lundi 26 septembre 2022

Élie-Jean Vézien

Élie-Jean Vézien dans son atelier, photographie vers 1930
Académie de Marseille

VÉzien Élie-Jean (Marseille, 18 juillet 1890 – Marseille, 7 septembre 1982), sculpteur, médailleur et peintre

En 1904, il entre en apprentissage chez un maître graveur et orfèvre qui le recommande à François Carli (1872-1957) et l’inscrit à l’école des beaux-arts de Marseille. Talentueux, il reçoit très tôt sa première commande, un Saint Michel terrassant le dragon (bas-relief marbre, 1906) pour une façade, à l’angle des rues Tilsit et des Trois Frère Barthélemy.

Élie-Jean Vézien, Saint Michel terrassant le dragon, 1906
Angle des rues Tilsit et des Trois Frères Barthélemy, 6e arrondissement

En 1911, il obtient une bourse pour poursuivre ses études à Paris, mais il est rattrapé par ses obligations militaires ; son service est néanmoins écourté grâce aux relations d’Auguste Carli (1868-1930). Il peut donc enfin présenter le concours d’entrée de l’École nationale supérieure des beaux-arts en mai 1914 ; il est reçu premier. Il entre dans l’atelier de Jules Coutan (1848-1939). Hélas, la guerre éclate et il est mobilisé dès le 2 août. Le 21 mars 1916, il est blessé et fait prisonnier à Verdun. Libéré en octobre 1919, il reprend avec fougue ses études : en 1921, il remporte le grand prix de Rome avec Les Fiançailles (bas-relief plâtre, Ensba).

Élie-Jean Vézien, Les Fiançailles, bas-relief plâtre, 1921
Photographie, collection personnelle

Cette même année, il débute au Salon des artistes français qu’il fréquente jusqu’en 1937. Il y glane plusieurs récompenses : mention honorable en 1921 (Le Printemps, bas-relief plâtre devant décorer une fontaine), médaille d’argent en 1924 (L’Éveil, haut-relief décoratif) et médaille d’or en 1930 (Fille d’Ève, statue marbre, et Vierge accueillante, groupe marbre, Ossuaire de Douaumont). Il obtient une autre médaille d’or lors de l’Exposition internationale de Paris en 1937 (Nu au turban).

Élie-Jean Vézien, Le Printemps, bas-relief plâtre, 1921
Carte postale

Élie-Jean Vézien, L’Éveil, haut-relief décoratif, 1924
Photographie, collection personnelle

Élie-Jean Vézien,
Fille d’Ève, statue marbre, 1930
Carte postale

Élie-Jean Vézien devant le plâtre du Nu au turban, photographie, 1937
Collection personnelle

Par ailleurs, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1935. Sa carrière connaît un formidable essor dans l’entre-deux-guerres, tant en France (décor de la chapelle de l’ossuaire de Douaumont (1930) ; sculptures pour l’église Saint-Antoine de Padoue à Paris (1936) ; La Peinture pour le palais de Chaillot (1937) ; monuments à Gustave Ganay (1938), à Alexandre Ier de Yougoslavie et Louis Barthou (1938) et de Pierre Antoine Berryer (1947) pour Marseille ; statue du Bailli de Suffren pour Saint-Cannat…) qu’à l’étranger (statues du Cardinal de Lavigerie pour Tunis et Alger ; buste de Champlain pour Port-Champlain au Canada ; chemins de croix pour l’école des Frères d’Alexandrie en Égypte et pour l’Institut catholique de Rome ; Le Jugement de Paris installé en 1935 au bord d’une piscine de Los Angeles…). Après la Deuxième Guerre mondiale, il participe à la reconstruction de Marseille, notamment autour du Vieux-Port (Neptune calmant les flots pour un immeuble construit au 70 rue Caisserie, 2e arrondissement, par Jean Crozet, 1909-1986).

Élie-Jean Vézien, Vierge accueillante, groupe marbre, 1930
Ossuaire de Douaumont (Meuse) – carte postale

Élie-Jean Vézien, Saint Joseph et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, statues  pierre, 1936
Église Saint-Antoine de Padoue, Paris – cartes postales

Élie-Jean Vézien, La Peinture, relief pierre, 1937
Palais de Chaillot, Paris

Élie-Jean Vézien, Le Cardinal de Lavigerie, modèle plâtre, 1925
Musée de Saint-Jean-de-Latran, Rome - photographie, collection personnelle

Élie-Jean Vézien, Le Jugement de Paris (dernier envoi de Rome), statue marbre, 1926
Los Angeles, USA - photographie, collection personnelle

Élie-Jean Vézien, Neptune calmant les flots, dessin, vers 1950
Académie de Marseille

Élie-Jean Vézien, Neptune calmant les flots, relief en glaise, vers 1950
photographie retouchée, collection personnelle

S’il maîtrise l’art le plus monumental comme pour La Source, une figure de 8m de hauteur décorant la façade du pavillon de la France à l’exposition internationale de Liège en 1939, il se révèle aussi excellent médailleur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il remporte le concours national des nouvelles monnaies de l’État (pièces de 10 et 20 francs). On lui doit en outre de nombreuses médailles telles que les professeurs Cornil, Tian ou Roger, Le Débarquement des alliés à Saint-Tropez, La Provence ou encore La Fondation de Marseille, médaille d’honneur de la cité phocéenne.

Élie-Jean Vézien, 10 francs (avers et revers), pièce, 1941

Élie-Jean Vézien, La Fondation de Marseille (avers et revers), médaille bronze

Enfin, il se consacre à l’enseignement : professeur de sculpture à l’école des beaux-arts de Marseille, il exerce les fonctions de directeur de 1942 à 1961 puis, à partir de 1962, de directeur honoraire. Depuis 1943, il occupe le siège laissé vacant par le décès de Constant Roux (1865-1942) à l’Académie de Marseille. Il est également membre correspondant de l’Institut ainsi que président d’honneur de l’Union des artistes de Provence et vice-président de la revue Arts et Livres de Provence.

vendredi 9 septembre 2022

Bruno Catalano au musée subaquatique de Marseille

Lundi 5 septembre 2022, une dixième sculpture a enrichi le musée subaquatique de Marseille à l’occasion de son deuxième anniversaire. La statue, intitulée Pierre David, est l’œuvre de Bruno Catalano (né en 1960 – Cf. notice du 3 juin 2021). Elle appartient à la série des Voyageurs, ces personnages tronqués attendant avec leurs bagages un hypothétique moyen de transport. Compte tenu de son lieu d’exposition, elle n’a pas été réalisée en bronze mais en ciment marin : elle a été immergée à cinq mètres de profondeur, à une centaine de mètres au large de la plage des Catalans (7e arrondissement), afin d’être visible depuis la surface ou en plongée.

Bruno Catalano, Pierre David (peu avant son immersion), ciment marin, 2022
© photographie Mélanie Frey

Immersion et installation du Pierre David de Bruno Catalano
© photographies G.Ruoppolo/ Wallis.fr / MSM

Avec ses devancières, la statue constitue un récif artificiel et une aire d’expansion pour les organismes vivants car l’un des objectifs du musée est la préservation de la biologie marine. C’est donc une œuvre évolutive qui va peu à peu se recouvrir d’algues et de concrétions.

dimanche 28 août 2022

Ferdinand Faivre

Depuis la disparition de mon précédent blog, je me suis rendu compte que je n’avais pas encore parlé de Ferdinand Faivre. Je donne aujourd’hui la notice enrichie que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

Ferdinand Faivre dans son atelier, photographie anonyme
Collection personnelle

Faivre Marie Antoine Ferdinand (Marseille, 8 octobre 1860 – Montrouge, Hauts-de-Seine, 19 août 1937), sculpteur
Il est l’élève de l’école des beaux-arts de Marseille puis de Jules Cavelier (1814-1894), Ernest Barrias (1841-1905) et André Allar (1845-1926) à l’école supérieure nationale des beaux-arts de Paris. Il participe assidument au Salon des artistes français de 1882 à 1924 où il obtient quelques succès : mention honorable en 1889 (L’Enfance de Bacchus, n°4344, groupe plâtre), médaille de 3e classe et bourse de voyage en 1892 (Derniers jeux, n°2562, statue plâtre et Mme Mewès, n°3219, médaillon argent), médaille de 2e classe en 1899 (La Délivrance, n°3441, groupe plâtre et L’Enfance de Bacchus, n°3442, groupe bronze). Il est également récompensé lors des expositions universelles de Lyon (1894, médaille d’argent) et de Paris (1900, médaille de bronze). En outre, il est fait officier de l’Instruction publique.

Ferdinand Faivre, L’Enfance de Bacchus, groupe plâtre, Salon de 1889 (n°4344)

Ferdinand Faivre, Jeunesse, statue bronze, Salon de 1893 (n°2835)

Ferdinand Faivre, Psyché exposée sur le rocher, groupe plâtre, Salon de 1897 (n°2925)

Ferdinand Faivre, Vénus naissante, statue plâtre, Salon de 1914 (n°3763)

Ferdinand Faivre, La Jeune fille et l’Amour, groupe marbre, Salon de 1920 (n°3057)

Il réalise une importante production de bustes et de décors monumentaux : groupes décoratifs de la banque de Zurich ; le fronton du Crédit Foncier de France ; La Haute et la Basse Égypte du musée des Antiquités du Caire construit par le Marseillais Marcel Dourgnon (1858-1911) dont il a portraituré l’épouse en 1894 ; L’Art et La Poésie pour la demeure de M. Soto y Calvo à Buenos Aires…

Ferdinand Faivre, Sabine Dourgnon, buste plâtre, Salon de 1894 (n°3070)

Ferdinand Faivre, La Haute et la Basse Égypte, bas-reliefs, vers 1900-1902

Ferdinand Faivre, L’Art, bas-relief pierre, Salon de 1913 (n°3456)

Ferdinand Faivre, La Poésie, bas-relief pierre, Salon de 1913 (n°3457)

Il est surtout très proche de l’architecte alsacien Charles Mewès (1858-1914). Il collabore à ses principaux chantiers : statue de L’Abondance pour l’hôtel Ritz de Paris (1897-1898) ; décors du Château Porgès à Rochefort-en-Yvelines (1896-1904) ; bas-reliefs de l’hôtel particulier de Lucien Guitry à Paris (1909 ; détruit en 1963) ; fronton du Royal Automobile Club à Londres (1908-1911). Le sculpteur réalise en outre plusieurs portraits de l’épouse de l’architecte, Jenny Mewes (1867-1897), qu’il décline dans différents matériaux et tailles.

Ferdinand Faivre, La Sphère terrestre, château de Rochefort-en-Yvelines

Ferdinand Faivre, Jenny Mewès, buste marbre, Salon de 1902 (n°2458)
Vendu aux enchères à Amsterdam le 31 octobre 2006 (lot 1240)

Ferdinand Faivre, Jenny Mewès, bustes en bronze et bronze doré
Vendus aux enchères à Amsterdam le 31 octobre 2006 (lot 1115)

Peu présent dans sa ville natale, Ferdinand Faivre est toutefois l’auteur d’une Vierge à l’Enfant en pierre, sise sur la façade d’un immeuble construit par la famille Brive en 1892 à l’angle des rues Fontange et Blanqui. L’Académie de Marseille possède le modèle en plâtre de l’œuvre qui a également fait l’objet d’une édition en bronze.

Ferdinand Faivre, Vierge à l’Enfant, groupe pierre, 1892
Angle des rues Fontange et Blanqui, 6e arrondissement

Ferdinand Faivre, Vierge à l’Enfant, groupe plâtre, vers 1892
Académie de Marseille, 40 rue Thiers, 1er arrondissement

Ferdinand Faivre, Vierge à l’Enfant, groupe bronze, vers 1892
Un exemplaire repéré sur Proantic en août 2022

Faivre s’adonne également aux arts décoratifs notamment avec une fontaine-lavabo en étain commandée par l’État le 15 avril 1897 pour 2 600 francs d’après un modèle exposé au Salon de 1896 (n°4020 ; musée des beaux-arts de Troyes). Ses statuettes ainsi que ses jardinières, ses coupes, ses vide-poches, ses surtouts sont édités par la manufacture de Sèvres, par les céramistes Émile Muller, Edmond Lachenal ou Pierre-Adrien Dalpayrat, par les bronziers Barbedienne, Thiébaut ou Siot-Decauville.

Ferdinand Faivre et Dalpayrat, Fontaine-lavabo, grès émaillé, vers 1897
Vendue à Paris le 23 avril 2021 (Million & Associés, lot 127)

Ferdinand Faivre et Muller, Premières rêveries, statue en grès, Salon de 1898 (n°3390)
Vendue à Paris le 30 Mai 2021 (Collin du Bocage, lot 293)

Ferdinand Faivre et Muller, Naïade au coquillage, statue en grès
Vendue à Paris le 25 novembre 2021 (Million & Associés, lot 183)

Ferdinand Faivre et Lachenal, La Source, vase
Repéré sur Ebay en novembre 2020

Ferdinand Faivre, Divinités marines, bronze doré, Thiébaut Frères Funmière & Cie 
Salon de 1906 (n°3082)
Vendu à Londres le 19 mai 2010 (lot 108)

Ferdinand Faivre, Surtouts de table du mariage de Mlle Krupp d’Essen, argent, 1909

Enfin, il intervient comme restaurateur au château de Versailles.

mardi 16 août 2022

La France (Antoine Bontoux sculpteur)

On trouve actuellement sur Ebay deux photographies représentant des bustes allégoriques de La France, vraisemblablement en plâtre, du sculpteur Antoine Bontoux (1805-1892).

Antoine Bontoux, La France, buste, vers 1870-1871
Photographie d’Adolphe Terris (1820-1899), avers

La première version figure une femme aux traits lourds, au regard inexpressif, coiffée d’une étoile sur ce qui ressemble à une couronne crénelée ; elle porte par ailleurs une cuirasse avec la tête de la gorgone Méduse. L’œuvre est titrée (La France) et signée (Bontoux Sc[ulpci]t)devant, sur le piédouche.

Antoine Bontoux, La France, buste, vers 1871-1872
Photographie d’A. Vidal, dédicacée par le sculpteur, avers et revers

La deuxième version, plus tardive, reprend la composition précédente tout en modifiant la coiffure. L’allégorie porte un diadème composé d’épis de blé. Des épis apparaissaient déjà dans la version précédente mais, ici, ils constituent le seul ornement de la chevelure. Cette fois, le buste n’est pas titré ; il est signé sur le côté du piédouche : Bontoux Sc[ulpci]t. La dédicace au revers permet de dater l’œuvre aux alentours de 1872.

Antoine Bontoux, La République, buste, terre cuite, 1871

La deuxième version est à rapprocher du buste de La République de type Cérès, en terre cuite, vendu aux enchères en juin 2021 (Cf. notice du 24 juin 2021). Cela permet de confirmer la datation de 1871 de cette œuvre, sans doute éditée pendant 20 ans par la tuilerie Arnaud Étienne.
Avec ces bustes allégoriques, Bontoux essaie de redonner un visage à la Nation après la chute du Second Empire et l’humiliation de la défaite de 1870 contre la Prusse.
Ce buste est peut-être celui qui est exposé à Toulon en 1873. Le Guide Exposition de Toulon 1873 (n°6, 25 mai 1873) déclare : 
« Le buste de la France de M. Bontoux est un type bien choisi, bien rendu. C’est la noblesse, la grandeur telle que l’aime notre esprit, telle que l’homme désire la voir concrétée dans la vénérable et forte abstraction qu’on nomme la Patrie. »