vendredi 22 mai 2020

Le décor sculpté, joyau de l’église Saint-Louis 4

François Carli, Reine de la Paix, plâtre, 1933
Église Saint-Louis, 20 Chemin de Saint-Louis au Rove, 15e arrondissement
© Xavier de Jauréguiberry

Par contre, l’intérieur du sanctuaire où nulle statue n’était originellement prévue s’enrichit dès son érection de deux sculptures aux styles diamétralement opposés. Dans le narthex, les fidèles sont accueillis par une Vierge à l’Enfant en plâtre intitulée Reine de la Paix. Conçue pour la cérémonie de bénédiction du terrain (15 octobre 1933), elle témoigne d’une ferveur populaire désirant placer la construction de l’église sous les meilleurs auspices. Son auteur, le sculpteur-mouleur marseillais François Carli (1872-1957), est un fervent croyant et l’organisateur d’expositions de Vierges anciennes et modernes dans son atelier de la rue Jean Roque ; il modèle ici un groupe saint-sulpicien mâtiné d’inspiration médiévale, un peu mièvre, qui tranche quelque peu avec le style de l’édifice.
De plus grande qualité est la stèle en marbre blanc du statuaire dignois Louis Botinelly (1883-1962) qui orne une niche-chapelle. L’iconographie représente Sainte Fortunée, vierge et martyre : sous Dioclétien, cette jeune chrétienne est livrée aux fauves qui – miracle ! – refusent de la toucher ; exaspérés, ses tortionnaires la font alors décapiter. Il s’agit là de la sainte patronne de la mère de madame Roche, la donatrice du terrain sur lequel a été bâti le lieu de culte. L’œuvre est donc une commande privée indépendante du reste de la construction. C’est sans aucun doute la bienfaitrice qui a imposé l’artiste, fort apprécié de la bourgeoisie et du clergé phocéen.

Louis Botinelly, Sainte Fortunée, vierge et martyre, esquisse plâtre, 1935
Collection personnelle © Laurent Noet

Botinelly inscrit son motif dans un cadre en forme de tau inversé, jouant sur deux lignes de forces, une verticale et une horizontale. L’esquisse en plâtre montre un traitement plus Art déco qui sera gommé dans la sculpture définitive : la verticalité est surlignée de part et d’autre par des décrochements décroissants.

Louis Botinelly, Sainte Fortunée, vierge et martyre, marbre, 1935
Église Saint-Louis, 20 Chemin de Saint-Louis au Rove, 15e arrondissement
© Xavier de Jauréguiberry

Le relief final s’épure pour revenir à l’essentiel : le personnage féminin, longiligne dans son drapé et tenant la palme du martyre, s’oppose à la rondeur et aux courbes du lion endormi à ses pieds. La taille du marbre, d’un lissage extrême, se détache sur un fond mosaïqué d’or comme si la sainte baignait dans la lumière divine.
En conclusion, la sculpture de Saint-Louis de Marseille atteste d’intenses dévotions. La vénération populaire et naïve de paroissiens offrant la Reine de la Paix. La piété filiale d’un généreux mécène. Le mysticisme énergique d’un curé bâtisseur. La foi, enfin, d’un statuaire audacieux et génial. Ce décor, néanmoins, ne s’arrête pas là ! Il crée une émotion forte qui touche autant le dévot que le simple visiteur. En fait, comme l’a justement senti le journaliste du Petit Marseillais, il « est l’âme qui domine et fait vivre ce monument.[1] »

Carlo Sarrabezolles, L’Assurance-vieillesse, béton, 1954
35 Rue George, 5e arrondissement
Vue de l’immeuble et du bas-relief
© Laurent Noet & Pierre-Michel Gautier

On peut regretter, dans ces conditions, l’inachèvement du programme décoratif. Cela étant, la construction de l’église constitue la genèse d’une longue amitié entre Carlo Sarrabezolles et Jean-Louis Sourdeau. Près de vingt ans plus tard, les deux hommes se retrouvent sur un autre chantier marseillais, celui des locaux de la Caisse régionale de l’Assurance Vieillesse des travailleurs salariés du Sud-Est en 1953-1954. Le sculpteur y réalise un modeste relief en béton symbolisant L’Assurance vieillesse. C’est également l’un des derniers témoignages de sculpture monumentale à Marseille avec les immeubles de la Reconstruction du Vieux-Port.


[1] J. C., « On inaugurera aujourd’hui le Christ monumental de la nouvelle église de Saint-Louis », Le Petit Marseillais, 19 avril 1935.

mardi 12 mai 2020

Le décor sculpté, joyau de l’église Saint-Louis 3

Carlo Sarrabezolles, Archange Gabriel, béton armé, 1935
20 Chemin de Saint-Louis au Rove, 15e arrondissement
© Xavier de Jauréguiberry

Mais, pour le sculpteur, le plus dur reste à venir ! Effectivement, il consacre le mois d’avril à l’exécution de la statue monumentale de 9 mètres devant couronner l’édifice, et montre ici une virtuosité technique inédite. Pour la première fois, il confronte son procédé de taille directe du béton frais à une figure en ronde-bosse. Plus de façade sur laquelle s’adosser ! De fait, il se voit contraint de concevoir une solide armature métallique, squelette indispensable pour donner à l’œuvre la forme voulue tout en supportant son poids gigantesque. Ces fers pourtant compliquent l’ébauchage, notamment par leur affleurement dans certaines zones plus graciles, telles les mains ou la couronne d’épines. À cela s’ajoutent d’autres difficultés. Sis au sommet du clocher, sur un socle n’excédant pas un mètre carré, l’archange Gabriel défie la pesanteur et le mistral : sa fusion avec le campanile doit être absolue pour assurer sa stabilité. Quant aux échafaudages, ils s’élèvent dans le vide à plus de 40 mètres de hauteur, imposant des conditions de travail très inconfortables.
Sarrabezolles surmonte toutes les contraintes. Son messager céleste, à la beauté intemporelle de la statuaire classique, possède la rigidité et verticalité d’un pilier cannelé, effet accentué par le plissé de sa toge. Ses ailes majestueuses se déploient dans son dos et pointent vers le firmament. De même, il présente à bout de bras la sainte relique, comme une offrande faite à la paroisse. Finalement, à la fin du mois de mai, Sourdeau écrit à son « cher Sarra » : « Les échafaudages de St-Louis s’enlèvent un peu à la fois et votre belle sculpture commence à être mise en valeur […] L’ange est plus beau et plus triomphal que vous ne pouviez l’espérer. »[1]
La prouesse exécutée fait du décor de Saint-Louis de Marseille le chef-d’œuvre de Carlo Sarrabezolles en matière d’art religieux et de taille directe sur béton. Le succès est indéniable. Pour autant, faute de moyens, faute d’envie peut-être malgré les promesses échangées, le programme iconographique ne sera jamais complété et les emplacements réservés sur la façade ouest resteront nus.


[1] Lettre de Jean-Louis Sourdeau à Carlo Sarrabezolles du 27 mai 1935, archives familiales Sarrabezolles- Appert, Paris.

vendredi 1 mai 2020

Le décor sculpté, joyau de l’église Saint-Louis 2

Carlo Sarrabezolles, Christ Rédempteur, esquisse, plâtre, 1934-1935
Collection Sarrabezolles-Appert

Les travaux de bouchardage débutent au mois de mars 1935. Cependant, le sculpteur a largement œuvré en amont. Il a modelé plusieurs esquisses qui fixent la composition et les attitudes des différents personnages. Il a surtout modifié la formule de son béton : ne disposant pas de sable de rivière et ne voulant pas recourir à du sable marin, il décide de mélanger un concassage minéral avec du ciment au ratio de 400 kg par mètre cube ; « Le ton obtenu est joli, distingué, et le grain aussi beau que celui d’une belle pierre. »[1]  

Échafaudage du christ rédempteur, photo, 1935
© Archives Sarrabezolles-Appert

Il s’attaque aussitôt au décor du mur sud car, dans son contrat, « Monsieur C. Sarrabezolles s’engage […] à terminer la statue du Christ le 1er avril 1935, l’exécution des bas-reliefs des anges […] suivant sans délai »[2] Il s’agit d’une concession faite à l’abbé Pourtal qui entend inaugurer le motif de la Crucifixion le vendredi saint (19 avril). La tâche est colossale et sans repentir possible : la figure du Rédempteur mesure 6,50 mètres pour une envergure de 6 mètres. Son corps, tout en tension, suggère le paroxysme de la souffrance au moment du dernier soupir. Les yeux clos, sa tête ploie sur l’épaule droite ; cette position d’abandon offre à la vue un visage serein. Ses mains, enfin, sont ouvertes en signe de pardon et de bénédiction. Sous la croix, la légende justifie ce sacrifice : L’amour est plus fort que la mort.

Carlo Sarrabezolles taillant le visage du Christ Rédempteur, photo, 1935
 © Archives Sarrabezolles-Appert

Carlo Sarrabezolles et ses aides taillant le visage du Christ Rédempteur, photo, 1935
 © Archives Sarrabezolles-Appert

Sarrabezolles, secondé par des aides, mène de front toutes les parties du Christ, bien que la tête qui l’attire inexorablement bénéficie d’une attention intense. Son traitement ample, à la fois stylisé et fidèle anatomiquement, ne se perd pas dans les détails invisibles depuis le sol. Finalement, il peut déclarer : « Après trois semaines de travail, je pense avoir fait une bonne mise en place du corps ; le jeu des lumières et des ombres se répercute comme il sied dans cette première, décisive et je dirai fatale ébauche. »[3]

Carlo Sarrabezolles taillant les anges adorateurs
Photo publiée dans La Croisade, n°4, avril 1935, p.3

Dans le même temps, il sculpte en faible relief les panneaux latéraux de 2,30 mètres de haut sur 4 mètres de long. Chacun accueille deux anges de profil, tournés vers la croix ; agenouillés et les mains jointes, ils sont en adoration devant le martyre du Sauveur. Ils ne diffèrent guère les uns des autres, sinon par d’infimes détails de leurs coiffures : leur rôle n’est pas de détourner le regard de la scène principale. Au contraire, le dessin de leurs drapés et des plumes de leurs ailes forme comme un halo diffusant la lumière du Christ.

Carlo Sarrabezolles, Christ Rédempteur et anges adorateurs, béton, 1935
20 Chemin de Saint-Louis au Rove, 15e arrondissement
© Xavier de Jauréguiberry

L’abbé Pourtal se montre plus que séduit, formulant alors un vœu pour l’archange du clocher : « Puisse-t-il être aussi beau que ses petits frères de la façade ! »[4] Au demeurant, son avis est unanimement partagé. Lors de l’inauguration, le décor suscite moult éloges, tel celui d’un journaliste du Petit Marseillais : « Saint-Louis pourra s’enorgueillir de posséder un des plus caractéristiques monuments de l’art religieux moderne. »[5] Et l’engouement ne retombe pas ainsi que le constate l’architecte Sourdeau : « L’ensemble du Christ et des anges en adoration continue à soulever l’admiration de tous les visiteurs. »[6]


[1] Antony Goissaud, « Église Saint-Louis à Marseille-Banlieue », La construction moderne, n°42, 19 juillet 1936, p.856.
[2] Contrat pour les sculptures dans le béton armé de l’église St-Louis, banlieue à Marseille, 12 février 1935, archives familiales Sarrabezolles-Appert, Paris.
[3] Carlo Sarrabezolles, « Aux lecteurs de ‘’La Croisade’’ il livre sa pensée », La Croisade, n°4, avril 1935, p.3. L’article est republié dans La Croisade, n°10, novembre 1935, p.24-25.
[4] Lettre de l’abbé Pourtal à Carlo Sarrabezolles du 20 mars 1935, archives familiales Sarrabezolles-Appert, Paris.
[5] J. C., « On inaugurera aujourd’hui le Christ monumental de la nouvelle église de Saint-Louis », Le Petit Marseillais, 19 avril 1935.
[6] Lettre de Jean-Louis Sourdeau à Carlo Sarrabezolles du 27 mai 1935, archives familiales Sarrabezolles-Appert, Paris.

vendredi 24 avril 2020

Le décor sculpté, joyau de l’église Saint-Louis 1

Église Saint-Louis de Marseille vue du cimetière
© Xavier de Jauréguiberry

Si l’église Saint-Louis de Marseille conserve aujourd’hui encore une certaine aura dans l’histoire de l’architecture, elle le doit en grande partie à son décor statuaire. Pourtant le pari n’était pas gagné d’avance : la sculpture est un art somptuaire onéreux, difficilement accessible à une paroisse populaire ne disposant que d’un budget modeste. Cela dit, l’abbé Pourtal nourrit de grandes ambitions pour l’édification de son sanctuaire et charge Jean-Louis Sourdeau[1] (1889-1976) de résoudre cette équation quasi impossible. L’architecte sollicite alors, au début de 1934, le sculpteur toulousain Carlo Sarrabezolles (1888-1971).
C’est l’artiste providentiel ! Lui seul peut répondre aux désirs décoratifs du commanditaire. En effet, Sarrabezolles est l’inventeur d’un procédé permettant une réalisation rapide et à moindre coût d’œuvres monumentales : la taille directe dans le béton frais. Il expérimente cette technique sur le campanile de l’église de Villemomble (Seine-Saint-Denis), érigé en 1926 par l’architecte marseillais Paul Tournon (1881-1964). […]
Le talent et la renommée de Sarrabezolles flattent l’abbé Pourtal qui, avec son architecte, a élaboré un programme iconographique riche pour les façades sud et ouest de l’église. Sur la première, le curé souhaite un majestueux Christ Rédempteur crucifié ; puis, après discussion avec l’artiste, il enrichit le décor d’une frise d’anges adorateurs de part et d’autre de la croix. Sur la seconde, il imagine l’effigie ainsi qu’une scène de la vie du roi de France Saint Louis comme un écho au vocable du lieu de culte et du quartier. Enfin, pour tisser un lien entre les deux façades, une statue-flèche doit couronner le clocher ; elle figure l’archange Gabriel brandissant la Couronne d’Épines, la plus sacrée des reliques de la Passion acquise par Louis IX. Toutefois, le projet apparaît d’emblée trop ambitieux pour le budget alloué à la construction de l’édifice. Aussi est-il rapidement décidé non pas d’abandonner l’ornementation du mur occidental mais de la repousser à une date ultérieure. Un grand cadre en réserve sera donc laissé vide dans l’attente de jours meilleurs.

Carlo Sarrabezolles, esquisse au 1/20e du Christ Rédempteur et des anges adorateurs
Publiée dans Les Églises de France illustrées, n°4, avril 1935, p. 26

Carlo Sarrabezolles, maquette en plâtre de l’église Saint-Louis
Archives privées

De prime abord, le sculpteur se montre enthousiaste. Néanmoins, de vives tensions surgissent bientôt avec le commanditaire qui tente de lui imposer plusieurs clauses difficilement acceptables. Excédé, Sarrabezolles lui écrit le 17 juillet 1934 : « Cher Monsieur le Curé, les conditions que vous me faites sont trop écrasantes pour que je puisse les accueillir. »[2] Déjà, le 12 juin 1934, il avait accepté de réduire ses émoluments à 50 000 francs pour un travail qu’il facturerait 130 000 francs à une municipalité ou à l’État. Cette concession ne tient qu’à la promesse expresse de lui confier dès que possible la réalisation de la façade ouest. Non content de ce rabais conséquent, l’abbé Pourtal désire que l’artiste endosse en plus les dépenses d’échafaudage, de bâchage, de coffrage, de coulage et de décoffrage qui relèvent normalement des frais de l’entreprise générale. En outre, il demande des facilités de paiement, notamment de régler la deuxième moitié du salaire en dix annuités aux intérêts de 5 %, ce qui reviendrait à lui verser une rente annuelle ridicule.
« Vous ne pouvez pas avoir, Monsieur le Curé, la qualité pour rien. Or moi, au prix de cinquante mille francs, c’est presque pour rien que, poussé par de hauts sentiments, je vous ai offert de tailler dans le béton de votre église.
Réfléchissez qualitativement et non quantitativement et pensez que, pour honorer Dieu, il faut commencer par lui offrir un petit commencement de tribut pécuniaire lorsque l’artiste, lui, ne demande pas du gâteau mais du simple pain sec »[3].
Finalement, l’architecte intervient pour raisonner le religieux et obtient gain de cause comme il l’écrit au statuaire le 26 juillet 1934 : « Votre talent a pesé dans la balance de son juste poids et a remporté la décision. »[4] Ceci dit, ce n’est que le 12 février 1935 que le curé de l’église Saint-Louis et l’artiste signent un contrat de gré à gré pour la réalisation des sculptures. Les clauses litigieuses sont évoquées : Sarrabezolles obtient l’assurance d’exécuter ultérieurement la décoration de la façade ouest et se voit dégagé des frais ne relevant pas directement de son art. Quant aux acomptes de sa rémunération, ils sont clairement définis : il touchera 15 000 francs à son arrivée sur le chantier, 10 000 francs à l’achèvement total des œuvres et 25 000 francs dans les douze mois suivant à raison de 6 250 francs par trimestre.


[1] Natif du Nord (Ligny, près de Cambrai), Jean-Louis Sourdeau s’installe à Marseille en 1928.
[2] Brouillon de lettre de Carlo Sarrabezolles à l’abbé Pourtal du 17 juillet 1934, archives familiales Sarrabezolles-Appert, Paris.
[3] Ibid.
[4] Lettre de Jean-Louis Sourdeau à Carlo Sarrabezolles du 26 juillet 1934, archives familiales Sarrabezolles-Appert, Paris.

vendredi 17 avril 2020

Publication

En 2012, Jean-Claude Gautier a réuni autour de lui une équipe d’historiens et d’historiens de l’art pour publier un ouvrage consacré à l’église Saint-Louis de Marseille. L’édifice, érigé en 1935 dans un quartier populaire du 15e arrondissement, est un chef-d’œuvre de l’architecture religieuse du XXe siècle.
Ce fut cependant un parcours du combattant pour l’initiateur du projet. Les vicissitudes furent nombreuses : difficultés de trouver certains spécialistes, abandons d’auteurs en cours de route, changements d’éditeurs… Finalement, au bout de huit longues années, l’ouvrage est achevé grâce au travail de graphiste-maquettiste de Vincent Hanrot et à l'association MALTAE (Mémoire à Lire Territoire à l'écoute) qui en est l’éditrice.
Une présentation au public et à la presse avait été programmée pour le 4 avril dernier. Malheureusement, la crise sanitaire du corona virus retarde encore l’événement de quelques mois ! Qu’à cela ne tienne ! J’ai décidé de vous présenter le livre en avant-première : aujourd’hui la couverture et le sommaire ; plus tard, mon article sur le décor sculpté de l’église.

L’église Saint-Louis de Marseille. Une mémoire en devenir
Couverture

Sommaire
            p.7       Préface (Claude Massu)
            p.11     Une mémoire en devenir (Jean-Claude Gautier)
             
Fondation, chantier & environnement
            p.23     Récit de fondation (Christine Breton)
p.35     Des industries et des hommes (Samia Chabani, Anaëlle Chauvet & Marina Sanchez)
            p.45     Un témoignage photographique remarquable (Sophie Audibert)
            p.47     Années 30, à Marseille, une église conformiste ? (Robert Maumet)

            Architecture 
            p.63     L’église Saint-Louis, expression du siècle (Ève Roy)
            p.81     Constructeurs et matériaux (Jean-Claude Gautier)

            Programme décoratif
            p.85     Le décor sculpté, joyau de l’église Saint-Louis (Laurent Noet)
            p.97     Le pavé de verre, une technique au service de l’art et de l’architecture (Christine Blanchet)
            p.105   Le luminaire-lustre en forme de couronne d’épine (Georges Tortel)
            p.107   En suivant le chemin de croix de Jac Martin-Ferrières (Jean-Claude Gautier & Robert Maumet)
            p.121   La restauration des fresques du chemin de croix (Laure Van Ysendyck)

            Annexes
            p.127   Bibliographie sélective
            p.128   Remerciements & crédits iconographiques

mercredi 8 avril 2020

Marius Barneaud

Voici une nouvelle notice actualisée du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

Barneaud François Marie, dit Marius (Marseille, 16 avril 1829 – ?)
Actif à Marseille entre 1863 et 1876 (cf. Indicateur marseillais), il expose entre 1865 et 1869 aux expositions de la Société artistique des Bouches-du-Rhône : L’Enlèvement (bas-relief, n°343 bis, 1865), Le roi David (statuette en bronze doré, n°339, 1866), L’homme au fil de plomb (plâtre, n°379, 1867), Vierge à l’Enfant (n°381, 1869).

Marius Barneaud, Charlemagne, buste, pierre de Calissanne, 1870
Palais des Arts, place Carli, 1er arrondissement

Le 18 octobre 1867, Marius Barneaud est retenu dans la liste des sculpteurs appelés au décor de l’École des Beaux-Arts – Bibliothèque (aujourd’hui Palais des Arts) érigée par Henry Espérandieu (1829-1874). La Ville lui commande un médaillon en plâtre pour l’escalier, moyennant 500 francs, ainsi qu’un buste en pierre de Calissanne, figurant Charlemagne, pour la façade, moyennant 1500 francs. Le modèle en plâtre de son Charlemagne est d’ailleurs exposé à l’exposition de la Société artistique des Bouches-du-Rhône de 1867 (n°380). La version en pierre est réceptionnée par l’architecte le 1er août 1870.

Marius Barnaud, Cariatides, pierre
64 avenue du Prado, 8e arrondissement

Il travaille également pour la clientèle privée. Il est notamment l’auteur de deux cariatides dont les jambes se transforment en rinceaux feuillagés pour un immeuble cossu du Prado.
Enfin, il disparaît de l’Indicateur marseillais en 1877, sans savoir s’il a déménagé dans une autre ville ou s’il est décédé.

dimanche 22 mars 2020

Francis Warrain

J’ai vu dernièrement en vente une œuvre et une photographie du sculpteur marseillais Francis Warrain dans son atelier. C’est l’occasion pour moi d’étoffer la notice que je lui avais consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur : en effet, je n’y parlais que de son activité de sculpteur ce qui, au vu de mes connaissances actuelles, s’avère trop réducteur.

Francis Warrain dans son atelier de sculpture, photographie, vers 1900
L’artiste est entouré de moulages ; seule la statuette en terre
sur la sellette à sa gauche semble de sa main.
En vente actuellement sur Ebay pour 65 €

Warrain Francis (Marseille, 10 octobre 1867 – Vasouy, Calvados, 24 février 1940), sculpteur
Il prépare le concours de la Cour des Comptes avant de se tourner vers la sculpture. Élève de Louis Noël (1839-1925) à Paris, il expose au Salon de la Société des artistes français entre 1901 et 1923 : M. de B… (buste marbre, 1901), Mme X… (médaillon marbre, 1902), Brünhild (statue marbre, 1903 – musée des beaux-arts de Marseille), Tête d’ascète (plâtre, 1906), Sainte Cécile et les anges (petit groupe bronze, 1923 – église de Pennedepie, Calvados). Il participe également aux expositions de la Société nationale des beaux-arts : Étude pour une Freia [sic] (bronze) et Tête de jeune fille (1907), Harpiste (statue plâtre, 1908). Par contre, il se fait rare dans sa ville natale : Freya (statuette bronze, Exposition coloniale, 1906). Il est, par ailleurs, l’auteur de la statue de Pierre Berthelot qui orne l’Église Sainte-Catherine de Honfleur.

Francis Warrain, Mme X…, médaillon marbre (D. 25 cm), 1902
En vente actuellement chez un antiquaire de Rennes (La Botte Dorée) pour 690 €

Francis Warrain, Harpiste, statue plâtre, photographie, 1908

Ceci étant, il convient d’ajouter que Francis Warrain appartient à la haute-bourgeoisie marseillaise à l’instar de Charles Delanglade (1870-1952) avec lequel il partage l’amour de la musique wagnérienne[1] et auquel il est apparenté : sa cousine germaine Marie Warrain (1874-1936) est en effet l’épouse du médecin Édouard Delanglade (1868-1917), frère de Charles. Francis Warrain épouse le 12 avril 1888 Alix Baillehache-Lamotte (1866-1943), issue de la noblesse normande. Par sa femme, il devient châtelain du Val-La-Reine, à Vasouy, et se consacre à la mise en valeur de la culture normande.
Parallèlement, son goût pour l’art et l’esthétique le conduit bientôt à la philosophie, puis à la métaphysique et aux mathématiques auxquelles il consacre plusieurs ouvrages. Enfin, engagé volontaire en octobre 1914, il part au front avec le grade de lieutenant et finit la guerre capitaine, honoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur.


[1] Plusieurs sculptures en témoignent comme Brünhild ou Freya.