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mardi 23 septembre 2025

Un dessin d’Henri Raybaud en salle des ventes

Jeudi 2 octobre, à Saint-Raphaël, la maison Var Enchères vendra un dessin double face du sculpteur marseillais Henri Raybaud (1879-1942). Il s’agit d’une étude pour un Laboureur ; au dos, se trouve une seconde étude de Cochons. Ces deux études au crayon, d’environ 24 x 16 cm, sont estimées entre 80 € et 120 €.

Henri Raybaud, étude d’un Laboureur, crayon

Henri Raybaud, étude de Cochons, crayon
Var Enchères, 2 octobre 2025, lot 3

Elles proviennent de l’atelier de l’artiste et ont été dispersées au moment de sa succession, en pleine Seconde Guerre mondiale. Elles sont marquées par un cachet en provençal : Enri / Raybaud / estatuaire / 1879-1942 qui suggère un engagement dans le Félibrige.

lundi 18 mars 2024

Henri Darrigan

Jean Henri Clément Darrigan (Bordeaux, 1er décembre 1885 – Marseille, 25 juillet 1970), graveur en médaille, illustrateur et peintre

Élève de l’école des beaux-arts de Bordeaux, il se forme à la gravure sur métal à Paris. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il est grièvement blessé. Affecté à l’arrière du front, il rencontre sa future épouse à Marseille où il s’installe après la guerre ; il s’y marie le 23 décembre 1919.
Il exerce ses talents artistiques en illustrant des livres ou en exposant des tableaux. Ainsi, à l’exposition de l’Union des artistes de Provence de 1933, il présente trois œuvres : Bords du Jarret aux Chartreux (peinture), Maison basque (peinture) et un Diorama (art décoratif).

Henri Darrigan, Provençale du XVIIIe siècle, gravure – carte postale

Toutefois, c’est surtout en tant que graveur en médailles qu’il se fait connaître. En décembre 1927, il participe à l’Exposition du Travail dans la section des arts décoratifs ; il y obtient une médaille de vermeil dans le travail artistique des métaux.[1] Rapidement, sa réputation lui vaut de nombreuses commandes, notamment de la Chambre de commerce. Ses médailles art déco sont parmi les plus intéressantes dans la production des médailleurs marseillais.

Henri Darrigan, Comité régional de Marseille. Les arts appliqués
Plaquette octogonale, bronze, circa 1927-1930, Cabinet des médailles de Marseille

Henri Darrigan, UCPA BdR [Bouches-du-Rhône] Fête de l’apprentissage 1929
Médaille, bronze 1929, Ebay

Henri Darrigan, Ouverture de l’étang de Berre à la navigation maritime
Médaille, bronze, 1932, Ebay

Henri Darrigan, Cinquantenaire de l’Association amicale des anciens élèves de l’école de commerce de Marseille
Médaille, bronze, 1934, Ebay

Henri Darrigan, Émilien Rocca (1862-1938)
Plaquette, bronze, circa 1938, Ebay

Henri Darrigan, Massilia Portibus Extensa. Lavéra MCMLII
Médaille, bronze, 1952, Ebay

Henri Darrigan est élu à l’Académie de Marseille le 15 février 1945 au siège du sculpteur Henri Raybaud (1879-1942). Quelques années plus tard, en 1958, il obtient le prestigieux titre de Meilleur Ouvrier de France.


[1] Palmarès donné par Le Petit Marseillais du 7 décembre 1927.

mardi 31 octobre 2023

La sculpture intérieure du Tribunal de commerce

J’ai appris récemment que le Tribunal de commerce risquait prochainement de perdre sa fonction. En effet, l’État souhaiterait construire une cité judiciaire, peut-être du côté de la Joliette, pour agrandir les espaces existants (Palais de Justice Monthyon, Tribunal civil et Tribunal de commerce) et y regrouper tous les services. Mais que faire des bâtiments historiques ? Le Tribunal de Commerce est majestueux mais, avec son hall imposant qui bouffe un tiers de l’espace sinon plus, que pourrait-il devenir ? Tout son décor le désigne comme un bâtiment dédié à la Justice. À part un musée, je ne vois pas bien ce que l’on pourrait en faire.
Construit par l’architecte du département Gaston Castel (1886-1971), l’intérieur du Tribunal de commerce est décoré par 38 peintres et sculpteurs de l’époque art déco. L’œuvre la plus colossale est la statue en pierre de Thémis, déesse grecque de la Justice, de la Loi et de l’Équité. Elle tient le code de la Loi dans sa main gauche tandis que la droite s’appuie sur le glaive de la Justice. La commande de cette sculpture échoie, le 11 octobre 1932, à Henri Raybaud (1879-1942) moyennant 15 000 francs pour la taille (je n’ai pas trouvé le montant pour le modèle) ; elle est achevée et mise en place l’année suivante.

Henri Raybaud dans son atelier
Photographie vers 1932, collection Chamant

Henri Raybaud, Thémis, statue, pierre, 1933
2 rue Émile Pollak, 6e arrondissement

Pour le Salon d’honneur ou Chambre du conseil, Louis Botinelly (1883-1962) reçoit la commande d’un haut-relief moyennant 15 000 francs qui se transforme, à la demande de Castel, d’un groupe représentant La Loi et la Justice défendant le Droit pour 50 000 francs. Initialement prévue en pierre de Lens (Gard), le statuaire la réalise en pierre de Senozan (Saône-et-Loire), un matériau qu’il affectionne tout particulièrement entre 1927 et 1933. L’allégorie du Droit est un homme nu tel les héros antiques ; à sa droite, la Loi brandit un flambeau et, à sa gauche, la Justice tient le miroir de la vérité.

Louis Botinelly, La Loi et la Justice défendant le Droit, groupe, pierre de Senozan, 1933
Photographie ancienne dédicacée, collection personnelle

Louis Botinelly, La Loi et la Justice défendant le Droit, groupe, pierre de Senozan, 1933
2 rue Émile Pollak, 6e arrondissement

Dans la Salle d’audience A, un buste de La République d’Antoine Sartorio (1885-1988) domine l’estrade des juges. S’agit-il de l’un de cinq bustes en galvanoplastie (un par salle d’audience) commandé à l’artiste pour 9 000 francs le 11 octobre 1932 ou du buste en pierre rouge de Brouzet (Gard) commandé pour 3 000 francs ? Dans cette même salle, de part et d’autre des portes d’accès, il est demandé à Auguste Cornu (1876-1949) deux bas-reliefs octogonaux en bois figurant l’un Massilia (Marseille) et l’autre Justicia (Justice).

Auguste Cornu, Justicia, bas-relief, bois, 1933

2 rue Émile Pollak, 6e arrondissement

lundi 27 février 2023

Formation et carrière des sculptrices marseillaises aux XIXe et XXe siècles - 4

Berthe Girardet, Sérénité, bas-relief, béton moulé, 1931
Allée Ray Grassi, 8e arrondissement

Il est vrai que la municipalité marseillaise ne fait rien pour encourager ses ressortissantes. À quelques exceptions près[1], elle ne finance pas les études artistiques des demoiselles et en particulier des sculptrices. De plus, celles-ci n’obtiennent ni achat, ni commande. Le premier monument réalisé par une femme et installé dans l’espace public phocéen est un don de Berthe Girardet accepté par le conseil municipal le 18 novembre 1930[2] !

Raymonde Martin, Le Gros souper, groupe, terre cuite peinte, s.d.
Musée provençal de Château-Gombert, 13e arrondissement

Raymonde Martin, L’Oratoire, groupe, terre cuite peinte, s.d.
Collection des descendants de Sartorio

Raymonde Martin qui délaisse le grand art vers 1923 va, petit à petit, se lancer dans une production de santons modelés et peints qu’elle vend, après la Seconde Guerre mondiale, à la foire de Noël. Il s’agit pour elle d’un complément de revenu à son salaire d’infirmière. Ses personnages miniatures, d’une touche originale presque grossière, débordent d’humour. Son Gros souper – qui illustre plus précisément les Treize desserts – est une scène pleine de détails truculents. Souvent, elle imagine ses saynètes au milieu d’une architecture comme pour ses tricoteuses assises au pied d’un oratoire. Les amateurs ne s’y trompent pas et s’arrachent ses petits groupes. De fait, nombre de Marseillaises pratiquent la sculpture à travers l’activité populaire autant que saisonnière de santonnière[3] : les sœurs Augustine (1850-1928) et Marie Monin (1858-1931), Madeleine Guinde (1886-1962), les sœurs Lyda (1882-1975) et Marguerite Gastine (1893-1966)...

Madeleine Guinde, La Vendeuse de fraises & La Vendeuse de nougats, de miel et de dattes, santons habillés, s.d.
Musée provençal de Château-Combert, 13e arrondissement

Lyda ou Marguerite Gastine, Le Rémouleur, santon en faïence, années 1930

Car, malgré la création d’une classe de sculpture ouverte aux jeunes filles de toutes conditions, la sociologie des étudiantes reste inchangée dans la première moitié du XXe siècle : elles sont toutes issues d’une bourgeoisie aisée. Leurs familles les laissent s’adonner à leur passion et à exposer une ou deux fois pendant leur formation ; puis, la pression sociale les éloigne du monde de l’art. Ainsi, les catalogues de l’Association des artistes marseillais témoignent-ils de ces carrières éphémères : Yvonne-Gabrielle Boucher (1912, n°322, Monsieur Charles Vincens, buste), Jeanne Melot (1912, n°330, Martégale, buste plâtre ; 1921, n°392, Portrait de fillette), Danis Guerrier (1894-1978 – 1914, n°396, M. X…, buste ; 1919, n°316, Le Colonel G., buste), Marie-Caroline Beaudevin (1919, n°309, Le Docteur R. B. de Lyon, buste terre cuite et n°310, Silhouette de Mme A.-J. V., pâte à modeler), Henriette Roche (1921, n°393, Portrait de Mlle X., buste terre cuite et n°394, Mignon, statuette terre cuite)…

Étiennette Gilles, Torse d’après la bosse, dessin, 1er prix, 1916
Archives municipales de Marseille, 26 Fi 4341

Étiennette Gilles, Le Christ à la couronne d’épines, dessin, vers 1921
Musée de Notre-Dame de la Garde

Dans l’Entre-deux-guerres, deux femmes réussissent néanmoins à s’affirmer en tant qu’artiste. La première s’appelle Étiennette Gilles (1894-1981). Élève de l’école des beaux-arts pendant la Première Guerre mondiale, elle se forme exclusivement au dessin et à la peinture. Elle y obtient plusieurs récompenses dont un 1er prix pour un torse d’après la bosse en 1916. Son goût pour la sculpture est plus tardif : elle s’y initie dans l’atelier de Paul Gondard vers 1920. Dès lors, elle mène de front une carrière de peintre, d’illustratrice et de sculptrice. Elle expose pour la première fois en 1921, successivement à Paris au Salon de l’art chrétien et à Marseille à l’Association des artistes marseillais. Elle présente aux deux exhibitions les mêmes œuvres statuaires : Le Christ à Getsémani (c’est-à-dire au Jardins des Oliviers) et Virginité. Un critique remarque la jeune femme : « Ce Christ est sa première œuvre en sculpture et il est impossible de ne pas être frappé, de l’intensité d’expression qui s’en dégage ; il semble bien contempler, dans sa pensée infinie, toute la douleur humaine, toutes les douleurs, et en souffrir lui-même humainement. »[4] Le dessin du Christ à la couronne d’épines, réalisé à la même époque, répond également à cette description. Par la suite, elle alterne les techniques, montant sporadiquement de la sculpture : buste du Docteur Max Gilles (Association des artistes marseillais, 1923, n°134), Portrait (Société des artistes provençaux, sculpture, n°123), Mistral[5] ainsi que Clochettes marseillaises et L’Amour des livres (Salon Rhodanien, 1933, n°218 à 220), buste d’Émile Ripert (Salon artistique de 1941, n°217). Hélas, malgré une œuvre sculptée plus abondante que pour d’autres consœurs, aucune de ses sculptures n’est localisée à l’heure actuelle.

Fabienne Bérengier, Esclave d’après Michel-Ange, dessin au fusain, 1921
Archives municipales de Marseille, 26 Fi 4767

Fabienne Bérengier, La Danse, bas-relief, plâtre, 1928
Archives municipales de Marseille, 124 Fi : fonds Fabienne Bérengier

Fabienne Bérengier, Le Faune, statue, pierre, vers 1930
Archives municipales de Marseille, 124 Fi : fonds Fabienne Bérengier

Toutefois, la personnalité féminine qui s’impose dans le microcosme sculptural phocéen est Fabienne Bérengier (1900-1975). Comme Étiennette Gilles, elle débute ses études artistiques durant la Grande Guerre à l’école municipale des beaux-arts où elle a pour professeur de sculpture Henri Raybaud (1879-1942). Douée, elle remporte de nombreuses récompenses comme un 1er prix ex aequo pour un Esclave d’après Michel-Ange (1475-1564) au fusain en 1921. Ses premières œuvres empruntent à l’esthétique à la mode – l’art déco – propre à séduire les commanditaires privés : La Danse (bas-relief plâtre, 1928), Le Faune (statue pierre, vers 1930) et des portraits… Elle montre ses productions dans les Salons locaux ou parisiens[6] et dans des expositions privées au côté de son amie peintre Marguerite Allar (1899-1974).

Fabienne Bérengier, Chats, groupe plâtre, vers 1930
Archives municipales de Marseille, 124 Fi : fonds Fabienne Bérengier

Marguerite Allar, Nature morte aux Chats, vers 1932
Collection des descendants de Marguerite Allar

Fabienne Bérengier donne des formes pour la faïencerie marseillaise de Saint-Jean-du-Désert, notamment un groupe de Chats reproduit en céramique émaillée noire. Par ailleurs, elle reçoit une importante commande de la Chambre de commerce : la réalisation des dioramas du nouveau musée colonial de Marseille qui ouvre ses portes en 1935. Après la Second Guerre mondiale, elle réalise une statue de Saint Jean-Eudes pour la basilique du Sacré-Cœur de Marseille et des bustes pour le musée provençal de Château-Gombert.

Fabienne Bérengier, L’Afrique occidentale française, diorama, 1935
Archives municipales de Marseille, 124 Fi : fonds Fabienne Bérengier

Fabienne Bérengier, Soudanaise, statue, 1935
Archives municipales de Marseille, 124 Fi : fonds Fabienne Bérengier

Fabienne Bérengier, Saint Jean-Eudes, statue, plâtre, vers 1951
Basilique du Sacré-Cœur, 81 avenue du Prado, 8e arrondissement

Fabienne Bérengier, Pierre Puget, buste, pierre, 1959
Musée provençal de Château-Gombert, 13e arrondissement

Parallèlement à sa carrière d’artiste, elle enseigne la sculpture à l’Académie Marguerite Allar ; le curé de Saint-Lucien des Goudes (8e arrondissement) confie à ses élèves – sous sa supervision – la réalisation des statues en terre cuite qui décorent aujourd’hui encore la chapelle. Enfin, elle expose ses œuvres dont le style s’épure vers l’abstraction jusqu’à sa mort.

Fabienne Bérengier dans son atelier avec un modèle, photographie, vers 1950

Exposition Fabienne Bérengier à la galerie Stammegna, 1970
Archives municipales de Marseille, 124 Fi : fonds Fabienne Bérengier


[1] AMM 1D166, p.115-116, délibérations du 21 décembre 1897 : École des beaux-arts de Paris. Demande de bourses et subventions.
La peintre Flore Jartoux, future épouse Froment, est la première femme à obtenir une subvention municipale (1 200 francs) dont elle demande le renouvellement.
[2] AMM 721 W 88 : Propositions de dons et legs d’œuvres d’art.
[3] Cf. Catherine Marand-Fouquet, « Santonnières (les) », Dictionnaire des Marseillaises, 2012, p.316-317.
[4] Anonyme, « Bustes de Sculpteurs », Revue moderne des arts et de la vie, 30 mars 1921, p.21.
[5] Il s’agit du buste de Frédéric Mistral (1830-1914) qui participe au concours pour l’érection d’un monument au prix Nobel de littérature sur le plateau Longchamp. En juillet 1931, Louis Botinelly (1883-1962) remporte le concours ; Étiennette Gilles, classée troisième, reçoit une prime de 500 francs.
[6] Fabienne Bérengier fréquente le Salon de la Société des artistes français : Nausicaa (statuette plâtre, n°3273, 1930), Le Printemps (buste plâtre, n°3469, 1934), Départ de course – natation (statue plâtre métallisé, n°3274, 1936).

mercredi 10 août 2022

La Chasse (Henri Raybaud sculpteur)

Le lundi 22 août 2022, la maison marseillaise R&C propose à la vente une œuvre du sculpteur Henri Raybaud (1879-1942) que l’on croise rarement aux enchères. Le lot 302, un groupe en plâtre (28 x 31 x 17 cm), est signé sur le côté gauche HRaybaud et est estimé 150/200 €. Les commissaires-priseurs lui ont forgé un titre, Scène de putti ; cependant, l’intitulé réel est La Chasse comme le suggère l’arc brandi par un putto.

Henri Raybaud, La Chasse, groupe, plâtre, vers 1926
R&C, lot 302

Le groupe est une étude ou une esquisse pour l’un des bronzes de l’escalier de la gare Saint-Charles. En effet, Raybaud obtient la commande, moyennant 40 000 francs, de six groupes se répondant deux à deux : Les Fruits et Les Fleurs, Les Vendanges et La Moisson, La Pèche et La Chasse. Les modèles sont ensuite envoyés à Paris pour y être traduits en bronze dans la fonderie Rudier, gérée par Alexis Rudier (mort en 1897) et son fils Eugène Rudier (1879-1952) entre 1874 et 1952. La facture de cette opération se chiffre à 11 200 francs. Une fois fondus, les six bronzes reviennent en train à Marseille et sont installés sur leurs socles aménagés dans les rampes de l’escalier monumental. Enfin, l’ensemble est inauguré solennellement le 24 avril 1927 à l’occasion de la venue du président de la République Gaston Doumergue (1863-1934).
La Chasse représente donc deux putti chassant à l’arc du gibier à plumes : on a la dépouille d’un canard devant et celle d’un faisan derrière ; par ailleurs, l’un des enfants tient captif une tourterelle.

Henri Raybaud, La Chasse, groupe, bronze, 1926-1927
Escalier de la gare Saint-Charles, 1er arrondissement

L’aspect des sculptures de Raybaud rappelle le style Louis XVI ; il contraste avec le classicisme des œuvres d’Auguste Carli (1868-1930) et d’Ary Bitter (1883-1973) ou l’art déco des figures coloniales de Louis Botinelly (1883-1962) tout en faisant de l’escalier un monument éclectique.

jeudi 17 mars 2022

Le ferronnier d’art (Henri Raybaud sculpteur)

J’ai déjà eu l’occasion de parler des grilles du parc Chanot (cf. notice du 30 octobre 2021) ainsi que de celle de l’Opéra (cf. notice du 18 décembre 2021). Cependant, un grand nombre d’immeubles et de villas possède également des portes, des balcons, des grilles en fer forgé. Cet art, très à la mode dans l’entre-deux-guerres, est d’ailleurs enseigné à l’école des beaux-arts à partir de 1926 sous la férule de Louis Trichard (1893-?) pour répondre à la demande. De fait, durant la période art déco, les serruriers et les ferronniers d’art pullulent à Marseille. 

Eugène Sénès et Joseph Lajarrige, immeuble, vers 1928
132 et 132bis rue Breteuil, 6e arrondissement 

Certains décors privés n’ont rien à envier aux commandes publiques. C’est notamment le cas de l’exceptionnelle porte d’entrée du 132bis rue Breteuil. L’architecture de ce petit immeuble, qui ne paye pas de mine, est néanmoins signée d’Eugène Sénès (1875-1960) et de Joseph Lajarrige (1892-?). Par le porche, on accède à l’école catholique Notre-Dame de France tandis que la porte ouvre sur le domicile d’Henri-Édouard Carrera (1890-?), serrurier-ferronnier d’art dont les ateliers se situaient au 155, rue Breteuil. Il est impensable qu’un autre artisan que lui soit l’auteur des balcons ouvragés et surtout de la porte d’entrée. Il s’agit d’un chef-d’œuvre de ferronnerie jouant sur des pseudo-engrenages à double patine.

Henri-Édouard Carrera, balcon, vers 1928
132bis rue Breteuil, 6e arrondissement

Henri-Édouard Carrera, porte, 1928
132bis rue Breteuil, 6e arrondissement

Dans cette porte a été réservé un emplacement octogonal destiné à accueillir un médaillon en bronze du sculpteur Henri Raybaud (1879-1942) représentant un ferronnier au travail. Dans la fumée de la forge, l’artisan martèle le fer sur son enclume. Il s’agit peut-être d’un portrait d’Henri-Édouard Carrera lui-même. L’œuvre est signée et datée sous les pieds du personnage : H. RAYBAUD 1928.

Henri Raybaud, Le Ferronnier d’art, bronze, 1928
132bis rue Breteuil, 6e arrondissement

Pour finir, Henri Raybaud est probablement l’auteur du relief anonyme qui surplombe ladite porte et qui représente une jeune femme à sa lecture.