Lors
de l’Exposition coloniale de 1906, le Grand Palais de l’Exportation abrite les
stands et pavillons des industries phocéennes commerçant avec les colonies. Le
plus important est le Pavillon des Corps gras qui regroupe huiles, savons, stéarines
et glycérines pour une valeur marchande annuelle dépassant le milliard. Il occupe
tout une aile du bâtiment et fait pendant à l’exposition d’Art provençal.
Au
demeurant, l’art n’est pas absent du Pavillon des Corps gras. Valère Bernard
(1860-1936) peint six panneaux évoquant divers corps gras : l’olive de Provence,
l’arachide du Sénégal, le sésame des Indes, la noix de coco de Ceylan, la morue
de Terre-Neuve et les bisons du Far-West. Par ailleurs, deux bustes trônent en évidence.
D’abord celui de Michel-Eugène Chevreul (1786-1889), chimiste connu pour
son travail sur les acides gras, la saponification et la découverte de la stéarine ;
ensuite celui de Marcellin Berthelot (1827-1907), chimiste – auteur
d’une thèse sur la structure et la synthèse des graisses – et homme politique.
Les sculpteurs de ces deux portraits sont aujourd’hui inconnus.
Néanmoins,
la pièce maîtresse est un haut-relief en plâtre intitulé Les Produits
oléagineux assurant la prospérité de Marseille et des colonies. Il est
consigné par deux artistes : Charles Delanglade (1870-1952) en bas à
gauche et Valentin Pignol (1863-1912) en bas à droite. Pour autant, les
comptes-rendus de Jules-Charles-Roux ou d’Aimé Bouis attribuent la paternité de
l’œuvre uniquement à Delanglade. Il est donc certainement l’auteur du dessin et/ou
du modèle ; quant à Pignol, il est sans doute intervenu en tant que
praticien mais avec une certaine liberté d’action justifiant la présence de sa
signature.
Le
haut-relief cintré se compose de six personnages. À droite, debout sur un quai,
l’allégorie de Marseille, vêtue d’une robe et d’un élégant manteau, pose
une main protectrice sur un enfant nu, vraisemblablement le Génie du
Commerce. Elle tend sa main droite pour accueillir le navire qui accoste à
gauche. À son bord se trouvent quatre indigènes des différentes colonies françaises.
L’un d’eux, nu, aide à la manœuvre afin d’amarrer le bateau. Derrière lui, deux
personnages se tiennent debout avec des produits oléagineux, peut-être de
l’arachide. Le pourtour du relief présente d’autres corps gras comme des
cabosses de cacao. Le crâne d’un bovidé marque le sommet de l’arc. Pour cette
œuvre spectaculaire, haute d’au moins trois mètres, les deux artistes reçoivent
chacun une médaille d’or.
Dans
la foulée de l’Exposition coloniale, Charles Delanglade reçoit la commande
d’une médaille commémorative de l’Exposition au Comité des Corps gras en argent.
Le sculpteur l’expose au Salon de l’Association des artistes marseillais de
1908 (n°337). Il est possible qu’il reprenne le motif du haut-relief pour
l’adapter en plaquette.
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