dimanche 31 mai 2026

Ève après le péché (Ferdinand Faivre sculpteur)

Le 9 juin prochain, l’étude Tajan vendra aux enchères, à Paris, une belle statue en marbre blanc de Ferdinand Faivre (1860-1937). Elle représente Ève après le péché. Elle est signée F. Faivre et mesure 57 x 39 x 32 cm. Elle est estimée entre 2 000 et 3 000 francs.


Ferdinand Faivre, Ève après le péché

Il s’agit très probablement de la statuette en marbre intitulée Ève, exposée au Salon de la Société des artistes français de 1901 (n°3170). Ce sujet existe également en terre cuite ; un exemplaire est exposé au Salon d’hiver de 1920 (n°1131- Ève après le péché).

vendredi 22 mai 2026

Monument aux Héros de la Police (Raymond Servian sculpteur)

Lors des prochaines Journées Européennes du Patrimoines, le public aura l’occasion de visiter partiellement l’Évêché et de découvrir, dans la cour du bâtiment construit par l’architecte mars1eillais René Egger (1915-2016), le Monument aux Héros de la Police sculpté par Raymond Servian (1903-1953).

Raymond Servian sculptant l’allégorie du Droit, vers 1950
Photographie extraite de Paul Sentenac, Raymond Servian, 1954

Au début des années 1950, Raymond Servian réalise deux Monuments aux Héros de la Police, le premier pour Neuilly-sur-Seine et le second pour Marseille. Le monument francilien, conçu en collaboration avec le peintre bordelais Louis Jean Lefort (1875-1954) pour la partie architecturale, se décompose en deux fontaines faisant pendant. Au milieu d’un bassin, chacune accueille au large pilier sur lequel s’adosse une allégorie : le Droit pour l’une et l’Immortalité pour l’autre. L’iconographie est complétée par une série de bas-reliefs, trois pour chaque fontaine figurant les actes héroïques et les martyres des policiers, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale.

Raymond Servian et Louis Jean Lefort, Monument aux Héros de la Police, fontaines, pierre ou béton, vers 1950, place Winston-Churchill, Neuilly-sur-Seine

Raymond Servian et Louis Jean Lefort, Le Droit

Raymond Servian et Louis Jean Lefort, L’Immortalité

Dans le même temps, Servian réalise donc un Monument à la Police de France et d’Outre-Mer pour Marseille pour lequel il reprend la figure du Droit et ré-agence les six bas-reliefs sur une tourelle.

Raymond Servian, Le Droit, haut-relief, pierre ou béton, vers 1950, Évêché, 2e arrondissement

Le sculpteur représente son allégorie sous les traits d’un soldat romain, la Rome antique étant en effet l’un des berceaux de la science juridique. Il porte une tunique et un manteau, une frange typique du bas empire. Ses mains reposent sur le pommeau de sa longue épée, plantée au sol entre ses deux jambes viriles. Cette attitude rappelle que la force doit demeurer au service de la Justice.

Raymond Servian, Dévouement / Déportés / Combats, bas-reliefs, pierre, vers 1950, 
Évêché, 2e arrondissement

Raymond Servian, Victimes du devoir / Internés / Prisonniers, bas-reliefs, pierre, vers 1950, 
Évêché, 2e arrondissement

Les six bas-reliefs, superposés trois par trois sur les faces latérales du monument, évoquent les actes héroïques (Dévouement / Victimes du devoir / Combats) et les souffrances (Prisonniers / Internés / Déportés) des policiers pendant la guerre et dans la Résistance.

dimanche 10 mai 2026

Hélène de Troie (Henri Lombard sculpteur)

Pour l’Exposition universelle de 1889, Jules Cantini souhaite concevoir une imposante statue polychrome, sans recours à la peinture ou au bronze. Dans cette optique, il s’adresse, en 1886, au jeune sculpteur marseillais Henri Lombard, pensionnaire de l’Académie de France à Villa Médicis depuis son obtention du grand prix de Rome en 1883. « Mon but en faisant exécuter cette œuvre, est d’essayer de remettre en honneur ces belles productions de l’antiquité, dont les plus beaux spécimens ont malheureusement disparus, et de faire ressortir tout le riche parti qu’on peut tirer de ces beaux marbres traités en polychromie. »[1]
L’artiste soumet à son commanditaire un sujet mythologique – Hélène, reine de Sparte, dévoilant sa beauté légendaire aux Troyens – qui répond parfaitement à son attente. Il lui envoie, par ailleurs, la photographie d’une esquisse afin qu’il s’en fasse une idée plus précise : « Votre projet de statue Hélène est, quant à la pensée première, absolument dans le sens que je la désire. C’est à dire une grande figure majestueuse avec tout le beau caractère de l’antique. D’une simplicité presque rigide dans la composition, dans les draperies, dans l’ensemble en un mot. »[2] Bien sûr, Cantini suggère quelques modifications pour gagner en majesté et pour des aspects techniques : « Nous sommes d’accord pour le bras droit et pour le voile qui aura moins l’air d’un carré d’étoffe ; pour le bras gauche, je crois en effet que le mouvement peut devenir très correct est gracieux, mais ici se place une difficulté d’exécution relative au tenon. […] Les deux bras étant isolés, les extrémités à une certaine distance du buste, je me demande où pourraient être placés ces tenons dont vous me parlez. Comment procéder à l’ajustage d’une pièce aussi fragile, qu’on n’oserait plus toucher, même pour l’emballer, une fois finie ? […] Les questions de coloration me semblent bien plus faciles à résoudre et je suis convaincu qu’à ce point de vue nous tiendrons toujours notre but. »[3]
Il souhaite que Lombard achève son modèle et l’envoie à Marseille au plus tard le 30 novembre 1887. « Quant à l’exécution, je la ferai faire dans mon atelier. Les ajustages seront faits d’après ce que nous aurons convenu. Je ferai faire aussi la mise aux points et la pratique des nus, mais vous devrez finir les nus et donner les dernières indications utiles pour le fini des draperies. »[4] Les ultimes retouches doivent intervenir avant la fin de l’année 1888 ; finalement, le statuaire signe et date son œuvre sur la plinthe : « H. LOMBARD 1889 ».
Placée au centre du stand Cantini à l’Exposition universelle de 1889, devant deux colonnes monumentales supportant un entablement qui lui servent d’écrin, Hélène capte tous les regards à l’instar de l’héroïne qu’elle incarne. « Cette figure dans le goût antique a fort grand air, est savamment traitée et produit, par la combinaison du granit gris, de l’onyx et des marbres blancs et colorés, un effet des plus saisissants en même temps que très harmonieux. »[5]

Anonyme
, Exposition universelle de Paris – Grande galerie des industries diverses 
(détail du stand Jules Cantini), photographie, 1889

Après l’Exposition, l’œuvre demeure dans l’atelier de l’industriel, pour son seul plaisir : « Je n’ai pris aucun engagement, ni fait aucune promesse d’exposer de nouveau cette figure. »[6] Enfin, à une date indéterminée postérieure à 1908, il modifie l’apparence d’Hélène : il transforme sa couronne bandeau en un diadème de marbre rouge et malachite qui rappelle sa ceinture et accentue son caractère altier.

Imprimerie marseillaise, Statue en onyx et marbres de diverses couleurs par Cantini
photographie, 1908, Bibliothèque municipale de Marseille, 2-53B1462

Henri Lombard,
Hélène de Troie, statue, marbres et onyx, 1889,
Musée des Beaux-Arts de Marseille, C 924.

Elle entre dans les collections publiques en 1917, avec l’ensemble du legs Cantini, quoiqu’elle soit aussitôt reléguée aux réserves. Elle en sort brièvement à l’occasion de l’exposition Marseille au XIXe. Rêves et triomphes (1991). Restaurée en 2018, elle devient la tête d’affiche de l’exposition En couleurs. La sculpture polychrome en France, 1850-1910 au Musée d’Orsay, preuve de la permanence de son pouvoir de séduction. Depuis, elle accueille les visiteurs à l’entrée du Musée des Beaux-Arts de Marseille.

En couleurs, affiche, 2018


[1] Archives municipales de Marseille (AMM), 5 M 30, copies de lettres, p.269 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 février 1887.
[2] Idem, p.268.
[3] AMM, 5 M 30, copies de lettres, p.275 à 277 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 mars 1887.
[4] AMM, 5 M 30, copies de lettres, p.272 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 6 février 1887.
[5] Un Marseillais à Paris, « Chronique parisienne. L’art industriel au Camp-de-Mars. Le bronze, le fer, le marbre. », Le Sémaphore de Marseille, 31 août 1889.
[6] AMM, 5 M 31, copies de lettres, p.10 : lettre de Jules Cantini à Henri Lombard, 9 novembre 1892.