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vendredi 16 février 2024

Héraclès et la léonté dans la sculpture marseillaise

Hier, je suis intervenu dans la classe de CM2 de Grégory Zins, à l’école Maurice Korsec (1er arrondissement), qui participe à un programme d’éducation artistique et culturel. Le thème choisi cette année – qui donnera lieu à la réalisation d’un film documentaire – est Porter la flamme : Marseille 2024, année olympique. Mémoire vive, mémoire à venir. 
Mon intervention portait sur les images d’athlètes antiques et modernes dans la sculpture marseillaise, en tout premier lieu Héraclès/Hercule. En effet, le demi-dieu est censé être l’inventeur des jeux olympiques ou plutôt des jeux panhelléniques puisque, dans l’antiquité, plusieurs cités grecques organisaient ce type de manifestations : Olympie (jeux olympiques), Delphes (jeux pythiques), Corinthe (jeux isthmiques) et Némée (jeux néméens). D’ailleurs, la ville de Némée, en Argolide, est directement impliquée dans le mythe, étant donné que le premier des douze travaux du héros s’y déroule : vaincre le Lion de Némée qui semait la terreur dans la région. Héraclès remporte le combat et la peau du félin – la léonté – devient son principal attribut.

Pierre Puget (1620-1694), Hercule gaulois, statue, marbre, 1661-1662
Musée du Louvre, Paris

Le sculpteur marseillais réalise cette œuvre pour le surintendant des Finances Nicolas Fouquet (1615-1680). Il ne représente pas un épisode précis ; il choisit un moment plus trivial et figure Héraclès en athlète au repos. Seules la massue et la léonté permettent l’identification du personnage mythologique.
Aux XVIIIe et XIXe siècles, certains bourgeois phocéens optent de placer la tête d’Héraclès, coiffée de la léonté, au-dessus de la porte d’entrée de leur immeuble ou hôtel particulier. C’est un moyen de s’attribuer la force herculéenne du fils de Zeus et de signifier au passant : ici vit quelqu’un de puissant, que ce soit par sa fortune ou par son pouvoir politique.

Anonyme, Héraclès à la léonté, XVIIIe siècle
6, place des Augustines (2e arrondissement)


Anonyme, Héraclès à la léonté, XVIIIe siècle

40, La Canebière (1er arrondissement)


Adolphe Royan (1869-1925), Héraclès à la léonté, 1889

1, rue Colbert (1er arrondissement)


François Roume (1873-1960), Héraclès à la léonté, 1900

255, rue Paradis (6e arrondissement)


Au demeurant, plusieurs personnages féminins peuvent accaparer les attributs d’Héraclès. C’est le cas de la reine de Lydie Omphale dans les différentes versions qu’en donne le sculpteur marseillais Auguste Carli (1868-1930 – cf. notice du 8 mars 2021).

Auguste Carli, Omphale, statue, pierre, Salon des artistes français, 1923 (carte postale)
Jusqu’en 2021, la statue décorait le parc d’une bastide de Saint-Barnabé (13e arrondissement)


C’est également le cas de l’allégorie de La Force du sculpteur aixois Marius Ramus (1805-1888). L’artiste reçoit cette commande pour l’ornementation arrière du Palais de Justice en 1860 moyennant 6 000 francs. La sculpture, achevée en 1862, déplut par sa lourdeur. Il est vrai qu’elle fait un peu femme des cavernes avec sa massue et la dépouille léonine sur sa poitrine !

Marius Ramus, La Force, haut-relief, pierre, 1862

Façade arrière du Palais de Justice, rue Grignan (6e arrondissement)

samedi 23 juillet 2022

Le lion dans la sculpture marseillaise 1

À partir d’aujourd’hui, en astrologie, on entre dans la maison du lion. C’est un prétexte tout trouvé pour aborder le thème du lion dans la sculpture marseillaise. Bien que cet animal soit l’un des animaux les plus représentés, il n’a pas eu droit à sa notice dans l’Abécédaire du décor sculpté publié par l’Atelier du Patrimoine en 2008 ; c’est donc également l’occasion de réparer cette injustice. 
En tant que roi des animaux, le lion est associé à plusieurs valeurs positives : la noblesse, la puissance, la gloire, la protection. Ce sont souvent ces qualités que tentent de s’approprier les monuments publics et les façades d’immeubles en le mettant à l’honneur. C’est le cas dans la fontaine de Dominique Fossati (1710-1792) dont l’obélisque est supporté par quatre lions ou dans les deux groupes de Lion et enfant d’Ary Bitter (1883-1973) pour l’escalier de la gare Saint-Charles.

Dominique Fossati, Fontaine Fossati, 1778
Place des capucines, 1er arrondissement (depuis 1863) © Xavier de Jauréguiberry

Ary Bitter, Lions et enfants – Le Soleil et la Mer & Le Monde est à l’énergie, 1926
Escalier de la gare Saint-Charles, 1er arrondissement © Olivier Liardet

Il existe cependant quelques rares exceptions. Le lion du Milon de Crotone de Pierre Puget (1620-1694) symbolise l’orgueil démesuré des hommes : Milon, voulant fendre un chêne de ses mains, se retrouve la main coincée dans le tronc à la merci des bêtes sauvages, des loups dans la légendes mais les artistes ont rapidement préféré représenté un lion pour cette scène ! Ici, le félin plante ses griffes et ses crocs dans les cuisses et les fesses musclées du présomptueux athlète grec.

Atelier Jules Cantini, Milon de Crotone d’après Puget, 1915
Cours Jean Ballard, 1er arrondissement

Quant aux groupes de lions et de tigres d’Antoine-Louis Barye (1795-1875) qui marquent l’entrée du palais Longchamp, ils traduisent avec un certain naturalisme la nature sauvage que le muséum d’histoire naturelle et le parc zoologique voisins donnent à voir.

Antoine-Louis Barye, Lion terrassant un bouquetin, maquette en plâtre, vers 1865
Musée des Beaux-Arts de Marseille, S 518, 4e arrondissement

vendredi 27 mai 2022

Le Faune (Pierre Puget sculpteur)

D’après Pierre Puget, Le Faune, statuette, bronze à cire perdue
Lot 10 de la vente  Crait + Müller - vendu 3 840 €

Le 3 juin prochain, la maison parisienne Crait + Müller propose aux enchères une réduction en bronze du Faune de Pierre Puget (1620-1694). Cette cire perdue, haute de 52 cm, est l’œuvre du fondeur d’art Adrien-Aurélien Hébrard (1865-1937) ; l’œuvre porte le cachet du fondeur – CIRE PERDUE A.A. HEBRARD – et un numéro – A16. Par ailleurs, elle est également signée PIERRE PUGET.
La sculpture est estimée entre 3 000 et 4 000 €. Pour ordre d’idée, un autre exemplaire s’est vendu chez Sotheby’s Londres (lot 64) le 9 décembre 2020 : estimé entre 4 000 et 6 000 GBP, il est parti à 7 560 GBP (8 880,51 €).

Pierre Puget, Le Faune, statue, marbre, vers 1692
Musée des beaux-arts de Marseille, 4e arrondissement

Cette vente est l’occasion de s’intéresser à l’historique de cette œuvre magistrale conçue par Puget. Il ne s’agit apparemment pas d’une commande ; le sculpteur semble la destiner dès l’origine au pavillon de Fongate, sa bastide marseillaise. Haute de 1,57 m, elle se dressait au milieu du perron en fer à cheval donnant accès à la villa. La divinité des bois et des jardins joue de la musique : il souffle dans une syrinx (flûte de pan) et tient dans sa main droite des crotales (cymbales). Son rendu est inachevé mais cet inachèvement paraît volontaire : la main droite et les pieds, notamment, laissent apparaître les stries du ciseau et n’ont pas été polis. Ce non finito évoque l’art de Michel-Ange (1475-1564) qu’il admire.
Le musée des beaux-arts de Marseille conserve également une maquette en terre cuite de l’œuvre. Les deux sculptures ont la même provenance : en 1758, Louis Borély (1692-1768), grand collectionneur marseillais, les acquiert directement du petit-fils de l’artiste Pierre-Paul Puget. Elles demeurent dans la famille jusqu’à ce que la dernière héritière des Borély – Louise de Panisse-Passis – cède le château Borély et ses collections à Paulin Talabot (1799-1885) en 1856. Ce dernier, alors directeur du PLM, entreprend en 1869 un échange de terrains avec la mairie de Marseille pour pouvoir continuer sa ligne ferroviaire en direction de Toulon ; la cité phocéenne devient ainsi propriétaire du château Borély et de tout ce qu’il contient. Finalement, en 1871, les deux versions du Faune intègrent le Musée des beaux-arts de Marseille.

D’après Pierre Puget, Le Faune, statuette, céramique craquelée
Lot 251 de la vente Vichy Enchères

Addendum du 5 juillet 2022 : Il existe également une édition en céramique craquelée du Faune de Puget. Un exemplaire, haut de 51 cm, se vendra le 4 août prochain à Vichy (estimation : 150 / 200 €).

vendredi 21 janvier 2022

L’enseignement de la sculpture à Marseille au XIXe siècle – 1

Lorsqu’on parle de sculpture à Marseille, Pierre Puget (1620-1694) s’impose dans tous les esprits : bien qu’il incarne l’archétype de l’artiste complet, le souvenir du sculpteur domine souvent celui de l’architecte et du peintre. Pour autant, la période faste de la sculpture marseillaise n’est pas le XVIIe mais le XIXe siècle. Ainsi, entre 1867 et 1896, six sculpteurs issus de l’École municipale des beaux-arts sont-ils récompensés d’un prix de Rome ([1]). Aucune autre époque, antérieure ou postérieure, n’obtient une telle densité de lauréats au prestigieux concours. Ce taux de réussite, circonscrit dans un court laps de temps, trouve en partie sa réponse dans la politique artistique menée par les édiles marseillais dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

La fondation d’une classe municipale de sculpture

Étonnamment, la cité phocéenne ne s’intéresse que tardivement à la formation de ses sculpteurs et ornemanistes. Au XVIIIe siècle, c’est l’Académie de peinture de Marseille qui dispense cet enseignement sous la férule d’un artiste nommé Nicolas, à partir de 1756. Cependant, en 1793, la Révolution y met un terme et, lorsque l’école gratuite de dessin est instituée par le peintre Joachim Guenin en 1796, la statuaire ne figure plus au programme. Les aspirants sculpteurs crayonnent à l’école et pratiquent dans l’atelier d’un maître. Or, sous la Restauration et la monarchie de Juillet, la métropole connaît une pénurie criante de décorateurs qualifiés, si bien que les registres de l’école ne dévoilent aucun nom connu, hormis ceux de marbriers-sculpteurs tels que les frères Pierre (1808-1850) et Jules Cantini (1826-1916) ou la famille Galinier.

Pierre Cantini, Académie d’après le modèle vivant, 1824
Archives municipales de Marseille, 26 Fi - © Xavier de Jauréguiberry

Jules Cantini, Buste d’après l’antique, 1841
Archives municipales de Marseille, 26 Fi - © Xavier de Jauréguiberry

Jules Cantini, Bosse d’après l’antique, 1842
Archives municipales de Marseille, 26 Fi - © Xavier de Jauréguiberry

Amédée Galinier, Académie d’après le modèle vivant, concours d’émulation, 1842
Archives municipales de Marseille, 26 Fi - © Xavier de Jauréguiberry

Le directeur Augustin Aubert tente en vain de réintroduire la discipline dans le cursus en 1832. La classe de sculpture est finalement fondée en 1846 sous le directorat d’Émile Loubon alors qu’Aix-en-Provence possède une école spéciale de sculpture depuis 1776, expliquant la prédominance de l’école aixoise dans la première partie du XIXe siècle ([2]). Loubon confie la tâche d’organiser et de diriger la nouvelle classe à Antoine Bontoux (1805-1892). L’homme est le beau-frère de Thomas Clérian, directeur de l’école aixoise. Il a enseigné le dessin en lycée, non la sculpture… art qu’il n’a d’ailleurs pas appris ; il est autodidacte. Leurs détracteurs crient au scandale, prédisent l’échec. Pourtant, la classe est créée et rencontre le succès.


[1]  André Allar (1er accessit, 1867 ; prix de Rome, 1869), Jean-Baptiste Hugues (2e second prix, 1872 ; 1er second prix, 1873 ; prix de Rome, 1875), Jean Turcan (2e second prix, 1876), Henri Lombard (2e second prix, 1882 ; prix de Rome, 1883), Constant Roux (prix de Rome, 1894) et Auguste Carli (2e second prix, 1896).
[2] Aix forme plusieurs sculpteurs lauréats d’un prix de Rome : Marius Ramus (second prix, 1830), Félix Chabaud (prix de Rome de gravure en médaille, 1848), Hippolyte Ferrat (second prix, 1850).

mercredi 12 mai 2021

L’immeuble des Arts et des Saisons (Antoine Maïssa sculpteur ?)

En 2005, mon amie Florence Marciano a étudié l’un des immeubles les plus décorés de Marseille dans le cadre de l’exposition Figures en façades. Le décor sculpté privé à Marseille (septembre 2005, préfecture des Bouches-du-Rhône). En 2017, les historiens Georges Reynaud et Régis Bertrand en ont poursuivi l’étude, identifiant même le sculpteur qui a probablement réalisé ce saisissant ensemble.

Immeuble, 46 bd de la Liberté, 1er arrondissement
Le pan coupé

L’immeuble construit au 46 bd de la Liberté occupe une situation privilégiée. Il est édifié sur une parcelle trapézoïdale à l’intersection du boulevard et de la rue des Héros. Le terrain est acquis le 25 avril 1861 pour 21 625,25 francs par Joseph Bienaimé Boyer (1824-1866), un ébéniste reconverti en marchand de bois et entrepreneur en menuiserie ; l’immeuble est édifié en 1862. Le propriétaire y habite un étage et loue les autres.

Antoine Maïssa ?, La Sculpture et La Peinture, 1862-1863
Pan coupé du 46 bd de la Liberté, 1er arrondissement 

Le pan coupé accueille huit bas-reliefs sur un programme iconographique double : les Arts et les Saisons. Au premier étage, deux majestueux médaillons enrubannés exhibent les allégories de la Sculpture et de la Peinture. À gauche, un génie ailé rend hommage à la statuaire du siècle de Louis XIV (buste dévoilé) et pose la main droite sur la tête de Milon de Crotone (allusion au chef-d’œuvre de Pierre Puget, 1620-1694) ; à ses pieds, un putto s’exerce au dessin ou à la gravure. À droite, un second génie ailé, plus mature, soulève un drapé et dévoile les attributs du peintre (palette, pinceaux, modèle à copier) tandis qu’un putto lui tend une équerre.

Antoine Maïssa ?, L’Architecture et La Musique, 1862-1863
Pan coupé du 46 bd de la Liberté, 1er arrondissement

Au dernier étage, on trouve deux autres putti. L’un symbolise l’Architecture avec un té, un plan roulé et un traité ; le second représente la Musique avec une mandoline et une partition.

Antoine Maïssa ?, Les Saisons, 1862-1863
Pan coupé du 46 bd de la Liberté, 1er arrondissement

Les étages intermédiaires proposent un second thème : les quatre Saisons. Au deuxième, le Printemps (reconnaissable à ses bouquets de fleurs et son arrosoir) et l’Été (identifiable à sa faucille, ses épis de blé et sa corne d’abondance) se font face. Au troisième, se sont l’Automne (reconnaissable à son raisin vendangé et son pichet de vin) et l’Hiver (emmitouflé dans son manteau près d’un braséro) qui s’affrontent.

Antoine Maïssa ?, Atlantes, 1862-1863
46 bd de la Liberté, 1er arrondissement

L’entrée de l’immeuble qui se situe sur le boulevard de la Liberté est magnifiée par la présence de deux atlantes musculeux d’esprit baroque, sans doute une autre référence à Puget. Ils encadrent un dessus-de-porte rectangulaire dans lequel deux putti, entourés des attributs de l’Architecture (règle, équerre, compas), consultent un plan… assurément celui de l’immeuble qu’ils décorent.

Antoine Maïssa ?, Têtes, 1862-1863
46 bd de la Liberté, 1er arrondissement

Enfin, de nombreux bustes d’hommes, de femmes, de vieillards habitent les deux façades principales. Sur le pan coupé comme sur les cinq travées du boulevard de la Liberté, ils logent dans des frontons triangulaires ou circulaires.
Dans leur article (Marseille, n°255, août 2017), Georges Reynaud et Régis Bertrand attribuent potentiellement ce riche décor sculpté à Antoine Maïssa (Clans, 1825-Nice, 1867). En effet, les deux historiens ont trouvé dans l’inventaire après décès de Joseph Bienaimé Boyer une reconnaissance de dette de 750 francs envers ce sculpteur originaire du comté de Nice. Maïssa qui francise parfois son nom en « Maisse » est actif à Marseille entre 1853 et 1864. À partir de 1856, il installe son atelier au 17 de la rue des Héros, tout proche du terrain que Boyer va lotir. En 1861, il s’associe avec Rosario Bagnasco (Palerme, 1810-1879) et partage un atelier avec son confrère au 11 rue de la Rotonde, toujours dans le même quartier. Toutefois, Bagnasco séjournant en Sicile entre 1861 et 1863, le décor foisonnant du fameux immeuble n’est vraisemblablement pas une collaboration des deux artistes. En tous cas, quel que soit l’auteur de ces sculptures, il utilise les façades pour montrer son talent à tout un chacun.

dimanche 28 février 2021

Jean-Joseph Foucou

Voici une nouvelle notice enrichie, issue de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

Foucou Jean-Joseph (Riez, Alpes-de-Haute-Provence, 7 juin 1739 – Paris, 16 février 1821), sculpteur
Fils de menuisier, il montre très tôt des dispositions étonnantes en taillant du matin au soir les bouts de bois que délaisse son père. Élève de Philippe Caffieri (1714-1774), il remporte un 2nd prix de Rome en 1768 (David porte la tête de Goliath en triomphe) et le 1er prix en 1769 (Mutius Scaevola bravant Porsenna). Il séjourne alors en Italie de 1771 à 1775 où il sculpte, en 1774, un Faune en marbre (musée des beaux-arts de Marseille). Il est ensuite agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 23 août 1777 et reçu académicien le 3 juillet 1785 avec Un fleuve (statuette marbre – musée du Louvre). Il expose au Salon de 1777 à 1812 : Bacchante portant un satyre sur l’épaule droite (groupe marbre, 1777 – musée des beaux-arts de Marseille), buste de Regnard-Dancourt (1779 – foyer de la Comédie-Française), buste de Lycurgue (1789 – musée du Luxembourg), un buste de Jean Goujon (1812 – musée de Digne)…

Jean-Joseph Foucou,
Bacchante portant un satyre et Faune au chevreau, marbres
Musée des beaux-arts de Marseille, palais Longchamp, 4e arrondissement

Il reçoit en outre diverses commandes publiques comme les statues de Charles le Chauve pour l’église de Saint-Denis, d’un Chasseur à cheval pour l’arc de triomphe du Carrousel, de Bertrand Du Guesclin pour le château de Versailles, d’Henri François d’Aguesseau pour l’Assemblée Nationale ainsi que les bustes du général Auguste Picot, marquis de Dampierre, et du poète Florent Dumont pour Versailles.
En Provence, les consuls de Salon lui commanditent un buste en marbre du bailli de Suffren en 1784 dont le plâtre est exposé à Paris en 1785. Vers 1785, il soumissionne pour la réalisation d’une fontaine à Marseille en l’honneur du prince de Beauvau, gouverneur de Provence ; Alexandre-Charles Renaud (1756-1815) lui est préféré en 1787 mais le projet avorte.

Jean-Joseph Foucou, projet pour la
Fontaine Beauvau
Gravure, vignette de l’encadrement du plan Pierron, 1785

Pour Louis Borély, il décore la chapelle de son château-bastide marseillais de quatre bas-reliefs en marbre consacrés à la vie de Saint Louis.

Chapelle du château Borély

Jean-Joseph Foucou, Saint Louis se rendant à Saint-Denis © R Valette

Jean-Joseph Foucou, Les croisades de Saint Louis © R Valette

Jean-Joseph Foucou, Saint Louis recevant la couronne d’épines © R Valette

Jean Joseph Foucou,
Les derniers moments de Saint Louis © R Valette
Château Borély, 8e arrondissement

L’une de ses dernières œuvres est un buste en marbre de Pierre Puget (1816) qui couronne depuis 1876 la colonne du Jardin de la colline Puget.

Jean-Joseph Foucou,
Pierre Puget, buste, marbre, 1816
Jardin de la colline Puget, 7e arrondissement

Plusieurs musées possèdent ses œuvres : le Louvre (Bacchante portant un satyre sur l’épaule droite, réplique agrandie du groupe du Salon de 1777), le musée des beaux-arts de Troyes (Auguste Picot, marquis de Dampierre, buste plâtre) et le musée des beaux-arts de Marseille (Vénus sortant du bain, statue marbre, 1781 ; Monument à Pierre Puget, maquette terre cuite ; Le Peuple français ramené à la paix, groupe terre cuite).

Jean-Joseph Foucou, Vénus sortant du bain, marbre, 1781

Jean-Joseph Foucou, Monument à Pierre Puget, maquette terre cuite

Jean-Joseph Foucou,
Le Peuple français ramené à la paix, groupe terre cuite
Musée des beaux-arts de Marseille, palais Longchamp, 4e arrondissement

lundi 22 février 2021

La fontaine Bonaparte (Barthélemy Chardigny sculpteur)

J’ai repéré ces jours-ci, sur Ebay, un exemplaire de la médaille en bronze dédiée Au Ier Consul Bonaparte et gravée par Pierre Poize (Beaucaire, 1760 - Marseille, 1846). Sur le revers figure une représentation de la Fontaine Bonaparte, aujourd’hui partiellement disparue. C’est pour moi l’occasion de présenter la notice consacrée à ce monument dans le guide des Fontaines de Marseille.

Pierre Poize, Au Ier Consul Bonaparte, médaille, bronze, 1802
Avers et revers, Ø 43 mm

Charles Delacroix (1741-1805), premier préfet des Bouches-du-Rhône, aménage le cours Bonaparte (aujourd’hui Puget) et fait élever dans sa perspective une fontaine au niveau du carrefour avec l’actuel boulevard Notre-Dame. La ville d’Aix-en-Provence lui fournit dans ce but une colonne antique en granit qui pourrait provenir du mausolée romain inclus dans l’ancien palais comtal, rasé en 1787. Le 18 février 1801, le Conseil municipal passe commande d’un buste de Bonaparte et de bas-reliefs à Barthélemy Chardigny (Rouen, 1757 - Paris, 1813). La première pierre est posée le 13 novembre 1801 ; le monument est achevé en juillet 1802. Dans la foulée, le préfet Delacroix commandite ladite médaille commémorant l’ouverture du cours Bonaparte à Pierre Poize.
En 1807, le libraire et éditeur marseillais Joseph Chardon (1763-1837) décrit la fontaine de la sorte : « Le piédestal offre trois bas-reliefs en marbre blanc. Du côté de l’est, un trophée d’armes avec un bouclier sur lequel on a gravé ces mots en lettres d’or : À Bonaparte / Vainqueur et pacificateur / Marseille reconnaissante. Sur les côtés sont des trophées du Commerce et de l’Agriculture […]. Au bas du monument est une fontaine ».

Jean-Joseph Foucou, Pierre Puget, buste, marbre, 1816
Jardin de la colline Puget, 7e arrondissement

Avec la Restauration, en 1814, le buste est remplacé par une fleur de lys dorée puis, en 1816, les inscriptions sont effacées. En 1818, la colonne est transportée au sommet du jardin de la Colline dans l’axe du cours (rebaptisé alors cours Bourbon) et la fontaine est supprimée. En 1858, le marbrier Galinier refait le chapiteau qui est surmonté d’un nouveau buste de Bonaparte. La colonne est déplacée vers l’est. Elle porte depuis 1873 un buste de Pierre Puget (Marseille 1620 – Marseille, 1694) par Jean-Joseph Foucou (Riez, 1739 – Paris, 1821), réalisé en 1816, sorti des collections du musée des beaux-arts.