Pour
l’Exposition universelle de 1889, Jules Cantini (1826-1916) souhaite concevoir
une œuvre artistique qui marque les esprits, une imposante statue d’une
polychromie naturelle, sans recours au bronze ou à la peinture. Il s’adresse alors
à Henri Lombard (1855-1929), un jeune sculpteur marseillais, dont il suit le
parcours avec intérêt depuis son obtention du grand prix de Rome en 1883[1], sitôt son retour
d’Italie.
Le sujet mythologique arrêté par le commanditaire, peut-être en collaboration avec son artiste, est Hélène, reine de Sparte, dévoilant sa beauté aux Troyens. Le traitement hiératique et frontal évoque la statuaire grecque archaïque, notamment les korès : « Cette figure dans le goût antique a fort grand air, est savamment traitée et produit, par la combinaison du granit gris, de l’onyx et des marbres blancs et colorés, un effet des plus saisissants en même temps que très harmonieux. »[2] Placée au centre du stand Cantini, devant deux colonnes monumentales supportant un entablement qui lui servent d’écrin, elle capte tous les regards à l’instar de l’héroïne qu’elle incarne.
Après l’Exposition, l’œuvre demeure dans l’atelier du marbrier qui, à une date indéterminée postérieure à 1908, modifie son apparence : il lui ajoute un diadème en marbre rouge et malachite qui accentue son caractère altier.

Imprimerie marseillaise, Statue en onyx et marbres de diverses couleurs par Cantini, photographie, 1908, Bibliothèque municipale de Marseille, 2-53B1462
Elle entre dans les collections publiques en 1917, avec l’ensemble du legs Cantini. Néanmoins, elle est aussitôt reléguée aux réserves. Elle en sort brièvement à l’occasion de l’exposition Marseille au XIXe. Rêves et triomphes (1991). Depuis 2013, elle accueille les visiteurs du Musée des Beaux-Arts de Marseille et, en 2018, elle a été la tête d’affiche de l’exposition En couleurs. La sculpture polychrome en France, 1850-1910 au Musée d’Orsay, preuve de la permanence de son pouvoir de séduction.
[1] L’album
photographique conservé au Musée Cantini présente des clichés de son grand prix
– La Mort de Diagoras de Rhodes
(1883) – et d’envois de la Villa Médicis – Diane
(1886) et Apollon vainqueur (1888).
[2] Un Marseillais à
Paris, « Chronique parisienne. L’art industriel au Camp-de-Mars. Le
bronze, le fer, le marbre. », Le
Sémaphore de Marseille, 31 août 1889.
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