samedi 9 novembre 2024

La Méditerranée (Oscar Eichacker peintre et sculpteur)

À quinze/vingt ans d’intervalle, Oscar Eichacker (1881-1961) aborde le même sujet – La Méditerranée – en peinture et en sculpture. La mise en page des deux œuvres est très proche tout en véhiculant deux messages très différents !
En 1932, l’architecte Gaston Castel (1886-1971) inclue Eichacker dans l’équipe des artistes qui vont décorer le nouveau Tribunal de commerce de Marseille. Il lui confie la réalisation de trois toiles pour orner les murs du salon d’honneur. Les sujets sont à la fois allégoriques et mythologiques : L’Agriculture ou Cérès ; La Force ou Héraclès ; La Méditerranée ou Thétis.

Oscar Eichacker, La Méditerranée ou Thétis, huile sur toile, 1932
Salon d’honneur, Tribunal de commerce, 2 rue Émile Pollak, 6e arrondissement

Le peintre figure La Méditerranée sous les traits de femme plantureuse nue, assise sur le fond marin, le buste émergeant des flots et cheveux au vent. Appuyée sur une ancre marine, la Néréide soutient de sa main droite protectrice un navire de commerce, un trois-mâts barque. Un jeune homme nu, triton ou génie des eaux, tient un filet de pèche contenant certainement les richesses de la mer dont Marseille tire profit.

Oscar Eichacker, La Méditerranée, bas-relief, béton ou ciment ?, vers 1947-1952
5 rue de la Prison, 2e arrondissement

Environ deux décennies plus tard, après la Deuxième Guerre mondiale, Eichacker participe au chantier de reconstruction du quartier de la mairie, rasé en 1943 sur l’ordre de l’occupant allemand. Il insère un bas-relief rectangulaire, vraisemblablement en béton ou en ciment, au-dessus de la porte d’un modeste immeuble de la rue de la Prison. Il reprend sa composition du Tribunal de commerce en la simplifiant. La Méditerranée apparaît ici à mi-corps et le génie a disparu ; un banc de poissons, des coraux et des algues symbolisent les fonds marins. De sa main droite, elle soutient toujours une nef ; toutefois, ici, le bateau est antique ou plus exactement grec.
Le motif décoratif ne fait donc plus allusion au commerce marseillais. Il évoque plutôt le mythe fondateur de Massalia, colonie phocéenne fondée par Protis lors de son union avec Gyptis, princesse des Ségobriges. Après la destruction du quartier et la guerre, il convient de prendre un nouveau départ. Le choix de cette iconographie résonne donc comme une renaissance de Marseille.

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