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dimanche 10 mai 2026

Hélène de Troie (Henri Lombard sculpteur)

Pour l’Exposition universelle de 1889, Jules Cantini souhaite concevoir une imposante statue polychrome, sans recours à la peinture ou au bronze. Dans cette optique, il s’adresse, en 1886, au jeune sculpteur marseillais Henri Lombard, pensionnaire de l’Académie de France à Villa Médicis depuis son obtention du grand prix de Rome en 1883. « Mon but en faisant exécuter cette œuvre, est d’essayer de remettre en honneur ces belles productions de l’antiquité, dont les plus beaux spécimens ont malheureusement disparus, et de faire ressortir tout le riche parti qu’on peut tirer de ces beaux marbres traités en polychromie. »[1]
L’artiste soumet à son commanditaire un sujet mythologique – Hélène, reine de Sparte, dévoilant sa beauté légendaire aux Troyens – qui répond parfaitement à son attente. Il lui envoie, par ailleurs, la photographie d’une esquisse afin qu’il s’en fasse une idée plus précise : « Votre projet de statue Hélène est, quant à la pensée première, absolument dans le sens que je la désire. C’est à dire une grande figure majestueuse avec tout le beau caractère de l’antique. D’une simplicité presque rigide dans la composition, dans les draperies, dans l’ensemble en un mot. »[2] Bien sûr, Cantini suggère quelques modifications pour gagner en majesté et pour des aspects techniques : « Nous sommes d’accord pour le bras droit et pour le voile qui aura moins l’air d’un carré d’étoffe ; pour le bras gauche, je crois en effet que le mouvement peut devenir très correct est gracieux, mais ici se place une difficulté d’exécution relative au tenon. […] Les deux bras étant isolés, les extrémités à une certaine distance du buste, je me demande où pourraient être placés ces tenons dont vous me parlez. Comment procéder à l’ajustage d’une pièce aussi fragile, qu’on n’oserait plus toucher, même pour l’emballer, une fois finie ? […] Les questions de coloration me semblent bien plus faciles à résoudre et je suis convaincu qu’à ce point de vue nous tiendrons toujours notre but. »[3]
Il souhaite que Lombard achève son modèle et l’envoie à Marseille au plus tard le 30 novembre 1887. « Quant à l’exécution, je la ferai faire dans mon atelier. Les ajustages seront faits d’après ce que nous aurons convenu. Je ferai faire aussi la mise aux points et la pratique des nus, mais vous devrez finir les nus et donner les dernières indications utiles pour le fini des draperies. »[4] Les ultimes retouches doivent intervenir avant la fin de l’année 1888 ; finalement, le statuaire signe et date son œuvre sur la plinthe : « H. LOMBARD 1889 ».
Placée au centre du stand Cantini à l’Exposition universelle de 1889, devant deux colonnes monumentales supportant un entablement qui lui servent d’écrin, Hélène capte tous les regards à l’instar de l’héroïne qu’elle incarne. « Cette figure dans le goût antique a fort grand air, est savamment traitée et produit, par la combinaison du granit gris, de l’onyx et des marbres blancs et colorés, un effet des plus saisissants en même temps que très harmonieux. »[5]

Anonyme
, Exposition universelle de Paris – Grande galerie des industries diverses 
(détail du stand Jules Cantini), photographie, 1889

Après l’Exposition, l’œuvre demeure dans l’atelier de l’industriel, pour son seul plaisir : « Je n’ai pris aucun engagement, ni fait aucune promesse d’exposer de nouveau cette figure. »[6] Enfin, à une date indéterminée postérieure à 1908, il modifie l’apparence d’Hélène : il transforme sa couronne bandeau en un diadème de marbre rouge et malachite qui rappelle sa ceinture et accentue son caractère altier.

Imprimerie marseillaise, Statue en onyx et marbres de diverses couleurs par Cantini
photographie, 1908, Bibliothèque municipale de Marseille, 2-53B1462

Henri Lombard,
Hélène de Troie, statue, marbres et onyx, 1889,
Musée des Beaux-Arts de Marseille, C 924.

Elle entre dans les collections publiques en 1917, avec l’ensemble du legs Cantini, quoiqu’elle soit aussitôt reléguée aux réserves. Elle en sort brièvement à l’occasion de l’exposition Marseille au XIXe. Rêves et triomphes (1991). Restaurée en 2018, elle devient la tête d’affiche de l’exposition En couleurs. La sculpture polychrome en France, 1850-1910 au Musée d’Orsay, preuve de la permanence de son pouvoir de séduction. Depuis, elle accueille les visiteurs à l’entrée du Musée des Beaux-Arts de Marseille.

En couleurs, affiche, 2018


[1] Archives municipales de Marseille (AMM), 5 M 30, copies de lettres, p.269 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 février 1887.
[2] Idem, p.268.
[3] AMM, 5 M 30, copies de lettres, p.275 à 277 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 mars 1887.
[4] AMM, 5 M 30, copies de lettres, p.272 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 février 1887.
[5] Un Marseillais à Paris, « Chronique parisienne. L’art industriel au Camp-de-Mars. Le bronze, le fer, le marbre. », Le Sémaphore de Marseille, 31 août 1889.
[6] AMM, 5 M 31, copies de lettres, p.10 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 9 novembre 1892.

dimanche 29 mars 2026

Monument aux morts des Accates

Le village des Accates, entre la Treille et la Valentine dans le 11e arrondissement, possède deux plaques commémoratives de la Première Guerre mondiale : l’une dans le cimetière et l’autre sur la façade de l’église paroissiale. La seconde, plus intéressante, présente un modeste décor sculpté. Elle est financée par souscription. Quant à son dessin, il est l’œuvre de Marie-Pauline Vivian, une demoiselle de bonne famille. Il figure l’allégorie de la France, agenouillée, déposant des palmes sur les corps ensevelis des 25 enfants des Accates morts au champ d’honneur et marqués par la croix de l’Espérance ; à l’arrière-plan, le soleil de la Victoire darde ses rayons dorés. Deux vers de Victor Hugo (1802-1885) accompagnent la scène : « Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie / Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. »

Monument aux morts des Accates
, marbre, 1920
Place Saint-Christophe, 11e arrondissement

Le motif est traduit en bas-relief la maison Cantini (Le Petit Marseillais, 22 avril 1920). En fait, la marbrerie de Jules Cantini (1826-1916) a été reprise et se nomme désormais Établissement Cantini – Vuagnat, Pollet & Cie successeurs. Le nom Cantini – bien connu à Marseille et dans la profession – ainsi que les prix glanés par Marius Cantini (1850-1913) apportent leur aura à la nouvelle entreprise.

Indicateur Marseillais, 1920, p.1123

Les noms des défunts sont inscrits sur deux colonnes sous le bas-relief. L’inauguration civile de la plaque, suivie d’une cérémonie religieuse, a lieu le dimanche 20 avril 1920.

lundi 16 mars 2026

Monument funéraire de Louis Rouffe (Émile Aldebert et Jules Cantini sculpteurs)

Le mime Louis Rouffe (1849-1885) connaît le succès, à l’Alcazar, en juin 1874, dans le rôle de Pierrot auquel il donne dimension tragique. Il devient dès lors un maître de la pantomime, adulé du public marseillais. Malheureusement atteint de tuberculose pulmonaire, il s’éteint prématurément, à l’âge de 36 ans, le 21 décembre 1885, après un dernier triomphe au Palais de Cristal.
Aussitôt, le président du syndicat de la presse marseillaise Horace Bertin (1842-1917) convainc l’ensemble des journaux locaux (Le Sémaphore de Marseille, Le Petit Marseillais, Le Petit Provençal, Le Bavard, Le Journal de Marseille, Le Soleil du Midi, Le Radical de Marseille, Le Mondain, La Méditerranée, L’Oursin, L’Étincelle, Le Masque, La Cannebière et La Petite Revue de Marseille) de doter le défunt d’un tombeau célébrant son souvenir et son talent par le biais d’une souscription. Les collègues de Rouffe s’associent au projet en offrant la recette d’une représentation exceptionnelle donnée en février 1886 au Palais de Cristal.
Au mois de mars, le comité organisateur adopte à l’unanimité le projet « d’une architecture aussi originale que gracieuse [constituant] un monument du plus heureux effet dans sa simplicité » (Le Petit Provençal, 25 mars 1886), soumis par Joseph Letz (1838-1890), Pour sa réalisation, l’architecte sollicite le sculpteur Émile Aldebert (1828-1924 – médaillon) et le marbrier Jules Cantini (1826-1916 – monument). L’édicule prend la forme d’un grand terme. Sur une gaine à section carrée, le profil de Louis Rouffe est encadré d’une palme et d’un rameau de laurier ; au-dessus, le buste de Pierrot aux yeux clos s’inscrit dans une mandorle en forme de pique portant la devise des mimes : « Dire tout sans paroles ». Finalement, l’inauguration du monument funéraire a lieu le 22 décembre 1886 au cimetière Saint-Pierre.

Émile Aldebert & Jules Cantini, Monument funéraire de Louis Rouffe, marbre, 1886
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

mercredi 4 mars 2026

La Vierge de l’Immaculée Conception (Eugène Guillaume sculpteur)

Eugène Guillaume, La Vierge de l’Immaculée Conception, statue, plomb doré, 1857
Angle des boulevards Voltaire et de la Liberté, 1er arrondissement © Olivier Liardet

Le 8 décembre 1854, le pape Pie IX (1792-1878) proclame le dogme de l’Immaculée Conception, par la constitution apostolique Ineffabilis Deus. Mgr Eugène de Mazenod (1782-1861), évêque de Marseille et fondateur de la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée en 1816, décide d’ériger un monument commémoratif en l’honneur du nouveau dogme, comme le font à la même époque Rome ainsi que plusieurs cités de la péninsule italique et des états germaniques catholiques.
Le 21 novembre 1855, le prélat adresse une lettre au maire de Marseille pour lui faire part de son intention. Le projet retenu, celui d’Henry Espérandieu (1829-1874), consiste en une colonne de marbre blanc surmontée d’une Vierge en plomb doré, fondue par Durand Frères d’après le modèle du grand prix de Rome Eugène Guillaume (1822-1905). L’iconographie emprunte à deux sources. La Vierge dorée évoque l’Apocalypse : elle piétine le serpent, symbole du péché originel qui règne sur le monde (globe), tandis que le croissant lunaire et la fleur de lys rappelle sa chasteté et sa pureté. Quant à la colonne constellée d’étoiles et de M mariaux, elle évoque les Litanies de la Sainte Vierge : dix d’entre elles sont gravées dans des cartouches polylobés.


Henri Espérandieu, Colonne de l’Immaculée Conception, marbre et plomb doré, 1857
Angle des boulevards Voltaire et de la Liberté, 1er arrondissement © Olivier Liardet


Éric Buyron (1837-1920), Monument de l’Immaculée Conception d’après Espérandieu, gravure, Revue générale de l’architecture et des travaux publics, 1879, vol.6, pl.16

Pour la marbrerie, l’architecte s’adresse à Jules Cantini (1826-1916), son collaborateur sur les chantiers de la cathédrale et de Notre-Dame de la Garde. La colonne, taillée en trois tronçons (base, fût et chapiteau) dans les carrières de Carrare, mesure environ 5 m de hauteur pour un diamètre maximal de 1,25 m. Arrivée d’Italie depuis plusieurs jours, elle est débarquée au bassin de carénage le 4 novembre 1857. Puis dans les ateliers du marbrier, l’ornemaniste Ferdinand Michel s’attelle à la sculpture décorative : le chapiteau de style roman avec ses quatre anges brandissant des couronnes de laurier et le fût de style byzantin avec ses gravures rehaussées d’or. Du 3 au 5 décembre, la colonne est amenée sur site, à l’extrémité du boulevard du Nord (auj. bd d’Athènes) et placée sur son socle en pierre de Crussol (Ardèche).


Éric Buyron, Monument de l’Immaculée Conception d’après Espérandieu, détail de la colonne, gravure, Revue générale de l’architecture et des travaux publics, 1879, vol.6, pl.17

Néanmoins, le court délai avant l’inauguration solennelle du 8 décembre 1857 empêche son achèvement total ; le décor ainsi que la dédicace du piédestal ne seront terminés qu’ultérieurement. Ce fait résulte de deux contraintes contradictoires, l’échéance de la consécration d’une part et la difficulté à réunir les fonds nécessaires à l’érection d’autre part. En effet, selon la Revue générale de l’architecture et des travaux publics, le budget total du monument commémoratif se chiffre à 45 745,80 francs. La statue (4 000 francs) ne représente qu’un neuvième du coût final alors que la marbrerie (8 000 francs) et la sculpture ornementale (8 100 francs) en constituent un tiers. Au début de 1859, l’évêque en appelle encore à la générosité des fidèles afin de solder la facture.


Louis-Amable Crapelet (1822-1867), Inauguration du monument élevé en l’honneur de l’Immaculée Conception, gravure, L’Illustration, 12 décembre 1857

En 1922, la colonne de l’Immaculée Conception doit céder son emplacement au futur escalier monumental de la gare Saint-Charles. Elle est alors transférée à l’angle des boulevards de la Gare (auj. bd Voltaire) et de la Liberté où elle fait toujours l’objet de dévotions le 15 août (Assomption) et le 8 décembre (Immaculée Conception).

Procession de la Vierge dorée, 15 août 2023

dimanche 22 février 2026

Auguste-Acanthe Boudouresque (Mathurin Moreau sculpteur)

Auguste-Acanthe Boudouresque (1835-1905) naît dans l’Ariège mais s’installe, dès son plus jeune âge, à Marseille. Après le lycée, il travaille dans une compagnie de chemin de fer à Béziers où il est chargé du nivellement du tracé. En 1855, il effectue son service militaire à Valence puis revient à Marseille pour occuper un poste d’inspecteur municipal de l’éclairage. En 1862, il fonde sa société d’éclairage au gaz de schiste qui lui apporte la prospérité. Parallèlement, à partir de 1859, il entame des études au conservatoire de musique de Marseille où il remporte un premier prix de chant. La carrière de chanteur d’opéra – il possède une tessiture de basse – s’impose à lui tardivement, en 1874, à presque 40 ans. Il débute au théâtre Valette à Marseille dans Ernani de Verdi. L’année suivante, il est engagé par l’Opéra de Paris et, plus tard, mène une carrière internationale à Milan, Naples, Buenos Aires, La Plata, Bruxelles… Touche-à-tout, il publie également de la poésie et expose des peintures au Salon des artistes français, à Paris, en 1884 (n°319- Côte de Provence – lever de soleil derrière un morne) et 1885 (n°351- Coup de mistral – Golfe du Lion).

Victor Faure, Monument funéraire d’Auguste-Acanthe Boudouresque, 1906
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Lorsqu’il décède à Marseille le 21 janvier 1905, un comité composé de ses élèves et amis se crée afin d’élever une stèle sur sa tombe. Le dessin en est confié à l’architecte marseillais Victor Faure qui conçoit un édicule en pierre de Brouzet, un calcaire des Cévennes, taillé dans les ateliers du marbrier Jules Cantini (1826-1916). Le monument s’orne d’une lyre et d’une palme ; aujourd’hui néanmoins, il se trouve dans un triste état, rongée par les éléments.

Mathurin Moreau, Auguste-Acanthe Boudouresque, buste, bronze, 1905
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Un buste en bronze surmonte la stèle. Il s’agit d’une réplique réalisée  sans doute par surmoulage  par Édouard Oudin, marchand de bronzes d’art rue de la Darse (auj. rue Francis Davso) et bronzier lui-même, d’après l’original du sculpteur dijonnais Mathurin Moreau (1822-1912) et exposé au Salon parisien de 1882 (n°4683- Portrait de M. Boudouresque, de l’Opéra, buste, bronze).
La remise du monument funéraire à la famille s’effectue le jour anniversaire de la mort du chanteur, le 21 janvier 1906.

vendredi 17 mai 2024

Le Bon Accueil (Jules Cantini sculpteur)

Jusqu’au lundi 20 mai prochain, la maison de ventes Tuloup organise une vente aux enchères en ligne proposant une imposante sculpture en marbres et pierres dures polychromes, haute de 98 cm (lot 143). Ni l’auteur, ni le sujet ne sont identifiés ; pour ma part, pas de doute, il s’agit d’une version demi-grandeur du Bon Accueil du marbrier-sculpteur Jules Cantini (1826-1916).

Vente Tuloup, lot 143, La Nature dévoilée (titre erroné de la statue) / Le Bon Accueil

Devenu industriel, Jules Cantini promeut ses marbres blancs ou polychromes et ses onyx algériens par la réalisation de pièces remarquables montrées dans diverses expositions. S’il débute sa carrière artistique par la production de tables en mosaïques de pierres (exposition de la Société artistique des Bouches-du-Rhône de 1855 ; concours régional de Marseille de 1861), il se tourne bientôt vers la sculpture pour un effet plus spectaculaire. Il s’associe alors à des statuaires reconnus. Le premier est Henri Lombard (1855-1929), tout jeune grand prix de Rome, sollicité en 1885 pour une statue hiératique – Hélène de Troie – exposée dans le stand de la marbrerie Cantini lors de l’Exposition universelle de 1889. Avec Ernest Barrias (1841-1905), le marbrier triomphe au Salon des artistes français avec La Nature se dévoilant devant la Science (n°3186).

Henri Lombard, Hélène de Troie, statue, 1886
Musée des beaux-arts de Marseille, boulevard Philippon, 4e arrondissement

Ernest Barrias, La Nature se dévoilant devant la Science, statue, 1899
Musée d’Orsay, Paris

Hélas, des frustrations naissent de ces diverses collaborations. Jules Cantini finit par se passer du concours de statuaires de renom pour donner une œuvre qui soit entièrement sienne. Ainsi, à l’Exposition coloniale de 1906, paraît Le Bon Accueil « qu’il faut bien reconnaître sensiblement inférieur à ses aînés », selon le sculpteur Charles Delanglade (1870-1952), « [...] Il est regrettable que, cette fois encore, M. Cantini ne se soit pas adjoint un maître statuaire »1.

Jules Cantini, Le Bon Accueil, statue, 1906
Album Cantini, archives du musée Cantini, 6e arrondissement

Exposition coloniale Marseille 1906 – Art provençal, album, 1906

La statue est léguée par Jules Cantini à la ville de Marseille ; elle entre dans les collections du musée des beaux-arts en 1917. Elle est actuellement remisée dans les réserves ; son avant-bras gauche est désolidarisé.

Jules Cantini, Le Bon Accueil, statue, 1906
Legs Cantini en 1917, C.721
Réserves du musée des beaux-arts de Marseille, rue Clovis Hugues, 3e arrondissement

La sculpture en vente chez Tuloup est numérotée n°2 sur le socle avec la mention « Reproduction interdite ». Par rapport à l’original, sa tenue a été simplifiée pour ne pas multiplier les complexes assemblages de pierres. Ainsi, la tête de Méduse sur la ceinture a disparu. Le choix des matériaux diffère également. Malheureusement, les traits ingrats de l’allégorie n’ont pas été embellis, donnant raison à Charles Delanglade.

Vente Tuloup, lot 143, La Nature dévoilée (titre erroné de la statue) / Le Bon Accueil

Malgré ses défauts esthétiques et les quelques accidents, cette œuvre est exceptionnelle et rarissime sur le marché de l’art. Mise à prix à 200 €, elle est affichée pour le moment à 1 510 € après 27 enchères !
Addendum du 20 mai 2024 : la statue a finalement été adjugée à 2 710 € après 39 enchères.


1 Delanglade (Charles) « Éloge de M. Jules Cantini », Mémoires de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Marseille, t.1917-1920, Marseille, 1921, p.281-282

samedi 30 mars 2024

Conseil de lecture

L’historien Frantz Laurent vient de publier une monographie très fouillée sur Charlemagne-Émile de Maupas (1818-1888), fruit de sa thèse de doctorat soutenue en décembre 2022 à la Sorbonne. Cette publication a été distinguée par le Prix de thèse du Sénat 2023, remis au lauréat par Roger Karoutchi, ainsi que par un prix spécial du jury du Prix de thèse de l’Assemblée nationale 2023.

Cérémonie de remise du Prix de thèse du Sénat 2023
© compte X de Frantz laurent

Couverture du livre de Frantz Laurent

Les Marseillais seront particulièrement intéressés par la troisième partie de cet ouvrage intitulée « La renaissance marseillaise (1860-1866) » :

Chapitre 8 : « Super-préfet » des Bouches-du-Rhône
Chapitre 9 : « L’Haussmann marseillais »
Chapitre 10 : Un préfet dans la tourmente

Je rappelle pour mémoire de Maupas a fortement marqué le bâtiment de son empreinte, voire de son image !

Antoine-Dominique Magaud (1817-1899), L’Empereur visitant le chantier de la préfecture (aux côtés de Maupas), fresque, 1868
Grand salon, préfecture des Bouches-du-Rhône, 6e arrondissement © Xavier de Jauréguiberry

Jules Cantini (1826-1916), Charlemagne-Émile de Maupas, cheminée (détail), marbre, 1866
Chambre de Maupas, préfecture des Bouches-du-Rhône, 6e arrondissement © Xavier de Jauréguiberry

Un livre indispensable pour qui veut mieux connaître la vie politique et le développement de Marseille sous le Second Empire !

dimanche 11 février 2024

Les travaux de la place Castellane

Le prolongement de la ligne 3 du tram jusqu’à La Gaye, dans le 9e arrondissement, perturbe la circulation dans Marseille. L’un des points qui va le plus changer est la place Castellane avec la piétonisation partielle du site. Les travaux débutés en 2023 s’achèveront en 2025. 

Projections du nouvel aménagement de la place
© Métropole Aix-Marseille

Parallèlement à ce chantier, la municipalité phocéenne a voté un budget de 725 000 € pour la remise en eau de la fontaine Cantini. J’espère que cette somme comprend également sa restauration ! Si les sculptures de marbre d’André Allar (1845-1926) sont globalement en bon état, ce n’est pas le cas de sa grille et de ses vases en fonte de fer. Certains vases ont été déposés dans un dépôt municipal ; que ce ne soit pas ad vitam aeternam !

Grilles et vases, fonte de fer, 1911
© Olivier Liardet

D’après un récent article de La Provence, les travaux dureront neuf mois. Souhaitons que cet accouchement en vaille la peine ! J’en profite pour signaler au journaliste qui a rédigé l’article que la fontaine Cantini n’a pas été érigée entre 1911 et 1913 puisqu’elle est achevée et inaugurée le 7 décembre 1911.

La Provence, 29 janvier 2024

jeudi 4 janvier 2024

Jules Cantini (Théodore Rivière sculpteur)

En décembre dernier, j’ai pu acquérir aux enchères une sculpture que je recherchais et convoitais depuis une vingtaine d’années : les portrait du marbrier marseillais Jules Cantini (1826-1916) par le sculpteur toulousain Théodore Rivière (1857-1912).

Théodore Rivière, Jules Cantini, statuette, bronze, 32 x 13 x 10 cm, vers 1905
Collection personnelle

Au début du XXe siècle, le portrait-statuette connaît une grande vogue. Théodore Rivière s’en fait une spécialité, encouragé par le pharmacien-mécène Angelo Mariani (1838-1914) : il portraiture en pied ses proches, ses amis, ses relations, les personnalités qu’il admire. Jules Cantini est sans doute l’une de ses relations professionnelles ; il lui fournit probablement les onyx et les marbres de couleur qu’il utilise dans ses sculptures polychromes.
La figurine est réalisée en terre cuite vers 1905. Le modèle dégage un air bonhomme. Il apparaît en artiste sculpteur un maillet à ses pieds, son béret mou et sa lavallière ; l’aspect industriel est gommé.


Théodore Rivière, Jules Cantini, statuette, terre cuite blanche, 31 x 14 x 10 cm, vers 1905
Musée des beaux-arts de Marseille, legs Cantini en 1917 (C.1718)

La statuette est fondue en bronze par Louis Gasne qui, en 1901, reprend la Société anonyme de fonderie artistique, branche de la fonderie Victor Thiébaut. Elle est ensuite exposée du 16 au 25 novembre 1905 à la Galerie des artistes modernes Chaine et Simonson (19 rue Caumartin, Exposition Théodore Rivière, n°3).


Théodore Rivière, Jules Cantini, statuette, bronze, 32 x 13 x 10 cm, vers 1905
Collection personnelle