède dans un accident d’avion, dans la Nièvre, le 15 janvier 1934.

Paul Ducuing, Pierre Pasquier, médaillon, bronze, vers 1934
Tombe Pasquier, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Sa tombe se compose d’une stèle en pierre dont le sommet polylobé accueille, en bas-relief, deux dragons asiatiques de part et d’autre d’un œuf, symboles de vie et de renaissance. Elle s’orne également de son portrait en médaillon en, modelé par le sculpteur Paul Ducuing (Lannemezan, 1867-Toulouse, 1949). Ce choix s’explique du fait que l’artiste a obtenu du ministère des Colonies une mission pour achever plusieurs commandes importantes en Indochine, en Annam et au Cambodge de décembre 1921 à décembre 1924. Les deux hommes se connaissaient. Le médaillon est fondu en bronze par Gaston-Auguste Lamy (1884-?) dans sa fonderie de Chatillon-sous-Bagneux, ouverte en 1926

Signatures du sculpteur et du fondeur

dimanche 25 janvier 2026

La vente après décès d’Ève Botinelly 2

Le vendredi 30 janvier 2026, l’étude Audap & associés effectuera, à l’Hôtel Drouot, la vente après décès d’Ève Botinelly (1933-2025), fille du sculpteur Louis Botinelly (1883-1962). Voici aujourd’hui un échantillon des pièces intéressantes de cette vente en lien avec Marseille :

Louis Botinelly, Gaby Deslys, médaillon, plâtre, Ø 55 cm, vers 1920
Lot 14 – estimation 300 / 500 € – vendu 700 €

À la mort de Gabrielle Caire dite Gaby Deslys (1881-1920), la famille sollicite Auguste Carli (1868-1930) pour décorer la tombe de la célèbre artiste de music-hall mais, trouvant le devis trop élevé, se tourne alors vers Botinelly. Celui-ci réalise un magnifique médaillon en marbre dont nous avons là le modèle.

Louis Botinelly, L’Asie, tête, plâtre, 55 x 35 x 44 cm, vers 1925-1927
Lot 36 – estimation 500 / 800 € – vendu 900 €

Cette tête est une étude pour l’allégorie principale des Colonies d’Asie, situées au pied de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles en vis-à-vis des Colonies d’Afrique. Ces décors sont inaugurés par le président de la République Gaston Doumergue le 24 avril 1927.

Louis Botinelly, Les Activités de l’Afrique occidentale et Les Possessions indochinoises, médaillons, plâtre, 24 x 50 cm, vers 1930
Lot 7 – estimation 200 / 300 € – vendu 2 100 €

Ces épreuves sont la réduction des reliefs réalisés pour l’ornementation du pavillon de la Chambre de commerce de Marseille à l’Exposition coloniale de 1931, à Paris, et qui sont conservés au palais de la Bourse.

Louis Botinelly, La Loi et la Justice protégeant le Droit, groupe, terre cuite, 65 x 60 x 20 cm, vers 1933
Lot 18 – estimation 800 / 1 000 € – vendu 2 200 €

Cette œuvre est l’esquisse du groupe commandé par le département des Bouches-du-Rhône pour le salon d’honneur du tribunal de commerce de Marseille construit par Gaston Castel (1886-1971) et inauguré le 16 juillet 1933.

Louis Botinelly, Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus, maquette, plâtre, 53 x 37 x 18 cm, vers 1933
Lot 11 – estimation 300 / 500 € – vendu 200 €

Botinelly réalise plusieurs statues de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Celle-ci est l’une de ses préférées car elle a été conçue pour sa paroisse des Chutes-Lavies en 1933. Ici, la jeune carmélite ouvre les bras en croix et tient une rose dans chacune de ses mains.

Louis Botinelly, Saint Mathieu, statue, plâtre, 89 x 27 x 26 cm, vers 1937
Lot 34 – estimation 200 / 300 € – négocié hors vente par la DRAC PACA pour La Major

Cette œuvre est la maquette de l’un des quatre évangélistes commandés par Mgr Maurice Dubourg pour orner la croisée du transept de la cathédrale de La Major.

Louis Botinelly, Marie-Madeleine, statue, plâtre patiné, 103 x 30 x 26 cm, vers 1955
Lot 38 – estimation 500 / 800 € – vendu 400 €

Cette œuvre est le modèle au demi d’exécution de la statue en pierre conçue pour la basilique Sainte-Marie-Madeleine des Chartreux.

Louis Botinelly, La Victoire, bas-relief, plâtre patiné, 40 x 50 cm, vers 1955-1957
Lot 13 – estimation 300 / 500 € – vendu 600 €

En 11 juillet 1939, Botinelly remporte un concours pour l’érection d’un monument à la gloire du XVe corps d’armée qui, compte tenu du contexte historique, est enterré. Après-guerre, le sculpteur essaie de raviver la commande. Il y réussit enfin avec un autre projet beaucoup plus simple : une stèle avec une Victoire qui est inaugurée le 15 décembre 1957 dans la caserne du Muy (aujourd’hui déplacée à la caserne Audéoud).

Louis Botinelly, L’Étude, bas-relief, plâtre, 30 x 30 cm, vers 1959
Lot 10 – estimation 50 / 100 € – vendu 120 €

Ce relief s’inscrit dans la réalisation d’une série de douze bas-reliefs destinés à orner le pourtour de l’entrée de l’Immobilière des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, aujourd’hui Cité des association (93, La Canebière). Il s’agit du premier des panneaux sur le thème des métiers de l’architecture.

vendredi 16 janvier 2026

La vente après décès d’Ève Botinelly 1

Le vendredi 30 janvier 2026, l’étude Audap & associés effectuera, à l’Hôtel Drouot, la vente après décès d’Ève Botinelly (1933-2025), fille du sculpteur Louis Botinelly (1883-1962). Lors de cette vacation sera dispersé l’intérieur de son appartement parisien que j’ai bien connu. Voici donc un échantillon des pièces intéressantes de cette vente :

Charles Floutard (1926-2006), Ève Botinelly, h/t, 194 x 128 cm, vers 1950
Lot 63, estimation 100/200 € - vendu 400 €

Après la Seconde Guerre mondiale, Floutard commence à gagner sa vie en portraiturant les soldats américains en escale à Marseille. Dans les années 1950, il est soutenu par Louis Botinelly qui lui commande un grand portrait en pied de sa fille en robe de soirée.

Elemer Vagh-Weinmann (1906-1990), Louis Botinelly, h/p, 51 x 37 cm, vers 1949
Lot 1, estimation 150/200 € - vendu 120 €

Maurice Vagh-Weinmann (1899-1986), Louis Botinelly, h/p, 60 x 49 cm, 1949
Lot 30, estimation 150/200 € - non vendu

Les frères Vagh-Weinmann, hongrois de naissance, s’installent en France dans les années 1930. Ils sont naturalisés au sortir de la guerre. En 1949, ils sont de passage à Marseille où ils fréquentent la scène artistique locale dont Louis Botinelly.

Louis Botinelly, Madeleine Nicolet (1896-1978), buste, plâtre doré, 37 x 23 x 20 cm, 1921
Lot 37, estimation 200/300 € - vendu 150 €

Louis Botinelly divorce de Jeanne Gaillard (1885-1962) le 27 mai 1921 ; il se remarie le 15 décembre suivant avec Madeleine Nicolet, sa jeune maîtresse rencontrée à Avignon pendant la Première Guerre mondiale. Cette même année 1921, il expose son portrait à l’exposition de l’Association des artistes marseillais (n°381) ; il l’intitule Buste de Mme B., montrant ainsi qu’il compte bien épouser celle qui illumine littéralement sa vie.

Louis Botinelly, Madeleine Botinelly souriant, buste, marbre rose de Milan, 37 x 30 x 14 cm, vers 1922-1925
Lot 62, estimation 400/600 € - vendu 450 €

À l’origine, ce très beau buste se dégageait de la gangue brute du marbre et la jeune femme arborait une fleur dans sa chevelure. À une date inconnue, Louis Botinelly a retravaillé le portrait, supprimant l’écrin minéral et la fleur.

Louis Botinelly, Madeleine Botinelly, buste, pierre de Brouzet partiellement teintée, 37 x 30 x 14 cm, 1933
Lot 55, estimation 400/600 € - vendu 550 €

Botinelly expose ce nouveau buste de son épouse à Marseille (galerie Jouvène, 1933) et à Paris (Salon de la Société des artistes français, 1934, n°3484). Bien que la coiffure soit Art déco, la pose frontale, le collier pectoral, la moue ainsi que la polychromie évoquent le célèbre buste de Néfertiti et l’art égyptien de la période armanienne.

Louis Botinelly, Éternelle jeunesse, statue, calcaire rose granité du Gard, 190 x 52 x 44 cm, 1960
Lot 23, estimation 3 000/5 000 € - vendu 4 300 €

Cette magnifique sculpture, réalisée deux ans avant la mort de Botinelly, montre la vigueur et la virtuosité de l’artiste au sommet de son art. C’est assurément l’un de ses chefs-d’œuvre.

vendredi 26 décembre 2025

Les monuments marseillais à la gloire de la dynastie napoléonienne 2

Les portraits sculptés du couple impérial
Avec l’avènement de l’Empire le 18 mai 1804, le simple hommage à Bonaparte ne suffit plus. Il faut désormais un portrait officiel du souverain sur la façade de l’hôtel de ville, là où, sous l’Ancien Régime, plastronnait l’effigie de Louis XIV. Le conseil municipal entérine, le 8 juin suivant, la commande d’un buste en marbre de Napoléon Ier. Il charge, en outre, le préfet Antoine Clair Thibaudeau (23 avril 1803-10 juin 1814) de désigner le sculpteur, lequel réitère la confiance placée en Chardigny (1757-1813). L’œuvre est installée au printemps 1805 avant d’être inauguré solennellement le 1er janvier 1806. Par la suite, elle est retirée sous la Restauration au profit d’un nouveau Louis XIV et l’on perd sa trace.

Barthélemy Chardigny, Napoléon Ier, buste, marbre, 1805
Musée des Beaux-Arts de Marseille, S 59 © Vialle-Almodovar

Pourtant, il est très probable qu’il s’agisse du buste en hermès, haut de 90 cm, conservé dans les réserves du musée des Beaux-Arts. Ce dernier, considéré comme étant la partie sommitale de la colonne Bonaparte, ne correspond effectivement pas à la représentation donnée par Poise. Ici, pas de piédouche, pas de costume ![1]
En parfaits courtisans, les édiles phocéens proposent peu après d’ériger également une statue équestre en bronze au héros d’Austerlitz (2 décembre 1805). Celui-ci se montre très sensible à leur élan d’affection mais fait savoir qu’il ne souhaite « accepter leur hommage qu’à l’époque où les circonstances auront permis au commerce de Marseille de recouvrer son ancienne prospérité. »[2] De fait, ce projet reste lettre morte !
Après l’empereur, la ville entend honorer l’impératrice Joséphine en élevant sa statue[3] dans la nouvelle serre du jardin botanique dont elle est la marraine. Le 14 février 1806, l’omniprésent Chardigny soumet sa candidature et une esquisse en terre ; il s’engage, moyennant 10 135 francs, à exécuter l’œuvre sous dix mois. Une fois encore, la commande lui échoie bien que ses multiples chantiers en cours et les difficultés à s’approvisionner en marbre de qualité fassent craindre d’éventuels retards… avec raison ! Fin avril 1808, le conseil municipal s’irrite de n’avoir rien à inaugurer ou même à montrer lors de la prochaine visite officielle de Napoléon Ier. Sur ce, le sort s’acharne : le 16 mai 1808, le prix de Rome est arrêté pour une malversation datant de 1799 et déféré à Paris ; quant à son atelier, il est mis sous scellés. En attendant une éventuelle relaxe, Michel-Robert Penchaud (1772-1833) réalise plusieurs planches de la galerie de la grande serre en y incluant la future sculpture.

Michel-Robert Penchaud, Coupe de la galerie de la grande serre du jardin botanique, détail de la statue de Joséphine, dessin à encre, 1808
Archives municipales de Marseille, 78 Fi 346

Le temps s’écoule. Le conseil municipal se tourne alors vers Chinard (1756-1813) qui vient à Marseille le 28 juin 1809. Il ne trouve rien à sauver de l’ébauche en marbre et, opportunément, propose ses services pour une nouvelle statue d’après son propre modèle. En fin de compte, la répudiation de Joséphine, en décembre 1809, clôt définitivement le sujet de son hommage public.

L’obélisque de la place Castellane
À la même époque, les projets de réaménagement de la place Castellane[4] sont, à nouveau, l’occasion de célébrer le chef de l’État. Le directeur des travaux publics François Michault signe un projet d’obélisque au centre d’un bassin circulaire, daté et validé par la municipalité le 22 novembre 1808.

François Michault, Projet de l’obélisque pour la place Castellane, dessin aquarellé, 1808
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 1 F 192

L’architecte chiffre modestement son monument haut de 18 mètres à 17 500 francs. Sur l’avis du conseil des Bâtiments civils, les proportions sont revues à la hausse (27 mètres) pour obtenir une perspective satisfaisante depuis la porte d’Aix ; quant au budget, il croît démesurément (70 325,23 francs). Les édiles repoussent sa réalisation pour raisons financières. Un nouveau devis, dressé le 12 février 1810, se monte à 26 000 francs. Ce rabais s’explique principalement par la construction d’un obélisque maçonné d’une quarantaine d’assises plutôt que d’un assemblage en trois parties. Le projet est approuvé le 24 mai 1810. Le chantier, mené par le tailleur de pierre Pierre Blu, débute en 1811 ; en décembre 1812, les travaux sont achevés à l’exception des revêtements de marbre du piédestal… toujours pour des difficultés d’approvisionnement.

Anonyme, La place Castellane, gravure colorée, vers 1820-1830
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 2 Fi 397

La naissance du roi de Rome, le 20 mars 1811, incite le maire à modifier la dédicace en faveur du prince impérial lors du conseil municipal du 27 avril 1811. Sous la Restauration, l’obélisque est dédié au comte d’Artois, futur Charles X. Après 1830, il ne porte plus d’inscriptions. Enfin, en 1911, il est déplacé au rond-point de Mazargues pour céder la place Castellane à la fontaine colossale du marbrier Jules Cantini mais perd lui-même sa fonction de fontaine.

François Michault, Obélisque, 1811
Rond-point du Mazargues, 9e arrondissement © Xavier de Jauréguiberry

Aujourd’hui, l’intérêt pour ces monuments du Consulat et du Premier Empire s’avère patent. Les reliquats des quatre fontaines érigées sous le mandat du préfet Delacroix ont été classés Monuments historiques par décret préfectoral du 12 décembre 2022. Le 10 juin 2025, c’est au tour de l’obélisque de Mazargues d’obtenir la même protection. Dans cette dynamique positive, souhaitons que la Paix de Chinard suscite elle aussi l’attention de l’État ou, a minima, celle de la mairie afin qu’elle soit signalée comme remarquable par le biais d’un cartel !


[1] En revanche, ce buste est certainement celui qui coiffe la colonne Bonaparte sous le Second Empire… d’où la confusion.

[2] Arch. Mun., 1D35, délibération du 28 juillet 1806, p.45.
[3] Pour une étude plus approfondie de cette œuvre, cf. Joseph Billioud, « Une statue égarée de l’impératrice Joséphine », Marseille, n°33, octobre-novembre 1957, p.21-26.
[4] La place Castellane, créée en 1774, constitue alors l’extrémité méridionale du grand axe nord-sud partant de la porte d’Aix. Une fontaine y est érigée en 1786.