dimanche 5 septembre 2021

La préfecture des Bouches-du-Rhône. 22 ans d'art et d'histoire(s)

Le 16 septembre prochain sort mon prochain livre. Il s’agit d’un ouvrage collectif que j’ai coordonné intitulé La préfecture des Bouches-du-Rhône. 220 ans d’art et d’histoire(s). Il retrace la grande histoire comme les événements anecdotiques de l’administration départementale et de ses locaux.

La préfecture des Bouches-du-Rhône
220 d’art et d’histoire(s)
Couverture, 4e de couverture et sommaire

Le livre sera disponible à l’achat lors des visites de la préfecture pendant les Journées européennes du patrimoine (samedi 18 et dimanche 19 septembre). Quant à moi, avec mes camarades guides et coauteurs, j’aurai le plaisir de vous piloter dans les salons d’apparat, les chambres impériales, les appartements et le bureau du préfet.

jeudi 26 août 2021

Gyptis et Ophélie (Lucy + Jorge Orta sculpteurs)

Dans la programmation de Marseille-Provence 2013 – capitale européenne de la culture, plusieurs projets sculpturaux ont vu le jour. J’ai déjà parlé des Rendez-vous au(x) David(s) (cf. notice du 30 juillet 2021) ; aujourd’hui, j’ai décidé de présenter Le Chemin des fées – et plus particulièrement la statue d’Ondine – du Studio Orta.
Il s’agit d’une initiative conjointe des Nouveaux commanditaires de la Fondation de France et de l’association Rives et Cultures qui anime la vie culturelle de la vallée de l’Huveaune. La commande est passée à un couple d’artistes internationaux alors installé à Paris, Lucy (née en 1966 à Sutton Coldfield, Royaume-Uni) et Jorge Orta (en 1953 à Rosario, Argentine). Ceux-ci fondent en 1992 le Studio Orta et signent leurs œuvres  Lucy + Jorge Orta.
Le Chemin des fées constitue un parcours de cinq sculptures disséminées le long de l’Huveaune, petit fleuve côtier se jetant dans la Méditerranée à Marseille. Ces statues féminines représentent des génies protecteurs de la nature contemporains inspirés par les légendes et les récits locaux. On trouve ainsi Marie, la fée de la source, à Saint-Zacharie ; Ubelka, la fée du pont, à Auriol ; Manon, la fée des berges, à Aubagne. Quant à la cité phocéenne, elle accueille deux figures pour la fin du parcours.

Lucy + Jorge Orta, Gyptis, aluminium polychrome, 2012
Anciennement dans le Parc du vieux moulin, 75 Traverse de la Roue, 10e arrondissement

La première des fées marseillaise s’appelle Gyptis. Elle évoque la fondation de Marseille, née de l’union de la princesse celto-ligure Gyptis et du navigateur grec Protis. Les sculpteurs Lucy + Jorge Orta en ont fait un symbole d’accueil et de fraternité. La statue apparaît impassible et sereine en attendant l’arrivée de ses hôtes. Par ailleurs, dans le cycle de l’eau, elle est associée à la condensation, quand la vapeur d’eau devient rosée.
Cette sculpture est la première à être érigée sur les berges du cours d’eau. Elle est inaugurée le 13 octobre 2012, à l’occasion de la Fête de l’Huveaune. Malheureusement, elle est volée dans la nuit du 26 au 27 mai 2014. Un appel aux dons a été lancé dans la foulée pour financer une nouvelle fonte de la figure d’aluminium. J’avoue ne pas avoir eu le courage de me rendre à Saint-Loup pour voir si elle avait retrouvé sa place ; j’en doute cependant.

Lucy + Jorge Orta, Ophélie, aluminium polychrome, 2013
Parc Borély, 8e arrondissement

La dernière fée, celle du lac, se nomme Ophélie. Elle renvoie au mythe d’Ophélie, héroïne du Hamlet (1603) de William Shakespeare (1564-1616). Ici, la jeune femme ni ne sombre dans la folie, ni ne se noie ; sensible à la pollution, elle se penche sur les eaux lacustres comme pour les purifier avant qu’elles ne s’écoulent vers la Méditerranée. Dans le cycle de l’eau, elle représente l’évaporation. De fait, elle incarne également un retour aux origines : l’eau chauffée par le soleil s’évapore pour retomber plus tard en pluie et former de nouvelles rivières.

jeudi 19 août 2021

Couronnement du palais de la Bourse (Armand Toussaint sculpteur)

Le 11 août 1857, la Chambre de Commerce entérine le choix des sculpteurs devant décorer le palais de la Bourse construit par Pascal Coste (1787-1879). Le Parisien Armand Toussaint (1806-1862) reçoit une commande globale de 38 000 francs, répartie comme il suit : 25 000 francs pour la réalisation de la frise sise derrière la colonnade (cf. notice du 3 décembre 2018 – L’imaginaire du Canal de Suez dans la sculpture marseillaise 1) et 13 000 francs pour le couronnement de l’attique.

Armand Toussaint, Poséidon et Amphitrite, fronton, pierre, 1860
Palais de la Bourse, 9 La Canebière, 1er arrondissement

Toussaint commence le chantier par les figures du couronnement de l’attique, soit un fronton (Poséidon et Amphitrite dit aussi L’Océan et la Mer) et deux acrotères (Amours). Ses praticiens travaillent sur place à partir de mai 1859 ; le sculpteur, lui, descend à Marseille le 5 septembre et achève le couronnement le 9. Toutefois, il ne signe et date ses œuvres à l’extrême fin du chantier : A. Toussaint 1860.

Armand Toussaint et Félix Guis, Amour, acrotère, pierre et béton, 1860/vers 1945-1950
Palais de la Bourse, 9 La Canebière, 1er arrondissement

En août 1944, alors que Marseille se libère du joug nazi, plusieurs obus endommagent le palais de la Bourse, notamment les Amours des acrotères. La Chambre de Commerce sollicite le sculpteur Félix Guis (1887-1972) pour restaurer les deux sculptures… sans doute dans l’urgence au vu de la méthode employée. L’Amour de droite, défiguré, est affublé d’un masque en béton aux traits figés, voire grotesques, loin de la joliesse que Toussaint apporte à ses putti.

Armand Toussaint, La Force, pierre, 1857
Palais du Louvre, aile Daru, Paris

Le sort de l’Amour de gauche est pire. Les obus l’ont trop abimé pour que Guis puisse réemployer quoi que ce soit. Il réinterprète donc le motif original dans la pierre ou le béton. Le rendu tranche par un aspect massif (visage inexpressif, ailes épaisses, anatomie simplifiée, attitude raide) caractéristique du XXe siècle. La nouvelle sculpture est replacée sur son acrotère qui conserve les traces de la signature de Toussaint. Désormais, la signature de Félix Guis rappelle, à qui sait la découvrir, l’histoire mouvementée de ce décor.

Félix Guis, Amour, acrotère, pierre ou béton, vers 1945-1950
Palais de la Bourse, 9 La Canebière, 1er arrondissement

mercredi 11 août 2021

Pouce (César sculpteur)

César Baldaccini, dit César (1921-1998), travaille sur le thème du pouce dès le milieu des années 1960 : il en présente un, agrandi, pour la première fois en 1965. En 1988, il réalise un Pouce en bronze doré – même si la patine doré tend aujourd’hui à s’estomper – d’une hauteur de six mètres et pesant plus de quatre tonnes ; celui-ci est envoyé en Corée pour être présenté au Parc des Olympiades de Séoul.
Ce même Pouce est ensuite exposé à la Vieille Charité, en 1993, lors d’une rétrospective de l’œuvre de César. Lors de l’ouverture du MAC (Musée d’Art Contemporain de Marseille) en 1994, il trouve enfin sa place définitive dans le paysage urbain marseillais, au milieu du rond-point Pierre Guerre, à seulement vingt mètres dudit musée.

César, Pouce, bronze, 1988
Rond-point Pierre Guerre, 8e arrondissement

Il existe trois autres exemplaires de cette taille, un à Séoul, un au Plessis-Robinson et un troisième qui a été acheté aux enchères par un particulier en 2007 (1 200 000 €). Il existe également une version de douze mètres installée place Carpeaux, à la Défense. Enfin, on trouve des versions plus petites notamment dans le hall d’entrée d’Acropolis (le palais des Congrès de Nice) ou dans le MAC lui-même.

vendredi 30 juillet 2021

Rendez-vous au(x) David(s)

Dans le cadre de Marseille-Provence capitale européenne de la culture (2013), la mairie des 6e et 8e arrondissements a lancé un concours de « David » – déclinaison de la copie du héros biblique de Michel-Ange (1475-1564) offerte aux Marseillais par Jules Cantini (1826-1916) – aux jeunes diplômés de l’école des beaux-arts de Marseille et à quelques artistes confirmés. Treize œuvres, pour faire écho à 2013, sont finalement retenues – Je ne sais comment le comité organisateur a choisi les lauréats, mais certaines sculptures sont clairement hors sujet ! – et érigés le 4e secteur.

Boris Chouvellon, Crack Concrete, béton, 2013
Route de la Marronaise, Les Goudes, 8e arrondissement 

Une seule statue de cet ensemble se trouve toujours in situ : Crack Concrete de Boris Chouvellon (né en 1980). Cet artiste plasticien, sculpteur, photographe et vidéaste qui partage son temps entre Paris et Marseille a eu en 2011 les honneurs d’une exposition monographique au MAC (Musée d’Art Contemporain de Marseille, 69 avenue d’Haifa, 8e arrondissement). Pour la manifestation, il redessine en creux la silhouette du David dans un bloc de béton armé. L’œuvre est inaugurée le 7 février 2013.

Les autres David ont quitté leur emplacement éphémère à la fin de Marseille-Provence capitale européenne de la culture. Ils ont alors été regroupés dans le parc de Bagatelle, la mairie des 6e et 8e arrondissements. Enfin, « entassés » serait plutôt le mot juste car, à une exception près, ils ne sont guère mis en valeur à l’arrière de la bastide !

Dominika Griesgraber, Convergence, technique mixte, 2013
Parc de Bagatelle, 8e arrondissement

La mieux lotie est assurément Dominika Griesgraber (née en Pologne en 1970) : sa sculpture Convergence, autrefois érigée au rond-point Espace Borély (inauguration le 27 janvier 2013), est aujourd’hui placée devant la mairie. L’artiste s’est concentrée sur la tête du David, traitée apparemment en fibre de verre et plexiglas. Elle se focalise sur la convergence entre l’intellect matérialisé par l’œil sculptural et l’instinct symbolisé par la main droite toute en transparence. Par ailleurs, le plexiglas reflète les Marseillais, les poussant à s’interroger sur eux-mêmes.

Luco Cormerais, Conversation, métal, 2013
Place Félix Baret, 6e arrondissement, 2013

Luco Cormerais, Conversation, métal, 2013
Parc de Bagatelle, 8e arrondissement

Luco Cormerais (né en ?) imagine une Conversation formée d’un face à face de deux profils stylisés du David en métal bleu phocéen. La sculpture représente le dialogue entre les hommes, symbole de paix. Elle a été inaugurée 1er février 2013 sur la place Félix Baret (6e arrondissement) avant de rejoindre Bagatelle.

Christophe Pérez, Centon, béton, 2013
Parc de Bagatelle, 8e arrondissement

Christophe Pérez (né en 1973) utilise le marcottage – le remploi de formes préexistantes – en assemblant différentes parties de corps moulés de Marseillais s’appelant David afin de recomposer le David de Michel‐Ange. Le choix du béton renvoie autant au Modulor du Corbusier (1887-1965) qu’aux rocailleurs ; son aspect brut de décoffrage fait écho à la personnalité des Phocéens. L’œuvre fut inaugurée sur la plage du Prado le 8 février 2013.

mardi 20 juillet 2021

David (copie d’après Michel-Ange)

Le richissime marbrier Jules Cantini (1826-1916) exploite des carrières de pierres, de marbres et d’onyx tout autour du bassin méditerranéen. Sa réussite professionnelle l’incite à se faire mécène et à élever l’âme de ses concitoyens par l’art. Dans cette optique, il offre à la ville de Marseille une fontaine monumentale et plusieurs copies en marbre blanc de chefs-d’œuvre de la sculpture.

Ateliers Jules Cantini, David, marbre blanc, 1913
Rond-point de la Plage, 8e arrondissement

Ainsi fait-il don d’une statue colossale (5,5 m de haut) d’après le David (1501-1504) de Michel-Ange Buonarroti (1475-1564), taillée dans ses ateliers de Carrare. Le conseil municipal accepte le don par délibération du 19 septembre 1913. La sculpture est destinée au musée des beaux-arts, au palais Longchamp.

Ateliers Jules Cantini, David, modèle plâtre, 1912-1913
Conservatoire de musique, place Carli, 1er arrondissement
Photo ancienne et photo contemporaine (© David Coquille)

Quant au modèle en plâtre, il est déposé à l’école des beaux-arts (aujourd’hui conservatoire de musique), place Carli. Dans les deux cas, le chef-d’œuvre de la Renaissance italienne doit stimuler l’admiration, l’émulation et même les vocations.

La Marseillaise, coupure de presse relatant l’installation au rond-point de la Plage

Depuis le 17 novembre 1951, le héros biblique, représenté juste avant son combat le géant Goliath, orne le rond-point de la Plage à l’extrémité du Second Prado. Il est aujourd’hui l’une des statues les plus connues des Marseillais et l’une des plus populaires avec Notre-Dame de la Garde.

mardi 13 juillet 2021

Pierre Rey

Il y a quelques jours, j’ai découvert les dates de naissance et de mort du sculpteur ornemaniste Pierre Rey. C’est l’occasion de mettre à jour la petite notice biographique que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

Rey Pierre (Lyon, 10 avril 1839 – Marseille, 25 février 1923), sculpteur ornemaniste

Il est nommé professeur adjoint chargé de l’ornement, le 10 février 1885, à l’école des beaux-arts de Marseille… poste qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1917. À ce titre, il est choisi par la Caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône, en septembre 1903, pour la réalisation de l’entièreté du décor ornemental de son nouveau siège, moyennant 7 100 francs.

Marché de gré à gré entre Pierre Rey et la Caisse d’épargne
Archives de la Caisse d’épargne Provence Alpes Corse, Aa 03, boite 79, dossier Rey

Pierre Rey, chutes & mascaron, pierre, 1904
Caisse d’épargne, passage groupe Provence, 6e arrondissement

Pierre Rey, cartouche & mascarons, pierre, 1904
Caisse d’épargne, place Estrangin, 6e arrondissement


Pierre Rey, frise d’abeilles / mascaron / console / fronton cintré, pierre, 1904
Caisse d’épargne, cours Puget, 6e arrondissement 

Il est par ailleurs le praticien d’André Allar (1845-1926) pour la Fontaine Estrangin (1890), tout comme son collègue Stanislas Clastrier (1857-1925).

Enfin, il est probablement le père de Philippe Rey qui expose deux fois au Salon marseillais : un modèle d’une pendule à exécuter en faïence décorée (1893) et un portrait en médaillon (1895).