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samedi 18 décembre 2021

La grille d’entrée de l’opéra de Marseille (Sequin sculpteur & Raymond Subes ferronnier)

Façade principale et grille de l’opéra de Marseille
Rue Saint-Saëns, 1er arrondissement

Bien que la grille d’entrée de l’opéra de Marseille soit l’une des plus belles de la ville, elle l’une des moins connues. Il est difficile de trouver des informations fiables à son sujet et, souvent, les articles n’en nomment pas les auteurs. Au mieux, on affirme que c’est Gaston Castel (1886-1971), le principal architecte de l’opéra, qui la conçoit. Mais, même dans le catalogue du musée d’Histoire Architecture à Marseille, 1919-1965. Gaston Castel et les artistes, le sujet n’est pas abordé. Une ligne indique juste que les ferronneries sont le travail d’Henri-Édouard Carrera (1890-?) en collaboration avec la maison parisienne d’Edgar Brandt (1880-1960). Cette mention  peut prêter à confusion : on parle ici des décors intérieurs et non de la grille extérieure.
Finalement, c’est dans la revue d’architecture La Construction moderne (10 novembre 1929, p.82) que j’ai trouvé les informations que je cherchais : « En avant du perron, ils[1]établirent une grille de composition très sobre. La façade comporte six colonnes ; sur la grille au droit des deux colonnes d’extrémités est un large panneau uni réservé aux affiches du théâtre encadrées par une décoration florale en fer, au droit de chacune des quatre autres colonnes est un panneau décoratif en bronze patiné à l’antique ayant comme sujet une danseuse. Ces panneaux d’affichage et ces panneaux décoratifs encadrent cinq entrées décorées par un rappel de bronze constitué par un petit élément carré ornementé sur chaque vantail. La ferronnerie est de Raymond Subes et les panneaux ont été composés par le sculpteur Sequin, ils ont aussi été exécutés par le ferronnier. Cette œuvre particulièrement agréable est digne d’être citée car la collaboration de ces deux artistes a permis la réalisation d’un ensemble remarquable. »

Sequin et Raymond Subes, Danseuse à la lyre, bronze doré

Sequin et Raymond Subes, Danseuse à l’aulos (double flûte), bronze doré

Sequin et Raymond Subes, Danseuse au voile, bronze doré

Sequin et Raymond Subes, Danseuse à l’écharpe, bronze doré
Parvis de l’opéra, 1er arrondissement

Raymond Subes (1891-1970) étant l’un des plus illustres ferronniers d’art de l’entre-deux-guerres, il est d’autant plus incompréhensible que la paternité de cette grille majestueuse se soit effacée des mémoires. Malheureusement, le sculpteur Sequin – malgré son nom – reste un artiste anonyme, sans doute parisien. Il n’en demeure pas moins que ses danseuses sont un chef-d’œuvre art déco marseillais. Il mériterait d’être mieux valorisé par le nettoyage du vert-de-gris et une nouvelle patine dorée.


[1] Les architectes de l’opéra Henri Ébrard (1876-1941), Marcel Raymond (?-?) et Gaston Castel.

samedi 30 octobre 2021

Les grilles du parc Chanot (Joseph Lajarrige architecte)

En février 1923, Adrien Artaud (1859-1935) – député de Marseille et commissaire général de l’Exposition coloniale qui vient de s’achever – décide d’ouvrir un concours à tous les architectes et ferronniers d’art français pour le projet définitif de grilles et d’entrée monumentale du parc des expositions au rond-point du Prado. Un budget de 800 000 à 900 000 francs est envisagé pour cet ouvrage.
Le programme du concours est mis à la disposition des compétiteurs le 12 février pour un rendu fixé au 31 mars, dernier délai. 
Le jugement du concours est rendu à la fin du mois d’avril. Trois primes (6 000, 5 000 et 4 000 francs) étaient initialement prévues pour gratifier les trois meilleurs projets. Cependant, étant donné la haute tenue de la compétition et la qualité des concurrents, une quatrième prime (3 000 francs) est décernée. Celle-ci récompense trois lauréats du prix de Rome, encore pensionnaires de la villa Médicis : les architectes Jacques Carlu (1890-1976) et Robert Giroud (1890-1943) ainsi que le sculpteur Alfred Janniot (1889-1969). La troisième place revient Marius Dallest (1880-?), architecte à Marseille et au ferronnier Edgar Brandt (1880-1960) qui deviendra l’un des chantres de l’art déco.

Georges Feray et Joseph Hiriart, Projet de grilles pour le parc Chanot, 1923
Ensemble et porte centrale
Publié dans La construction moderne, 27 avril 1924

Le deuxième prix échoit Georges Feray (1892-1965) et Joseph Hiriart (1888-1946), architectes à Paris, en collaboration avec les ferronniers d’art de l’atelier parisien Schwartz-Haumont et Claude Gros, serrurier constructeur à Marseille.

Joseph Lajarrige et Louis Trichard père et fils, Projet de grilles pour le parc Chanot, 1923
Document publié sur Twitter par le journaliste David Coquille (@DavidLaMars)

Quant aux lauréats du concours, il s’agit de l’architecte marseillais Joseph Lajarrige (1892-?) et Louis Trichard père et fils, ferronnier d’art à Marseille. C’est à eux que revient la réalisation des grilles, d'un goût très art déco avec ses paons et ses corbeilles de fruits stylisées. Toutefois, Louis-Joseph Trichard (1861-1923) décède le 7 novembre de la même année, laissant à son fils Louis Trichard (1893-?) la charge de la construction.

Ouvriers devant le chantier des grilles, photographie, 1924

Adrien Artaud et Siméon Flaissières à l’inauguration des grilles, photographie, 9 mars 1924
Documents publiés sur Twitter par le journaliste David Coquille (@DavidLaMars)

Le 9 mars 1924, Adrien Artaud remet officiellement les nouvelles grilles du parc Chanot au maire Siméon Flaissières (1851-1931) pour leur inauguration solennelle.

Joseph Lajarrige et Louis Trichard père et fils, Grilles du parc Chanot, fer forgé, 1924
Signatures et vues de détail